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que les magnétiseurs eux-mêmes ont contribue , dans ces derniers temps , à rendre le magnétisme ridicule. Ils ne se sont point contentés d'exposer simplement et clairement les faits bien réels et trèsextraordinaires qui s'offraient à leurs regards; ils ont annoncé des prodiges , des prophéties , des merseilles ; ils nous ont fait voir des forets enchantées , des talismans , des guérisons miraculeuses : plusieurs d'entre eux , lassés bientôt de n'être que simples historiens , se sont jetés dans les ténèbres d'une philosopliie occulte , ont bâti des systèmes , composé des cosmogonies : parce qu'un somnambule avait dit , en rêvant , qu'il voyait une vapeur blanchâtre , on a conclu que cette vapeur €tait le fluide universel, le spiritus intus de \irgile , \ âme du monde de Pythagore. Suivons un peu toutes les folies que Ton nous a données comme des vérités incontestables , et dont chacune a produit des volumes.
Nous sortions à peine des horreurs de la révolution , nous avions encore les sens troublés, l'âme froissée , les esprits abattus , toutes les idées morales venaient d'être bouleversées, lorsqu'on nous annonce des prodiges qui confondent notre jugement , humilient notre raison , et nous font douter même des vérités physiques. On n'a plus besoin des yeux pour voir , ni des oreilles pour entendre : un sens intérieur que l'on nomme faculté intuitive , clairvoyance instinctive , ou tout ce qu'on voudra, nous fait tout voir , tout sentir , tout pressentir ,
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tout prévoir; une somnambule ^yant les yeux fermés et couverts d'un triple bandeau, lit un journal avec son estomac ; un autre somnambule lit un livre fermé dont on ne lui présente que la couverture ; d'autres femmes (car il faut observer qu'il y a cent rêveuses pour un rêveur), d'autres femmes aperçoivent distinctement les objets à travers les murailles , et à d'énormes distances. Une demoiselle endormie sur sa bergère , dans le fond de son salon , voit son père qui voyage , qui descend de voiture à plusieurs lieues , qui entre dans une auberge , qui quitte un habit vert pour en prendre un gris ; un autre voit au milieu de la nuit , sur le haut d'une montagne éloignée de plus de trois mille toises , une petite touffe d'herbes qui doit lui rendre la santé. Ce sçns intérieur met le somnambule en rapport avec l'univers entier. On peut magnétiser et faire éprouver des crises à des distances incommensurables. Un jeune homme a magnétisé une jolie femme ; le jeune homme fait un long voyage ; toutes les nuits , du fond de son lit d'auberge , il continue à magnétiser la dame à des intervalles successifs de dix , vingt , trente , quarante lieues , sans que la dame soit sortie de Paris , et l'honnête mari , qui sent son lit frémir par l'effet de la commotion , dit avec une naïveté admirable : On magnétise ma femme. Ailleurs, je vois un morceau de verre qui opère des prodiges comme la baguette des fées et l'anneau des enchanteurs : il suffit que vous ayez porté ce morceau de verre pendant
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quelques instans pour que le ou la somnambule connaisse parfaitement vos traits , vos affections , vos maladies , quoique ce ou cette somnambule ne vous ait jamais vu. Une autre demoiselle (ce sont presque toujours des demoiselles), voit du fond de sa chambre l'heure qu'il est à toutes les montres et à toutes les horloges , sans se tromper d'une seconde ; et comme si le Diable Boiteux lui avait découvert les toits des maisons, elle voit tout ce qui se passe dans les recoins les plus cachés , dans les chambres le mieux closes. Voilà , dit-elle , le président qui s'habille.... Il sort.... Il vient ici.... Il va entrer , et il entre. Voilà , dit-elle une autre fois , le conseiller qui lit le journal à sa femme. Cette somnambule est une jeune personne parfaitement belle et bien constituée , remplie de modestie et de pudeur : or , comme le conseiller nt lisait pas toujours le journal, je suis un peu effrayé de tout ce que \di faculté intuitive faisait voir à cette demoiselle. Aux phénomènes du sens intérieur succède le mei*\'eilleux des prophéties : l'avenir se découvre aux yeux des somnambules ; l'un prédit au mois de février des faits étonnans qui doivent se succédera des intervalles réguliers le 3 du mois de mai suivant ; un autre expose long-temps d'avance tous les accidens , toutes les crises , toutes les métastases qui doivent survenir dans le long cours de la maladie la plus irrégulière , et rien n'est plus admirable que la précision avec laquelle ils divisent le temps ; car les somnambules ne diront pas ; Telle
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chose arrivera à huit heures ou à huit heures un quart, ils disent huit heures dix-huit minutes trente secondes , et ils ne se trompent jamais. La Société royale de Londres et i'Acade'mie des sciences de Paris ont fait long-temps de vains efforts pour fixer la longitude en mer ; pourquoi ces malheureux savans ne croyaient -ils pas au magne'tisme? Les montres marines et l'observation des satellites de Jupiter offrent-elles un résultat comparable à la prévision et à la clairvoyance instinctive des somnambules ?
