‹ Œuvres de E.-T.-A. HoffmannChapitre 10 sur 29 · CINQUIEME AVENTURE · texte numérisé non relu

CINQUIEME AVENTURE

Pensées des jeunes dames auteurs et enthousiastes. — Érudition et intélllgeiice ûe maître Floh. — Vertus ot persévérance de M. Tyss.

Georges Pépusch, rapide comme l'éclair, avait enlevé, comme on l'a vu, ia petite Aline des bras de l'amoureux Pérégrinus, et l'avait laissé glacé de surprise et d'effroi.

Lorsque Pérégrinus revint à lui, la

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maison était redevenue silencieuse et déserte. A ses cris répétés, la vieille Aline accourut en traînant ses pantoufles, et jura qu'elle n'avait rien vu de toute cette scène.

Pérégrinus se désespérait de la perte de Doertje, mais maître Floh lui fit entendre ces paroles consolantes : — Vous ne pouvez savoir, mon cher Tyss, si Doertje Elverdin a réellement quitté votre maison. Pour moi qui m'entends à de semblables choses, je pense qu'elle n'est pas loin ; et il me semble que je la sens dans votre voisinage. Mais si vous voulez suivre mon conseil, abandonnez-la à son sort. C'est une créature changeante et mobile, et vous courez risque de perdre l'esprit, comme l'aloès - zéhérit. Je vous le dis aussi : renoncez à votre vie solitaire; vous vous en trouverez mieux. Combien de jeunes filles avez-vous donc déjà con-

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iiues,que VOUS regardiez Doertje comme la plus belle de toutes? Allez, allez, Pérégrinus, l'expérience vous rendra plus sage. Vous êtes un joli homme,; et maître Flohne mériterait pas sa réputation de finesse et de sagacité , s'il ne prévoyait que le bonheur d'amour vous sourira bien autrement que vous ne le pensez aujourd'hui.

Pérégrinus suivit les conseils de son ami le maître Floh, qui lui rendit de grands services au moyen de son verre microscopique.Quelquefois cependant, les observations de Pérégrinus le je^ taient dans un étrange embarras. Les jeunes gens surtout, qui pariaient avec un constant enthousiasme, et qui s'épanchaient en phrases brûlantes et en discours pathétiques , et parmi cette classe de gens, les jeunes poètes qui s'abandonnaient uniquement à leur génie et à leur imagination , lui causaient une

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grande surprise. 11 en était ainsi des femmes lettrées qui savaient pénétrer, comme on dit aujourd'hui , dans toutes les profondeurs de la pure philosophie et contempler la vie sociale sous toutes ses faces. Si Pérégrinus avait été fort étonné de voir les fils d'argent qui s'élançaient du cerveau de Gamaheh, l'organisation intérieure de ces genslà lui semblait encore plus extraordinaire. Il apercevait, il est vrai, la filiation singulière de leurs veines et de leurs nerfs; mais il remarquait en même temps , que dès que ces personnages se mettaient à parler de sciences, d'arts, de perfectibilité indéfinie, ces organes cessaient de conduire îe fluide intellectuel dans les vaisseaux de la tête , en sorte qu'il devenait impossible de démêler leurs pensées. Pérégrinus fit part de cette remarque à maître Floh qui ne le quittait pas. Ce-

lui-ci le rassura en lui disant que ces vapeurs confuses, qu'il ne pouvait démêler, n'étaient que des mots qui s'efforçaient de passer pour des idées.

Quoi qu'il en fût, Pérégrinus n'oubliait pas la jolie Gamaheh.

Un jour, la vieille Aline entra chez lui en souriant, et en s'agitant comme quelqu'un qui éprouve le besoin de communiquer une pensée qui l'occupe.

— Voyons, Aline, s'écria Pérégrinus avec impatience, dites-moi sans tant de détours, ce qui vous agite si fort?

— Elle est ici ! dit Aline d'un air de mystère,

— Femme, femme, que dis-tu là?,., ici , dans cette maison ! Et tu n'accours pas aussitôt pour me le dire!

