SEPTIÈME AVENTURE
Tenlalives hostiles des microscopistes.— Nouvelles épreuves de Périgriaus Tyss , et nouveaux dangers de maître Flob< — Rose Laemmerhirt. — Rçve décisif et conclusion .
Bien que nous manquions de documens positifs sur l'issue du combat livré dans la chambre de Leuwenhoeck , il nous paraît fort probable que les deux microscopistes, aidés parle jeune Geor-
ges Pépusch, obtinrent une victoire complète sur leurs ennemis. S'il en eût été autrement, le vieux Sw^amraer n'aurait certes pas eu l'air aussi content qu'il l'était à son retour. Ce fut avec une mine rayonnante et joviale que Sw^ammer ou plutôt M. Jean Swammerdamm entra le lendemain au matin chez M. Pérégrinus qui était encore au lit et en grande conversation avec son protégé maître Floh.
Pérégrinus, en apercevant M. Swammerdamm , ne négligea pas de se faire aussitôt jeter dans la pupille le verre microscopique.
Après beaucoup de longues et ennuyeuses excuses sur sa visite trop matinale , Sw^ammerdamm finit par prendre place tout à côté du lit de Pérégrinus. Le vieillard ne voulut pour rien au monde consentir à ce que Pérégrinus se levât et passât même sa robe de chambre.
220 COîJ^TES fAKTASTIQUÉS.
Le vieillard remercia, dans les termes les plus landatifs, Pérégriniis des complaisances signalées qu'il lui avait témoignées, et qui consistaient non seulement à l'avoir reçu dans sa maison en qualité de locataire; mais à avoir permis que le personnel de la maison fût augmenté d'une jeune et parfois trop vive et trop bruyante demoiselle. 11 ajouta que la plus signalée des complaisances, dont il lui était redevable, était celle d'avoir opéré sa réconciliation avec son ancien ami et confrère es arts, Antoine de Leuwenhoeck. Au dire de Swammerdamm leurs cœurs à tous les deux s'étaient rapprochés instantanément dès qu'ils avaient été attaqués par le bel esprit et le barbier, et s'étaient vus dans l'obligation de défendre la belle Doertje Elverdin, contre ces deux monstres. La réconciliation complète, sincère et for-
melle des deux adversaires s'en était bientôt suivie.
Swammerdamm ajouta que le premier uswe qu'ils voulaient faire de leur amitié de nouveau cimentée , était de mettre en commun leurs efforts pour tirer tout l'horoscope de M. Pérégrinus Tyss , et de l'expliquer autant qu'ils en auraient le pouvoir.
— Ce que n'a pu faire seul mon ami Antoine de Leuwenhoeck , dit M. Jean Swammerdamm , nos forces réunies le feront, et cette expérience sera la seconde que nous aurons entreprise avec le succès le plus éclatant, malgré -tous les obstacles qui nous entouraient.
— Le vieux fou à courte-vue, nuirmura maître Floli, qui était posé auprès de l'oreille de Pérégrinus , sur l'oreiller, il s'imagine enc- rf* que c'est par lui que s'est ranimée la princesse
Gamaheh. Une belle vie, ma foi, que celle à laquelle ces microscopistes aveugles et ineptes, ont contraint la malheureuse!
— Mon bon, mon excellent M. Pérégrinus Tyss , continua Swammerdamm qui avait pu d'autant moins s'apercevoir de la présence de maître Floh 5 qu'il lui était survenu une forte envie d'éternuer; vous êtes un élu de l'esprit qui anime le monde, un enfant gâté de la nature , car vous possédez le plus admirable , le plus puissant talisman , ou pour parler plus convenablement et plus scientifiquement, le plus précieux tsilmenaja ou tilsemoth qui soit jamais sorti du sein de la terre pénétrée de la rosée du ciel. C'est un honneur pour mon art, que ce soit moi et non Ijeuwenhoeck qui ait découvert et proclamé que cet heureux tsilmenaja provient du roi
Nairao qui gouverna l'Egypte bien long-temps avant le déluge. Cependant la vertu de ce talisman doit sommeiller jusqu'à ce que se réalise certaine contestation dont votre estimable personne doit être le point central. Il se passera en vous-même, mon digne M. Tyss , au moment précis où se réveillera la vertu de ce talisman, il se passera dis-je quelque chose en vousmême qui vous avertira de ce réveil.