Est-il bien étonnant qu'une doctrine, cachée sous une pareille enveloppe , ait rebuté les esprits raisonnables? Les magnétiseurs peuvent -ils se plaindre de notre incrédulité , lorsqu'ils nous présentent des faits qui nous ramènent aux Mille et une Nuits et aux romans de la Table ronde F Que serait-ce donc si je rapportais toutes les absurdités, tous les miracles ridicules qui sont attestés par des hommes fort estimables d'ailleurs, et consignés dans des procès- verbaux revêtus de signatures qui devraient être respectables ?
Le croira-t-on ? Pour donner au magnétisme un vernis d'antiquité , on en cherche les traces dans les écrits de Bacon, dePIutarque, de Tacite, dans le Démon familier de Socrate : que dis-je ! la Pucelle d'Orléans n'était qu'une somnambule ! et, pour pousser la folie au dernier terme , on trouve le magnétisme jusque dans l'Evangile ; saint Marc a dit : Ils imposeront les mains, et les malades
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seront guéris ; donc saint Marc est le prc'curscur de Mesmer. Eh ! messieurs , lem' dirai-je à mon tom' , pom-quoi vous arrêter en si beau chemin ? Pourquoi n'ajoutez- TOUS pas que Dieu a étendu ses mains sur le chaos , et qu'il a créé l'univers ? Ceci, au moins, auraitquelque vraisemblance , tant il y a de rêveurs en ce monde !
Le lecteur jugera dans ciuelle classe il faut placer le somnambulisme de la jeune personne dont M. le baron de Strombeck , te'moin oculaire, nous a tracé l'histoire jusque dans ses moindres de'tails. Je demande bien pardon à M. le baron si je ne traite pas ce sujet avec toute la gravité qu'il a peut-êlre le droit d'exiger ; je n'ai pas encore une foi assez robuste pour résister à l'envie de rire de ce qui me paraît le comble du ridicule. Le rire est un mouvement convulsif qui peut survenir inopinément et indiscrètement dans des occasions où le sérieux , j'en conviens , serait de meilleur ton ; mais la nature a ses droits , et M. le baron prouve, par sonliistoire même, combien la nature est puissante. Il lui conviendrait mal de me refuser de l'indulgence; il avoue qu'il était incrédule avant le somnambulisme de mademoiselle Julie : sa philosophie, dit- il, se rapprochait de celle de Spinosa; les spasmes, les rêveries, les miracles de mademoiselle Julie, en ont fait un vrai croyant. Le somnambulisme opère donc des conversions , et nous aurons vraisemblablement un jour des missionnaires somnambules. Les vœux que je fais pour leurs succès
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sont bien sincères et de'vsintéressés , car si j'avais attendu les miracles de la prthlslon et de la clairvoyance magnétique pour admettre les ve'rite's utiles, je serais mort très-certainement dans l'impe'nitence finale.
Mon incrédulité ne m'empêchera cependant pas de reconnaître que le magnétisme s'est considérablement épuré et simplifié dans ces derniers temps. On a d'abord réformé le baquet , les bouteilles , le verre pilé et les pointes de fer , qui cependant guérissaient tous les maux, ou du moins nous faisaient changer une maladie contre une autre : ce qui était toujours un soulagement.
Quelques magnétiseurs ont poussé la réforme jusqu'à supprimer la manipulai ion. A les en croire, l'emploi des mains n'est point nécessaire ; la foi suffit accompagnée d'une volonté feiTne et vigoureuse : plus de contact , plus d'attouchemens , pas même extension des bras à distance respectueuse : ce chaste magnétisme écarte le soupçon et tranquillise la décence.
Enfin, M. le président baron de Strombcck nous apprend que la nature seule produit tous les phénomènes du somnambulisme magnétique , sans qu'aucun magnétiseur agisse même par sa volonté. Reste à savoir si les dames préféreront cette dernière méthode; je n'ose prononcer, mais je me déclare d'avance pour ce cjui plaît aux dames. Essayons donc de retracer une partie des merveilles dont M. le baron a 'été le témoin, et c]ui sont
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attestées par les docteurs Marcard , Kœler et Schmidt, ainsi que par d'autres personnages qui déclarent ces faits évidens , scrupuleusement observés , de manière à ne pas laisser le plus léger doute et à écarter tout soupçon de grimace et de jonglerie.
Mademoiselle Julie , née sans fortune , jeune , parfaitement belle et bien faite , fort bien constituée , pensant très - noblement , spirituelle sans être savante , sensible et mélancolique , aimant beaucoup la danse et fort peu la musique , était entrée , comme demoiselle de compagnie , et ensuite comme fille adoptive, dans la maison de M. le président baron de Strombeck. Je dois ajouter , avec M. le président , que tous les organes de mademoiselle Julie étaient parfaitement réguliers, phrase qu'il ne faut pas lire connue on lit un journal ; et je me hâte de dire que mademoiselle Julie était d'une honnêteté exemplaire , si décente et si modeste , que , même dans l'état de somnambulisme , elle réprimandait sévèrement les mauvais plaisans qui se permettaient le petit mot pour rire, circonstance que je me plais à faire remarquer pour ôter tout prétexte à la malignité et à la médisance , défaut dont mes lecteurs même ne sont peut-être pas tous exempts. J'aurais bien d'autres choses à dire à la louange de mademoiselle Julie ; mais ses bonnes qualités excéderaient les bornes qui me sont prescrites , et , pour abréger, je passe à sa maladie.