— Et où donc serait la princesse votre fiancée, dit Aline avec calme, où donc serait-elle , si ce n'est ici où elle a retrouvé sa mère?

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— Quoi! que dites-vous, Aline? s'écria Pérégrinus.

— Oui, Aline, c'est moi, et qui sait ce qui viendra en lumière avant peu, dit la vieille en relevant la tête. — Du calme, mon enfant, sinon tu courrais grand risque de tout perdre au moment de tout gagner. Assieds-toi donc là, et écoute mon récit sans m'interrompre.

Force fut donc à M. Tyss de se contenir et d'écouter la vieille Aline. Elle lui raconta que Leuwenhoeck et Swammerdamm s'étaient encore long-temps battus dans la chambre de ce dernier, et qu'un sourd gémissement qu'elle avait entendu lui avait fait craindre que l'un des deux n'eût été mortellement blessé. Elle s'était alors approchée, selon sa coutume, du trou de la serrure; et elle avait vu un singulier spectacle. Swammerdamm et Leuwenhoeck fs'é-

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taient emparés de Pépusch et le pétrissaient sifort dans leurs mains qu'il était devenu min cecomme la tigedu chardon.

De là , les gémissemens qu'il poussait et que la vieille avait entendus. Puis, après l'avoir réduit à cet état, les deux mages s'étaient efforcés de le faire passer par le trou de la serrure. Le corps du pauvre Pépusch passait déjà plus qu'à demi de l'autre côté de la porte, lorsque la vieille s'enfuit épouvantée.

Bientôt elle entendit un grand éclat de rire, et aperçut Pépusch qui avait repris sa forme naturelle, et qui s'en allait gaîment avec les deux mages. La belle Doertje était devant la porte de sa chambre, et fit à la vieille signe d'approcher. Elle voulait faire sa toilette, et elle requit le secours d'Aline.

Aline ne pouvait assez s'émerveiller de la grande quantité de robes que la petite avait tirée de toutes les armoires,

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et de la richesse de ses joyaiiA, si bnllans, qu'une reine des Indes pouvait seule en posséder de semblables. Tout en rhabillant, elle se mit à lui parler de IV[. Tyss, de la vie heureuse qu'elle menait chez lui, et enhn elle en était venue à parler de sa prorpe iainille.

— Vous savez, M. Tyss, continua la vieille, que j'aime par-dessus tout à parlerdenia délunte mar raine, la femme du teinturier. Elle avait été à iVlayence, et je crois même dans les Indes, et elle pouvait prier et chanter eu tran- «^^ais. Si je lui dois ce nom payen, d'Aline, je lui pardonne car j'ai beaucoup protité auprès d'elle. La petite sinlorma alors de mes autres parens et de la famille toute entière. Je lui dis que ma mère était presque aussi jolie qu'elle, etjelui contai bien des choses du temps où je dansais l'allemandeavec lesorijcnt Haeberpip, et oùje portais des bas bleu

céleste avec des coins rouges. — Ah !

mon Dieu, nous ne sommes tous que de pauvres pécheurs. Il fallait voiicomme la petite princesse, qui avait bien ri d'abord, devenait de plus en plus sérieuse, et comme elle me lançait de singuliers regards qui me faisaient frissonner de peur. Tout-àcoup, la petite tombe à mes pieds et veut absolument me baiser les mains, en criant: — Oui, c'est toi, je te reconnais maintenant, c'est toi-même! Et lorsque je m'apprêtais à lui demander l'explication de ces paroles...

En ce moment, la vieille s'interrompit par un grand éclat de rire. Pérégrinus se fâcha vainement pour la contenir, les joues d'Aline devinrent d'un rouge foncé, elle semblait sur le point d'étouffer , et Pérégrinus craignant qu'elle ne mourût de cet excès de gaîté, se disposait déjà à lui répandre un verre d'eau sur le visage.

