‹ Œuvres de E.-T.-A. HoffmannChapitre 9 sur 29 · VII. i · texte numérisé non relu

VII. i

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princesse, si un sentiment que je ne puis vaincre, m'a fait oublier le respect que je vous dois. Mais votre altesse elle-même....

— Que dis-tu, mon doux ami? s'écria-t-eile en l'interrompant. Moi, la fille d'un roi? Moi, une princesse? je suis ton Aline qui t'aime à la folie.

Mais j'y songe. Aline est déjà chez toi, je lui ai parlé. Une bonne, une excellente femme; mais elle est devenue vieille et n'est plus jolie comme jadis! Malheur à moi, je ne suis pas la véritable Aline ! malheur à moi !

Elle ferma les yeux et chancela. Pérégrinus la porta sur un sopha. Gamaheh continua de parler, comme dans un état de somnambulisme.

— -Gamahelî, dis-tu? la lille du roi Sékakis? — Oui, je m'en souviens, dans Famagousta ! j'étais une belle tulipe. — Mais non , j'éprouvais déjà les

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désirs de l'amour. Silence ! silence làdessus !

Elle se tut et sembla s'endormir.

Pérégrinus entreprit de ia placer plus commodément; mais, en la prenant dans ses bras, il se piqua le pouce à une épingle et le porta à sa bouche.

C'était le signe convenu avec maître FJoli, pour que celui-ci mit le microscope sur l'œil. Pérégrinus aperçut alors les nerfs et les veines de cette jolie tête; mais ils étaient entremêlés de milliers de fils d'argent si déliés qu'il les voyait à peine. Puis, il vit, dans son cerveau , se former des fleurs qui devenaient des figures d'hommes, puis des bijoux et des pierres précieuses, et au milieu de ces apparitions se montraient des animaux merveilleux qui parlaient des langues bizarres. Aucune de ces apparitions ne concordait avec une autre, et des sons douloureux et joyeux

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qui retentissaient ensemble, augmentaient encore cette dissonance.

—Ne vous troublez pas, Pérégrinus^ dit maître Floh, ce sont les pensées du sommeil que vous voyez-là. Appelez seulement la petite par son nom véritable, et questionnez-la comme vous le jugerez à propos.

Comme la petite portait différens noms, Pérégrinus eût pu se trouver embarrassé, mais il s'écria : — Doertje Elverdin, est-il vrai que tu m'aimes? Elle ouvrit aussitôt les yeux et répondit :

— Tu en doutes, Pérégrinus? Une jeune fille fait-elle ce que j'ai fait, sans que l'amour brûle dans son sein? Pérégrinus, je t'aime plus que tout autre; si tu veux être à moi, je me donne à toi pour toujours.

Mais ses pensées s'exprimaientainsi :

Comment la chose s'est-elle faite? Je ne lui ai fait tant de caresses que pour ob°

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tenir de lui maître Floh; et maintenant, je suis prise dans mes propres filets, et je le trouve plus aimable que tous ceux que j'ai vus.

Pérégrinus tomba aux pieds de la charmante Aline, il couvrit de baisers ses petites mains , et lui prodigua les noms les plus doux.

« — Mon bien aimé, tu ne refuseras pas d'accéder à un désir d'où dépend ma vie tout entière, dit la petite.

— Exige tout de moi, mon amie, tes moindres désirs sont des ordres sacrés pour moi , répondit Pérégrinus.

— Malheur à moi, murmura maître Floh, je suis perdu!

— Écoute donc, continua la petite en embrassant Pérégrinus, je sais de quelle manière...

La porte s'ouvrit avec violence et Georges entra. — Zéhérit! s'écria la

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petite au désespoir , et elle tomba sans mouvement sur le sopha.

Mais Zéhérit s'élança sur la princesse, la prit clans ses bras et disparut avec elle. Maître Flob fut sauvé pour cette fois.

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