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5o CONTES WOCTCRNES.
une belle main , éprouva une vive satisfaction , lorsque sa Nanni, dont Jonathan s'était établi de son plein gré le professeur d'écriture, commença peu à peu à tracer les caractères avec la même élégance que son maître.
Le soir, maître Wacht était occupé dans son cabinet; quelquefois il allait à la brasserie, où il trouvait ses collègues, ginsi que les membres du conseil, et où il égayait à sa manière la société par ses saillies spirituelles. Pendant ce temps la vieille Barbara faisait bourdonner son rouet, Rettel achevait les comptes du ménage, ou réfléchissait sur l'assaisonnement de mets nouveaux, ou bien racontait avec de grands éclats de rire, à la vieille Barbara, ce que les commères lui avaient confié pendaiit la journée. Et notre jeune homme?
— Il était assis h une table près de
MAITRE JEA:V WACHT. 0 1
Nanni, qui écrivait ou dessinait sous sa direction. Mais écrire ou dessiner pendant toute une soirée est une chose fort ennuyeuse: il arrivait donc souvent que Jonathan tirât de sa poche un Uvre fort proprement relié, et d'une voix douce et mélodieuse , il faisait une lecture à la sentimentale Nanni.
Par le moyen du vieux Eicheimer, Jonathan avait obtenu les bonnes grâces du jeune docteur, qui nommait Wacht son vrai Verrina. Le comte de Koesel était un bel esprit , qui dévorait nuit et jour les ouvrages de Goethe et de Schiller qui commençaient à s'élever à l'horizon littéraire, comme des météores lumineux dont l'éclat effaçait tout. Il croyait avec raison découvrir une tendance pareille dans le jeune clerc de son avocat, et trouvait un plaisir particulier non-seulement
à lui prêter ces ouvrages , mais aussi à les lire en commun avec lui.
Mais ce qui acheva de concilier à Joi^than l'affection du comte , c'est qu'il trouvait excellens les vers que le comte fabriquait à la sueur de son front. Au reste , la culture de Jonathan gagna réellement par sa liaison avec le comte un peu trop exalté sans doute, mais qui ne manquait pas d'esprit.
Le lecteur sait maintenant quels étaient les livres que Jonathan tirait de sa poche, et lisait avec la belle Nanni; et il peut juger par lui-même quelle vive impression cette espèce d'ouvrage devait faire sur une jeune fille organisée comme Nanni.
Comme les larmes de Nanni coulaient, lorsque l'aimable clerc commençait d'une voix triste et solennelle:
— Étoile de la nuit, etc.
L'expérience a prouvé souvent que
des jeunes gens, qui chantent ensemble de tendres duos, se mettent facilement à la place des personnages , et qu'ils regardent ces duos comme le texte et la mélodie de la vie: de même que le jeune homme qui lit un roman passionné à une jeune fille, devient aisément le héros du poème, tandis que la jeune fille prend peu à peu dans ses rêveries le rôle de son amante.
Chez des cœurs qui sympathisaient aussi vivement ensemble que Jonathan et Nanni, il n'eût pas même été besoin de pareilles émotions, pour en venir à s'aimer.
Ces deux enfans étaient un seul cœur et une seule âme. Le jeune homme et la jeune vierge étaient déjà unis par l'amour le plus pur, et Wacht ne se doutait nullement de cette liaison de sa fille : mais il devait bientôt en être instruit.