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Enfin la vieille s'arrêta : — Comment ne pas rire d'une telle folie? dit-elle. Non , il n'est pas sur terre un semblable amour Figurez-vous, M. Tyss...

La vieille se mit à rire de nouveau, et Pérégrinus allait de nouveau perdre patience. Enfin, elle lui expliqua que la petite princesse pensait que lui, Pérégrinus, avait dessein d'épouser sa vieille gouvernante, et qu'elle lui avait fait promettre de refuser sa main.

— Il est certain, dit la vieille, que la princesse vous aime à l'excès; et lorsque je lui dis que vous l'aimez également de toute votre âme , elle répondit qu'elle n'en sera convaincue que lorsque vous lui aurez accordé une demande à laquelle elle attache un grand prix, La petite prétend qu'elle avait pris à son service un gentil petit nègre qui s'est enfui; je lui ai promis alors de le chercher; mais elle as-

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sure qu'il est si petit, qu'il pourrait se cacher dans une noisette. Or, ce garçon....

— Il n'en sera rien ! s'écria Pérégrinus qui voyait bien où voulait en venir la vieille , et qui s'élança aussitôt hors de la chambre.

C'est une vieille coutume, passée dans les mœurs, que le héros d'une histoire s'échappe dans la forêt voisine ou du moins dans un petit bois , lorsque son ânie est dans un état de contention violente. Cette coutume est fort bonne sans doute. Aussi M. Pérégrinus Tyss ne put-il agir autrement, que de traverser la ville et de s'en aller droit devant lui, jusqu'à ce qu'il eût trouvé quelques arbres touffus. Et comme, dans une histoire romantique, il ne saurait manquer de feuilles tremblantes, de vents murmurans, de sources limpides et de ruis- VII. 1 4

seaux bavards, il est à croire que Pérégrinus trouva toutes ces choses au lieu où il se réfugia. Il s'assit sur une pierre couverte de mousse, à demiplongée dans un ruisseau transparent, dont les ondes venaient se briser à ses pieds , résolu de chercher le fil qui devait l'aider à sortir de cette aventure miraculeuse.

— Vraiment, se dit Pérégrinus, un faiseur de contes fantastiques n'inventerait pas des circonstances plus folles et plus confuses , que celles où je me trouve jeté en réalité depuis quelques jours! — Les grâces, les séductions, les attraits, l'amour lui-même, viennent au-devant d'un Mysogine * solitaire, et un regard, un mot suffisent pour allumer dans son âme, une ardeur qu'il redoutait sans la connaître ! Mais l'apparition de cet être séduisant est si

* Ennemi des femmes.

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mystérieuse , et aussitôt après , un petit insecte jusqu'alors méprisé , vient déployer une vaste masse de science et de raison , et parler de choses qui surpassent notre intelligence, comme si c'était là pour lui une conversation habituelle, ou de ces lieux communs qu'on débite le soir à table, près d'un bon feu! — Me suisje donc approché si fort de la roue que font mouvoir les puissances inconnues, que ses rotations m'aient entraîné dans l'espace? Ce que j'ai vu, n'est-il pas de nature à faire perdre l'esprit et la raison ? Et cependant , je me trouve calme et serein; il ne me semble même pas bizarre qu'une puce soit venue implorer ma protection , et qu'elle m'ait ouvert, par sa science, la connaissance des plus secrètes pensées des hommes.

Mais où tendent toutes ces merveilles?

Un démon ennemi ne se cache-t-il pas

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SOUS celte chétive apparence ; ne veutiipas m'entraîner dans l'abîme et m'enlever toutes les joies que m'offre la possession de Doertje Elverdin? — Ne serait-il pas plus prudent de se débarrasser de ce petit monstre?

