‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 2)Chapitre 13 sur 52 · PHYSIOLOGIE INTELLECTUELLE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE INTELLECTUELLE

ou DÉVELOPPEMENT DE LA DOC.TRIISE DU PROFESSEUR GALL, SUR LE CERVEAU ET SES FONCTIONS, CONSIDÉRÉE SOUS LE RAPPORT DE L'aNATOMIE COMPARÉE, DE L'uISTOIRE NATURELLE, DE l' EDUCATION , DE LA MORALE, DE LA PHYSIONOMIE, etc. ; PAR J.-B. DEMANGEON, MÉDECIN.

Quoiqu'il nous en coûte, noLis sommes oblige's à exhumer les crânes de M. Gall , et à les exposer encore aux yeux du public. Ces bijoux d'un nouveau genre ont eu leur mode ; il ont fait sensation , causé des passions ^dves, excite' des transports et des haines profondes. Mais le public oublie aussi vite qu'il adopte légèrement. Les bijoux du docteur, quoique recouverts d'un vernis fort propre et fort agre'able , ont paru trop sérieux et trop peu rians pour être les objets d'une folie durable. Les jolies femmes qui les ont considérés , dans les premiers joLirs, avec une attention mêlée de surprise , n'ont point tardé à s'apercevoir que ces hochets de la vieille enfance font naître des réflexions peu voluptueuses ; elles ont été forcées de penser à la destruction , si cruelle pour la beauté , et à la vieillesse qui , pour LUie femme , est plus cruelle encore. L'enthousiasme fut très-

vif et très - court ; le baquet de Mesmer avait plus de channes , aussi dura-t-il plus long-temps. Les crises du magnétisme ont leur mente ; les titillations, des crispations, sont des plaisirs re'els pour des Sybarites use's; mais des crânes entassés sur une table annoncent la fin de nos plaisirs, et de'montrent la vanité de nos prétentions. A ces idées trop philosophiques , des craintes se sont mêlées. On vit que M. Gall s'était approprié les crânes de ses meilleurs amis , et qu'il les faisait voyager de ville en ville , comme des témoins muets qui constataient la réalité de certains penchans. Nos jolies femmes ont frémi en pensant que leurs têtes charmantes pourraient recevoir les honneurs du vernis , et aller dans quelques villes d'Allemagne senir de démonstration à la doctrine des protubérances. L'opinion publique vivement agitée par la crâniologie, se lassa tout-àcoup ; à un bruit scandaleux et ridicule succéda un silence digne des objets qui avaient causé tant de rumeur ; et le seul monument qu'ait laissé parmi nous cette science , consiste dans quelques tabatières , qui , par les jolies miniatures qu'elles nous offrent , et la poussière qu'elles renferment , nous rappellent sans cesse la maxime : Mémento quia pulvis es , et in puherem reverteris.

Ce qu'il y a de remarquable dans cette comédie , c'est que les véritables savans y ont joué un grand rôle , sans le vouloir, et presque sans s'en douter. Les noms les plus respectables nous étaient

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présentes comme des autorités favorables à la nouvelle doctrine. Les personnes qui ne connaissent point la valeur des termes ( et le nombre en est grand ) , confondaient l'anatomie avec la physiologie , et la physiologie avec la crâniologie ; on concluait de l'une à l'autre : M. Gall , disait-on, est grand anatomiste, donc le système des bosses est incontestable. On paraissait ignorer que l'anatomie est , en quelque sorte , la topographie de l'homme , la physiologie son histoire physique , et la crâniologie son roman.

M. Cuvier, dont le nom seul est une si puissante autorité , garda un profond silence ; mais on le fit parler. On lui fit l'injure de le croire sectateur, enthousiaste , admirateur aveugle ; et l'on ne voulait pas voir que , dans la supposition même où ce savant aurait estimé les connaissances anatomiques de M. Gall , ce n'était point une raison pour en conclure qu'il fût le partisan de la crâniologie.

Notre crime a été de nous élever les premiers contre les erreurs de ce système , et contre la funeste influence qu'il peut avoir sur la morale publique. A cette époque , l'opinion de la multitude était encore favorable à la nouvelle doctrine. Les injures nous furent prodiguées avec une profusion scandaleuse : on nous désigna comme des fanatiques furieux , nous qui n'avions pas même parlé de religion ; on nous accusa de vouloir étouffer la vérité, nous qui n'avions combattu que des erreurs ;

on nous présenta comme ennemis de toute philosophie , nous à qui la philosophie défendait d'admettre un système absurde, de'nué de logique , et funeste dans ses conséquences. Le plus grand de nos torts aux yeux des enthousiastes , fut d'avoir lu dans des livres du dix-septième siècle, les choses mêmes que M. Gall présentait comme des découvertes récentes. C'est un petit mérite que celui d'avoir lu ; mais ce petit mérite fut un grand crime qu'on ne nous pardonne peut-être pas encore aujourd'hui.