Que Leuwenhoeck vous ait dit ce qu'il lui a plu de vous dire, touchant ce point le plus important de votre horoscope , tout cela ne peut être qu'erroné, car il ne saura rien, pas la moindre chose de certain à cet égard, tant que je ne lui aurai pas ouvert les yeux. Peut-être mon excellent ami de cœur vous a-t-il voulu inquiéter, car je sais qu'il aime à faire aux gens des frayeurs inutiles. Fiez -vous à vo-
tre loyal locataire qui vous jure, la main sur le cœur, que vous n'avez rien à craindre. Je voudrais savoir si vous n'avez rien imaginé touchant la possession de ce talisman , et ce que vous pensez de toute cette affaire.
A ces mots Swammerdamm regarda Pérégrinus comme s'il eût voulu pénétrer jusqu'au fond de son âme; mais il ne lui fut pas aussi facile de le faire qu'à Pérégrinus avec son microscope.
Au moyen de ce verre Pérégrinus appris que la réconciliation des deux microscopistes était moins le résultat du combat qu'ils avaient livré en commun au bel-esprit et au barbier, que de cet horoscope mystéiieux. La possesion du puissant talisman, tel était l'unique but de leurs efforts. Swammerdamm était resté dans une ignorance aussi humiliante que celle de Leuwenhoeck à l'égard de ce nœud mystérieux et com-
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pliqué qui se rencontrait dans l'horoscope dePérégrinus; mais il pensait que c'était en Pérégriniis lui-même que se trouvait la trace qu'il fallait suivre pour arriver à la découverte de ce mystère. Il voulait adroitement tirer quelque indication de cet ignorant , afin de pouvoir ensuite, avec l'aide de Leuwenhoeck, lui dérober ce précieux joyau avant qu'il en connût la valeur. Swammerdamm était convaincu que le talisman de M. Pérégrinus Tyss était de tous points semblable à l'anneau du sage roi Salomon, puisque, comme cet anneau , ce talisman quel qu'il fût, procurait à celui qui le possédait un pouvoir absolu sur l'empire des esprits. Pérégrinus le paya de même monnaie , c'est-à-dire qu'il mystifia le vieux Swammerdamm qui croyait le mystifier. Il lui répondit adroitement en se servant à son tour de termes fleuris :
l'26 CONTES FANTASTIQUES.
que Swammerdamm avait à craindre que déjà la faveur céleste eût commencé à se faire sentir et lui révélât bientôt ce mystère que ni lui, ni Leuwenhoeck n'étaient capables d'expliquer.
Swammerdamm baissa les yeux, il toussa, cracha et prononça quelques mots inintelligibles; il se trouvait réellement dans une bien fausse position , ses pensées se croisaient, s'embarrassaient : — Diable ! se disait-il à luimême, que veut dire ceci, est-ce bien Pérégrinus qui me parle? — Suis-je le savant, le sage Sw^ammerdamm, ou simplement un âne ?...
Il se remit enfin, et reprit en ces termes : — Parlons d'autre chose, digne M. Tyss, parlons d'autre chose, et si je ne me trompe, occupons-nous de quelque chose de beau et d'agréable.
Swammerdamm affirma qu'il n'avait
pas avec moins de joie que son ami Leuwenhoeck découvert l'inclination secrète de la belle Doertje Elverdin pour M. Pérégrinus; qu'ils avaient lu dans l'horoscope de Pérégrinus qu'il prendrait pour épouse la belle Doertje Elverdin et que ce choix serait ce qu'il pourrait faire de plus avantageux dans sa vie. Il ajouta que son ami et lui ne doutaient pas un instant que Pérégrinus ne partageât la passion de la petite, et qu'en conséquence ils regardaient l'affaire comme toute arrangée.
Sv^ammerdamm pensait en outre que M. Pérégrinus Tyss était leseul homme au monde qui pût sans peine écarter ses rivaux, et que ses plus redoutables adversaires, le bel-esprit et le barbier, ne parviendraient à rien exécuter qui lui fût préjudiciable.
