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avec certitude le terme de sa maladie et de son pouvoir magnétique. Elle commanda qu'on lui fît un anneau d'or du poids de deux louis , et que cet anneau fût enveloppe et cousu dans du parchemin. Quand elle posséda ce talisman , elle fit quelques tours de passe-passe , et elle se trouva guérie des convulsions , du somnambulisme , et même de ses caprices : car , je le dis à regret , mademoiselle Julie ressemblait à la belle Missouf; elle était capricieuse et fort entêtée : ce que M. le baron nous avoue avec une impartialité digne des plus grands éloges.
Après avoir été simple historien , INI. de Slrombeck se jette dans la métaphysique ; il cherche à expliquer les phénomènes qui se sont passés sous ses yeux , et qui l'ont guéri lui-même , non pas de son mal d'oreille , mais de la croyance au matérialisme , ce qui est bien plus sérieux. M. le baron fait d'abord des raisonnemens dans lesquels je me suis perdu avec lui ; puis il arrive enfin à la découverte d'une vérité qu'il expose en forme de théorème. « Le magnétisme , dit-il , est l'exaltation de j) l'instinct et le sommeil de la raison. « J'ignore encore si la première partie de cette proposition est exacte , mais la dernière est incontestable ; les personnes qui attestent les miracles de mademoiselle Julie doivent donc avoir un instinct d'une sagacité parfaite , car leur raison me paraît plongée dans le sommeil le plus paisible.
Et cependant , je dois en convenir , mes plaisanteries ne prouvent rien : je ris , parce qu'il est
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impossible de ne pas rire de la bcurrc'e qui guérit les spasmes , de la bague que l'on promène sur un nez , de l'anneau cousu dans du parchemin , d'une jeune fille qui fait des vers ïambiques sans le savoir, et du bout d'oreille du pre'sident ; mais que puis-je opposer , que puis-je répondre à tant de gens qui ont vu, examiné, revu, confinné et attesté? Que répondraient les savans même s'ils se donnaient la peine de voir ce qu'on offre de leur montrer ? Qu'ils aient dédaigné des hommes obscurs tels que moi , quand on leur criait qu'il y a dans le magnétisme des faits prodigieux , mais incontestables, cela se conçoit aisément : ils ne voulaient pas , ils ne devaient pas se compromettre. D'ailleurs, il est si facile de dire : Cela Ji' est pas vrai; et si difficile à un savant d'avouer qu'il ignore quelque chose î Mais aujourd'hui j'oppose science à science , école à école, et Hippocrate à Galien. Les savans ont nié, me dit- on. Eh! n'est-ce pas un savant que ce docteur Marcard , médecin des eaux de Pyrmont? Ne sont-ils pas des savans les docteurs Schmidt et Kœler, médecins de la cour? Est -il ignorant ce docteur Gmelin , qui , comme les précédens , confimie et atteste les phénomènes du magnétisme animal, et déclare que des somnambules devinent la pensée du magnétiseur, quelle qu'elle soit? Il y a donc des faits ; et ceci me conduit naturellement à une conclusion.
Une seule expérience rigoureusement faite , un seul fait décisif prouvé jusqu'à l'évidence, auraient
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plus send le magnétisme que les mille et un volumes publics à sa louange. M. Deleuze , dans son Histoire critique, ou plutôt apologc'tique du magnétisme animal , avoue que les somnambules ne sont exempts ni d'exage'ration , ni d'erreur, ni de vanité ; les magnétiseurs eux-mêmes ont pu vouloir nous endonnir comme leurs disciples , et perfectionner notre instinct aux dépens de notre raison : aucun d'eux n'a pu se re'soudre à être moins sorcier que ses confrères: de là, tant de prodiges , tant de miracles qui se contredisent souvent, et dont les uns démontrent la fausseté des autres. Que faut-il donc faire quand on s'engage dans ce dédale obscur ? Il faut rejeter impitoyablement tous les raisonnemens métaphysiques , tous les faits miraculeux , malgré l'attestation des docteurs , et ne s'attacher qu'aux faits généraux sur lescpiels les magnétiseurs et les témoins de tous les pays , de toutes les écoles , sont unanimement d'accord.