Enfin , M. Cu^ier s'est expliqué , et dès ce moment les crânes sont entrés dans la tombe où ils auraient dû être déposés depuis long-temps. Ce savant n'a pas daigné parler de la crâniologie, fausse science , indigne de lui , indigne de l'Institut auquel il faisait son rapport ; et relativement à la partie anatomique du système , M. Cu\ier a démontré que M. Gall n'avait fait que suivre des sentiers déjà battus , et répéter sur la physiologie du ceneau ce que d'autres anatomistes avaient dit long-temps avant lui.

Cet arrêt a glacé l'opinion publique. Non-seulement on a cessé de nous dire des injures ; mais, au contraire, on nous assure qu'on avait pensé comme nous, avant même que nous nous fussions expliqués. Tel est le sort des réputations fondées sur l'enthousiasme, tel est le sort des nouveautés adoptées sans réflexion. Le public se venge de sa propre crédulité ; il devient injuste parce qu'il a

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rté trop confiant , et il finit par refuser tout parce qu'il a tout accorde'. M. Gall éprouve déjà cette injustice ; non-seulenicnt on lui conteste les connaissances qu'il n'a point , niais on lui refuse celles qu'il a réellement ; on en a fait un colosse , on veut en faire un atome ; et après l'avoir élevé au-dessus de tous les anatomistes français , on ne veut plus même qu'il soit un bon anatomiste allemand : ce qui est absolument déraisonnable.

L'auteur de l'ouvrage que nous annonçons n'a point à se reprocher cette versatilité dans les principes et cette inconstance de l'opinion. Fidèle à son ami dans le malheur , comme il lui était attaché dans les beaux jours de sa gloire , il s'est armé de pied en cap pour soutenir , envers et contre tous , que la doctrine du crâne est un système incontestable , utile aux sciences et à la morale. Il admet sans restriction toutes les propositions de M. Gall, il ne nous- fait pas grâce d'un 5eul organe , d'une seule conjecture , d'une seule observation sur les mouvemens automatiques ; tout est bien , tout est au mieux dans la crâniologie , et la lecture de ce livre prouve au moins que M. Demangeon aime ses amis avec tous leurs défauts.

Nous n'entrerons pas dans de grands détails à cet égard : il nous faudrait répéter ce que nous avons écrit, et ce que l'opinion publique paraît avoir confirmé. D'ailleurs , M. Demangeon ne nous dit rien de neuf relativement à cette étrange doctrine ;

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les principes et les faits sont dans son livre teb qu'ils ont e'té expose's dans le cours de M. Gàll , et même dans la Crânologie publiée par* TNiicoUe. Ce qui distingue M. Demangeon des autres partisans de ce système, est une haine plus forte contre les adversaires de M. G ail , et une plus grande colère contre nous. Dans un avant-propos de cenÈ^ quarante-six pages , l'auteur épuise tout le vocabulaire des injures contre les rédacteurs du Journal de l'Empire^ sans distinction. Il nous nomme tour-à-tour les vingt-quatre docteurs de l'A B C , des forbans qui ne respectent rien , des hypocrites, des imposteurs, des apôtres du mensonge, des frères minimes , des obscurantins ; et il finit par nous adresser ce joli madrigal : Plus negare potest asinus quam prohare pJiilosophus. Nous nous contenterons de lui faire obscner modestement, i". que quand même deux docteurs sur vingtquatre auraient manqué de respect à lacrâniologie, ce n'est point une raison pour dire des injures aux ■singt-deux autres qui n'ont pas daigné s'en occuper ; 2°. qu'un médecin estimable , un philosophe comme M. Demangeon a tort de se mettre dans une si grande colère contre des hommes qui n'ont jamais parlé de lui ; 3°. enfin , que rien n'est plus déraisonnable que de se fâcher contre des ânes , et d'éciire un livre contre eux. Quant à moi , je déclare que jamais je n'impnmerai cent quarante-six pages contre un âne de quelqu'état qu'il soit ; et quelqu'injure qu'il m'ait faite, je mç

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