On doit facilement imaginer combien peu de confiance Pérégrinus dut
avoir dans la sagesse et la science des microscopistes , en les voyant tous les deux dans l'impuissance d'expliquer le sens du point principal de l'horoscope. Il ne crut pas un instant à cette prétendue conjonction horoscopique de laquelle ils voulaient déduire la nécessité de son mariage avec Doertje , et il n'eut pas la moindre peine à déclarer fermement et résolument qu'il renonçait à la main de cette belle, pour ne pas affliger son ami le plus intime, le jeune Georges Pépusch , qui avait des prétentions plus anciennes et mieux fondées à la possession de ce trésor, et que rien au monde ne serait capable de le faire manquer à sa parole.
Swammerdamm ouvrit ses yeux de chat , d'un gris vert , qu'il avait si longtemps tenus abaissés, regarda fixement Pérégrinus, et sourit avec la malice tdïin renard.
— Si les scrupules de son amitié pour Georges Pépusch, dirent ses pensées, sont les seuls obstacles qui empêchent Pérégrinus de s'abandonner à sa passion, ils sont levés dès ce moment, car Pépusch a vu, malgré sa folie passagère, que les constellations s'opposent à son union avec Doertje Elverdin, et qu'alors même que cette vinion se réaliserait, il n'en résulterait que des malheurs et des désastres. Pépusch , en effet, avait renoncé à toutes prétentions à la main de Doertje, et déclaré qu'il était résolu à défendre, au péril même de sa vie, contre le bel-esprit et le sanguinaire barbier, la beauté qui ne devait appartenir à personne autre qu'à son ami de cœur, Pérégrinus Tyss.
Un frisson glacial parcourut les veines de ce dernier quand il lut dans la pensée de Swammerdamm que tout ce qu'il venait de dire était la vérité. As-
2 3o CONTES FANTASTIQUES.
sailli des sentimens les plus contraires, il se pencha en arrière sur son oreiller et ferma les yeux.
M. Swammerdamm invita de la manière la plus pressante Pérégrinus à se lever, et à s'informer auprès de Doertje et de Georges eux-mêmes de la situation actuelle des choses. Il prit ensuite congé de lui avec autant de cérémonies et de longues phrases, qu'il en avait employées au commencement de sa visite.
Maître Floh, qui pendant toute cette conversation était resté tranquillement posé sur l'oreiller, sauta tout-à-coup jusque sur la houppe du bonnet de nuit de M. Pérégrinus. Là , il s'éleva sur ses longues jambes de derrière , tordit ses mains, les éleva en soupirant vers le ciel , et s'écria d'une voix à demi-étouffée par les larmes: — Mal heur à moi, le plus misérable des êtres ! Je me croyais
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sauvé, et la plus dangereuse épreuve me menace ! A quoi me servent le courage et la fermeté de mon noble protecteur, si tout, oui, si tout conspire contre moi ! — Je me rends ! tout est consommé !
— Pourquoi vous lamenter ainsi sur mon bonnet, cher maître, dit M. Pérégrinus d'une voix douce ? croyezvous avoir seul à vous plaindre, et ne voyez -vous pas que je me trouve moi - même dans l'état le plus misérable du monde, brisé et abattu, ne sachant que répondre, ni quelle direction donner à mes pensées ? Ne croyez pas pourtant , mon cher maître Floh, que je serai assez fou pour m' aventurer sur l'écueil où je pourrais échouer avec tous mes projets et mes superbes résolutions ! Je me garderai bien de me rendre à l'invitation de Swammerdamm et de re-
aSa CONTES FANTASTIQUES.
voir la séduisante Doertje Elverdin !