— C'est-là une fort méchante pensée , M. Tyss ! s'écria maître Floh en interrompant le monologue de Pérégrinus. Pensez-vous donc que le secret que je vous ai confié, soit peu de chose ? Ne peut-il vous convaincre dès que vous le voudrez , de la sincérité de mon amitié? Rougissez de votre défiance ! Vous vous étonnez de la raison, de Tintelligence d'un insecte méprisé; et cela, permettez-moi de vous le dire , montre combien les limites de votre propre intelligence sont resserrées. Je voudrais, quant à ce qui concerne la volonté libre et l'âme pensante des animaux, que vous eussiez

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iu le grec Philon ou, du moins, le traité d'Hieronymus Ro rarius : Quod animalia bruta ratione utantur meliiis hominey ou du moins, XOratio pro muribus, du même auteur; que vous connussiez les écrits de Lipsius et du grand Leibnitz sur les propriétés intellectuelles des animaux , ou que vous sussiez ce que le savant rabbin Maimonides a dit de l'âme des bétes. Vous ne me prendriez pas alors pour un démon , à cause de mon intelligence , et vous n'auriez pas la pensée de mesurer la raison selon le plus ou moins d'extension du corps qui la renferme.

Je suis tenté de croire, après tout, que vous penchez pour l'opinion du médecin espagnol, Gomez Pereira, qui ne voit dans les animaux, que des machines artistement faites; mais sans force intellectuelle et sans libre arbitre. Mais non , je vous crois plus éclairé ,

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mon cher M. Tyss, et mieux instruit par la vue de ma chétive personne. — Je ne sais, en vérité, ce que vous nommez des merveilles , et comment il se fait que vous divisiez en monde merveilleux et monde non merveilleux, notre être et les apparitions qui en dérivent. Si vous vous étonnez d'une action parce que vous ne l'avez pas encore vue, et qu'elle dépasse les bornes de vos facultés morales, c'est une preuve de votre aveuglement et du peu d'étendue de vos regardS). — Vous cst-ii arrivé quelquefois de croire aux images que vous of fait un rêve ?

— Comment pouvez-vous parler des rêves? dit M. Tyss, ils ne sont que le résultat d'une perturbation dans notre organisme spirituel ou matériel.

A ces paroles de M. Tyss, maître Floh laissa échapper un léger éclat de rire , aussi fin qu'ironique.

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': •*— Pauvre M. Tyss! dit-il, votre âme est-elle aussi peu éclairée? Depuis le temps où le chaos se forma en une matière intelligente et coordonnée (et il y a long-temps ) , l'esprit qui régit l'univers forme tous les êtres avec cette matière, d'où proviennent aussi les rêves et leurs images. Ces images sont la représentation de ce qui a été ou peut-être de ce qui sera un jour. L'âme les rencontre au hasard lorsque le tyran qui se nomme le corps lui permet, durant son sommeil , d'aller errer pendant quelque temps dans l'espace.

Mais ce n'est pas ici le lieu de débattre de semblables questions. Je veux seulement vous découvrir encore une chose. Apprenez que vous êtes enveloppé d'une façon toute particulière dans le destin de la princesse Gamaheh. Swammerdamm et Leuv^enhoeck, l'aloès-zéhérit et le prince des sang-

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sues, mais surtout le génie Thétel, tous prétendent à la possession de la belle princesse; et moi-même, je dois l'avouer, mon vieil amour se réveille , et je serais assez insensé pour partager ma couronne avec elle. Mais vous , vous, M. Pérégrinus , vous êtes le plus important de tous ces personnages, et sans votre volonté, personne ne possédera la belle Gamaheh. Si vous tenez à connaître l'enchaînement de ces circonstances , parlez à Leuwenhoeck , lui seul...

Maître Floh fut interrompu par un homme en pleine furie, qui s'élança des broussailles et se précipita sur Pérégrinus.

— Ah! traître, ami perfide! je te trouve enfin ! s'écria Georges Pépusch.

( C'était lui. ) Lève-toi et perce-moi le sein , ou meurs de ma main !

A ces mots Georges tira de sa poche

deux pistolets , en mit un dans la main de Pérégrinus, alla se poster vis-à-vis de lui, et s'écria : — Tire, lâche imposteur !

Pérégrinus assura que rien au monde ne le déterminerait à se battre avec un ami, pour une querelle dont il ignorait le motif.