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Cette maladie se manifesta par des spasmes convulsiis et des évanouissemens qui duraient plusieurs heures. Dans ces ciises, l'e'tat de mademoiselle Julie ressemblait, jusqu'à l'identité, à celui de somnambulisme magnétique. Alors la malade aimait beaucoup à parler, ce que je note ici comme un excellent remède à administrer à celles de nos dames qui s'obstinent à se taire. Dans ces momens d'extase, mademoiselle Julie se croyait transporte'e dans le ciel ; elle conversait avec les anges ; et , ce qui était plus flatteur pour M. le président, elle prenait pour des anges les personnes qui e'taient près d'elle. Hc'las! pourquoi n'ai-je pas aime une somnambule? L'aimable dormeuse s'entretenait avec ses amis , qui , à ses yeux , e'taient des esprits ce'lestes ; dans cette douce erreur , elle apostrophait M. le pre'sident , s'e'tonnait qu'il fût déjà mort , et craignait qu'il ne s'ennuyât dans le ciel, parce qu'il n'aurait plus de procès à juger. Ce trait m'a causé une satisfaction indicible , et il ne sera pas perdu pour moi. Si jamais j'ai encore quelque petite querelle avec les gens de robe , je leur prépare un coup qui doit les attérci*: malheureux, leur dirai-je, vous vous ennuierez dans le ciel , mademoiselle Julie vous le prédit.
Cette maladie ne changeait point de nature, mais elle prenait des nuances si variées , que M. le baron a cru devoir la diviser en quatre états dijjérens ; et certes , nous ne pouvons lui refuser notre confiance , car , assidu près de la dormeuse , il a suivi
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toutes les périodes de son mal avec une fide'lîté vraiment touchante.
Oscrai-je écrire ce qui suit? Pourquoi pas? on a bien osé l'imprimer, l'attester, le signer. Dans ses accès de somnambulisme, mademoiselle Julie parlait en vers , et ( voici le miracle ) en vei's ïambiqucs! Oui , messieurs,. en vers ïambiques , trèsréguliers , sans une faute de quantité. Quelle découverte ! Une jeune fille parle en beaux vers quand elle croit faire de la prose! Pourquoi ne me suis-je pas fait magnétiser , moi qui si souvent ai fait de la prose quand je croyais écrire en vers ? Combien de nos poètes vont partager mes regrets , et pour mon compte , et pour le leur !
Mademoiselle Julie ne se contentait pas de faire des vers en donnant , elle déclamait la tragédie avec une perfection qui ferait pfdir les Talma et les Duchesnois. La musique, dont elle se souciait fort peu, dans son élat naturel , l'enchantait dans son état magnétique , ou plutôt elle s'en servait pour enchanter tous ceux qui avaient le bonheur de l'entendre. Comme tout est perfection dans le magnétisnje , mademoiselle Julie chantait alors avec une grâce et une justesse admirables , exécutant facilement les traits les plus difficiles, et qui, dans tout autre temps, lui auraient paru inexécutables. Combien de nos chanteuses auraient besoin de se faire magnétiser, et qu'un chœur de somnambules figurerait bien à l'Opéra !
Les prédictions de mademoiselle Julie ne sont
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pas moins ëtoimantes que ses talens. Sa clairvoyance instinctive et sa prévision sont d'une sagacité admirable. Tantôt elle dit : Demain je serai comme morte , et l'on croit effectivement qu'elle va mourir. Une autre fois : Demain , dit-elle , samedi et dimanche je serai funeuse , je crierai , je battrai, je mordrai : elle crie , elle bat , elle mord ; et cela est bien étonnant sans doute, car quelle femme aurait un accès de méchanceté sans le pouvoir du magnétisme.^ Le président feint de vouloir écrire tout ce qui s'est passé ; Tu l'as déjà écrit , lui dit-elle , dans la chambre voisine , en deux alinéa , l'un de seize lignes , l'autre de quinze lignes et demie ; et tout cela se trouve exact. Est-il question de l'heure ? Elle voit dans la poche des assistans celle que marquent leurs montres , celle qu'il est à une pendule placée à un étage supérieur , et à l'horloge du château , et à telle pendule qu'on veut lui nommer à quelque distance que ce soit. Lui demande-t-on ce qu'il y a sur le bureau du président au premier étage ? Elle nomme tous les objets , et même une épreuve d'imprimerie qu'on vient d'apporter à l'insu de tout le monde.
Aussi bon médecin qu'habile musicienne , notre somnambule se prescrit des remèdes qui opèrent toujours l'effet désiré. Parmi ces remèdes on remarque fréquemment une beurrée qui fait merveille : Je ne voudrais pas la manger, dit- elle; mais il faudra m'y forcer. En effet , elle devient docile ; tantôt elle mange une beurrée , tantôt deux