— Au fait, répliqua maître Floh après avoir repris son ancienne place sur l'oreiller à côté de M. Pérégrinus Tyss, je ne sais si, quelque danger que je puisse y voir pour moi,je ne devrais pas vous conseiller de descendre chez Swammerdamm. Il me semble que les lignes de votre horoscope se débrouillent de plus en plus rapidement et que vous-même êtes sur le point d'entrer dans le point rouge. J'entrevois que maître Floh lui-même ne peut leur échapper, et que je serais un insensé d'attendre de vous mon salut! — Aillz, voyez-la, prenez sa main, livrez-moi à l'esclavage, et afin que tout se passe comme le veulent les astres, sans que rien d'étranger s'y mêle, ne faites aucun usage du verre microscopique.
— Eh quoi! dit Pérégrinus, est-ce -vous, maître ï'Ioh, dont le cœur et l'esprit m'ont naguères paru si courageux et si ferme, est-ce vous que je vois maintenant si pusillanime et si abattu. Quelle qu'ait été jadis votre sagesse; à quelque degré d'élévation au-dessus de la nôtre, que votre intelligence ait été placée par Rorazius le fameux nonce de Clément VII, toujours est-il que vous n'avez aucune idée nette de la force , de la volonté de l'homme, ou que du moins vous l'estimez bien au-dessous de ce qu'elle est réellement! non! — Je ne manquerai point à la pa' oie que j'ai donnée , et pour vous faire voir combien j'ai fermement résolu de ne pas revoir la petite, je vais me lever et me rendre, ainsi que j'en ai formé ile projet dès hier, chez le relieur de livres Laemmerhirt.
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— O Pérégrinus ! s'écria maître Floh, la volonté de l'homme est chose changeante et mobile, un léger souffle la met souvent en défaut. Quel intervalle sépare souvent ce que l'on veut et ce que l'on fait 1 — Cette vie n'est qu'une volonté continuelle, et tel homme finit par ne pas savoir ce qu'il a voulu; vous voulez ne pas revoir Doertje Elverdin, et qui peut assurer que dans un -^instant vous n'aurez pas renoncé à votre résolution ?
La prophétie de maître Floh devait se réaliser bientôt.
Pérégrinus se leva , s'habilla et voulut, fidèle à son projet, aller chez le relieur Laemmerhirt; mais comme il passait devant la chambre de Swammerdamm, la porte s'ouvrit et Pérégrinus lui-même , sans qu'il sût comment , se trouva au milieu de la cham-
bre appuyé sur le bras de Swammerdamm et face à face de Doertje Elverdin qui, toute joyeuse et sans éprouver le moindre embarras, lui envoya cent baisers et lui cria : — Bonjour, mon bien-aimé Pérégrinus!
Un autre personnage se trouvait encore dans la chambre; c'était Georges Pépusch qui regardait par la fenêtre en sifflant un air. Il ferma violemment la fenêtre et se retourna. — ■ Voyez un peu! S'écria-t-ii , dès qu'il reconnut son ami Pérégrinus, tu fais visite à ta femme, cela est dans l'ordre, et un tiers est de trop ici ; aussi , vais-je m'éloigner sur-le-champ; mais auparavant permets-moi de te dire, mon bon ami Pérégrinus, que Georges Pépusch dédaigna le don que tu lui jetas comme l'aumône à un pauvre diable.
— Miiidit soit ton sacrifice, je ne veux avoir à te remercier de rien.
Prends-la , cette belle Gamaheh , que j'aime si tendrement, mais prends garde que l'aloès-zéhérit ne prenne racine dans les murs de ta maison et ne les dégrade.
Le ton et toute la conduite de Georges avaient quelque chose de brutal ; Pércgrinus vivement blessé de se voir si mal compris par Pépusch, et sans cacheç sa mauvaise humeur, répliqua ; — Il ne m'est jamais venu dans l'idée de marcher sur tes brisées ni de te faire obstacle i c'est la jalousie, c'est une passion poussée à l'extrême qui te font parler ainsi, autrement tu n'oublierais point combien je suis innocent de tout ceci. Sache-le donc enfin, je ne t'ai jeté aucun don , je ne t'ai fait aucun sacrifice, en renonçant à la plus belle des belles et peut-être au bonheur de ma vie, 'j'y étais, j'obéissais au devoir et à l'honneur!