Georges fit alors un grand éclat de rire, et au même instant la balle de son pistolet, dont il avait lâché la défente, alla traverser le chapeau de Pérégrinus. Celui-ci regarda son ami en silence et avec un grand calme. Georges s'approcha de Pérégrinus, et lui dit d^ine voix sourde, de tirer.

Pérégrinus déchargea en l'air le pistolet, et le jeta loin de lui. Au même instant, Georges se laissa tomber sur le sein de son ami, et s'écria en pleurant : — Elle meurt! elle meurt d'amour pour toi, malheureux! Cours! Sauvevu. i5

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la ! Tu le peux encore ! Sauve-la et abandonne-moi à mon désespoir!

Pépusch s'enfuit si rapidement que Pérégrinus le perdit aussitôt de vue.

Frappé des paroles de son ami, il se hâta de courir vers la ville. En entrant dans sa maison, il trouva la vieille Aline éplorée. Elle lui annonça que la princesse était tombée tout-à-coup mortellement malade, et que Swammer était sorti pour aller chercher le plus célèbre médecin de Francfort.

La mort dans l'âme, Pérégrinus entra dans la chambre de Swammer dont Aline lui ouvrit la porte. La petite, pâle comme un spectre, était étendue sur le sopha, et ce ne fut qu'en s'agenouillant devant elle que Pérégrinus s'aperçut qu'elle respirait encore. Des qu'il toucha sa main glacée, un douloureux sourire se joua sur ses lèvres violettes, elle murmura : — Est-ce toi ,

mon doux ami? Viens-tu voir encore une fois celle qui t'aime inexprimablement? Hélas! elle meurt parce qu'elle n'a pu vivre loin de ta présence !

Pérégrinus, éperdu de douleur, se répandit en protestations de tendresse, et répéta qu'il sacrifierait tout au monde pour l'amour d'elle. De ces paroles advinrent des baisers , et du milieu de ces baisers murmuraient d'autres paroles.

— Tu sais, mon Pérégrinus, combien je t'aime. — Je puis être à toi, toi à moi , je puis me rétablir à l'instant même , tu me verras refleurir dans tout l'éclat de ma jeunesse comme une plante que rafraîchit la rosée, et qui relève sa tète penchée, mais... rendsmoi le prisonnier, mon tendre, mon bien-aimé Pérégrin, je t'en supplie...

Sinon, tu me verras expirer à tes yeuxi Pérégrinus!... Je meurs!

A ces mots , la petite qui s'était relevée, retomba sur les coussins, sa poi*trine s'agitait comme dans les angoisses de l'agonie, ses lèvres devenaient plus bleues, ses yeux semblaient près de se briser. —Dans son effroi, Pérégrinus porta la main à sacravate, mais maître Floh s'élança de lui-même sur le cou de neige de la petite, en s'écriant : — ^jc suis perdu !

Pérégrinus étendit la main pour saisir le maître; tout-à-coup, il se sentit arrêté par une puissance invisible, et d'autres pensées agitèrent son esprit.

— Quoi, se dit- il, seras-tu assez faible pour livrer celui qui a cherché un refuge près de toi, replongeras-tu tout un peuple dans les fers? Non; plutôt la mort qu'une trahison !

— Rends le prionnierl »,. Je meurs!.. .

Ainsi murmurait la petite d'une voix éteinte.

— Non jamais! Mais laisse -moi mourir avec toi ! s'écria Pérégrinus au désespoir, en la serrant dans ses bras.

En ce moment un bruit harmonique, comme celui de plusieurs clochettes d'argent, se fit entendre, Doertje reprit ses couleurs vermeilles, s'élança du sopha et se mit à danser dans la chambre en riant aux éclats. Il semblait qu'elle eût été piquée de la tarentule.

Pérégrinus regarda ce tableau avec une surprise profonde, ainsi faisaient le médecin qui venait d'entrer etSwammer qui resta stupéfait à la porte.

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