Pépusch ferma le poing et le leva contre son ami. La petite s'élança entre eux , saisit la main de Pérégrinus et s'écria en riant : — Laisse courir la folâtre zélîérit, elle n'a en tête que des folies, elle est comme la famille des aloès, entêtée, capricieuse et ardue; toi, tu es mon bien-aimé , cher Pérégrinus, et tu ne cesseras pas de l'être !
En parlant ainsi , la petite attira Pérégrinus sur le canapé et sans plus de détours, se jeta sur son sein. Pépusch las de se ronger les ongles, gagna brusquement la porte.
La petite encore parée de sa séduisante robe de gaze de Chypre , lamée d'argent, était aussi attrayante, aussi gracieuse qu'autrefois. Pérégrinus se sentait pénétré de la chaleur électrique de son corps, et cependant un frisson glacial parcourait de temps en
temps ses membres et y versait le froid de la mort. Il crut pour la première fois remarquer dans les yeux de la petite, quelque chose d'inanimé et de sec , et le ton de sa voix , le léger bruissement même de sa robe lamée, sembla lui révéler la présence d'un être étrange auquel il ne devait plus jamais se fier.
Bien éloigné de vouloir affliger cette petite créature par un soupçon mal fondé, Pérégrinus réprima avec violence ses sentimens secrets, et attendit un moment favorable pour se dérober à ses caresses et échapper au serpent du paradis, à la tentation.
— Qu'as-tu donc aujourd'hui , mon doux ami, dit enfin Doertje; d'où te vient cette froideur, cette insensibilité? quelle idée te préoccupe, mon âme, ma vie ? réponds-moi.
— Le mal de tête, des lubies, de
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sÏHîples idées, rien de plus, ma chère enfant, répondit Pérégrinus d'un air indifférent, permets que j'aille prendre l'air, et en peu de minutes, mon mal se dissipera; d'ailleurs| une affaire pressente....
» — Mensonge , fourberie 1 s'écria la petite en se levant avec vivacité, mais Pérégrinus s'était échappé.
Pérégrinus fut enchanté de se trouver dans la rue, et sa joie fut vivement partagée par maître Floh qui, caché dans un pli de la cravate de son protecteur, ne cessait de chuchotter, de rire et de claquer dans ses mains, de telle sorte que le bruit s'en faisait entendre au loin.
Cette allégresse de son petit protégé , devint pénible pour Pérégrinus et troublait ses pensées. Il pria maître Floh de se tenir en repos, parce que déjà des gens graves l'avaient regardé
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d'un air de mécontentement, croyant que c'était lui qui bavardait, qui riait et qui fiaisait un tel bruit.
— Ofou que je suis, s'écria maître Floh, continuant à exprimer sa joie sans bornes, misérable fou qui pouvait douter de la victoire alors qu'il n'était pas besoin de combattre. Pérégrinus, laissez- moi me réjouir et me livrer à l'allégresse , car je serais bien trompé si bientôt ne devait se lever le soleil qui doit éclairer tout ce inyslère.
Lorsque Pérégrinus frappa à la porte de Laemmerhirt, une douce voix de femme fit entendre ce mot : Entrez !
Il ouvrit la porte, une jeune fille qui se trouvait seule dans l'atelier, vint au-devant de lui et lui demanda amicalement ce qu'il y avait pour son service ?
Qu'il suffise au lecteur indulgent,
de savoir que cette jeune fille pouvait être â2;ée d'environ dix-huit ans, qu'elle était plutôt grande que petite, que sa taille était svelte et parfaitement proportionnée, qu'elle avait des cheveux châtains, des yeux d'un bleu foncé et un teint de lis et de rojei^. Ajoutons encore, que ia physionomie de cette jeune personne exprinuiit celte douce réserve de ia pureté virginale , et ce charme secret et céleste que plus d'un ancien peintre aîlemand a su si bien saisir dans ses portraits.
Dès que les yeux de Pérégrinus eurent rencontré ceux de la jeune fille, il lui sembla qu'il se sentait débarrassé d'une lourde chaîne que brisait une puissance bienfaisante, et qu'il voyait devant lui l'ange delumière parla main duquel il serait conduit dans l'empire d«s joies indicibles. — La jeune fille,rougissant et abaissant modestement ses