Ces faits généraux sont au nombre de six ; ils composent toule la doctrine magnétique ; ce sont : 1° le sommeil magnétique , qui diffère essentiellement du sommeil naturel , de manière que l'un peut exister sans l'autre , et que celui-ci peut cesser quand l'autre dure encore : 2» l'abolition complète des sens extérieurs pendant le sommeil magnétique , de sorte que le dormeur est un véritable automate dont la vie est toute intérieure , et qui , insensible à toute autre impression , n'obéit qu à son magnétiseur , comme le fer obéit à l'aimant j
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3<* l'action de la volonté du magne'tiseur sur le magnétisé , communication de la pcnse'e sans le secours de la parole, et correspondance parfaite de l'un à l'autre , même à de grandes distances ; 4° l'oubli complet, au moment du re'veil , de tout ce qui s'est passe' dans le sommeil magne'tique ; 5" la faculté intuitive , le sens intérieur qui compense avec usure de la perte des autres sens, et qui donne au somnambule la perception des objets à travers les corps les plus denses , perception qui est transportée dans la région de Tépigastre , et à laquelle les yeux et les oreilles deviennent des organes inutiles ; 6" enfin , la prévision , la faculté de prévoir et de prédire des événemens très-éloignés , et de les prédire avec une précision et une sûreté mathématique. \oilà les points fondamentaux sur lesquels il n'y a pas dissidence entre les magnétiseurs. Ce dernier, cependant, est si étrange, que M. Dcleuze a cru devoir y apporter une modification. Sentant bien que cette faculté prophétique révolterait tous les hommes tant soit peu raisonnables, il a fait des concessions à notre incrédulité, et , pour élever notre foi , il a rabaissé les prodiges de la prévision. « Ce n'est, dit-il, dans les som- « nambules qu'une plus grande sagacité à juger de » l'avenir par des conjectures. »
Il m'en coûte de contredire un homme aussi sage et aussi généralement estimé que M. Deleuze, mais je ne puis admettre cette explication atténuante. En fait de miracles ', j'adopte aussi bien les
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grands que les petits ; et si un somnambule conjecture avec certitude sur des évenemens que mille accidens peuvent de'ranger, j'aime autant croire qu'il est prophète. Il s'en faut bien , d'ailleurs , que les faits attestés par les magnétiseurs, et même par M. Deleuze, puissent se prévoir par des conjectures ; et comme les somnambules oublient totalement lorsqu'ils s'éveillent, ce qu ils ont prévu, réglé , ordonné pendant leur sommeil , ils doivent faire eux-mêmes des actions qui dérangent l'ordre des évenemens prédits. Une somnambule prévoit qu'elle fera une chute tel jour, et elle tombe en effet. Cette somnambule serait-elle tombée si, par hasard ou par le soin de ses amis , elle était restée couchée pendant ce jour fatal? Les Agnès Burguet, et d'autres coryphées du somnambulisme, prédisent minutieusement une suite de faits qui arriveront dans trois ou quatre mois , à telle heure et tant de minutes : peut- on nommer conjectures des prédictions si précises, et vérifiées, dlL-on, avec une exactitude rigoureuse ?
Les somnambules sont donc prophètes , malgré M. Deleuze, et ils sont bien autre chose, si j'en crois de doctes partisans du magnétisme. Dans ses Instructions sw la philoscplûe de la JSaiure, Ockcn dit : « Dans le mesmérisme , l'instinct )) animal monte au plus haut degré admissible ï) en ce monde. Le clairvoyant est donc un pur » animal , sans mélange matériel ; ses opérations « sont celles d'un esprit. Il est semblable à Dieu;
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ï> son regard pénètre tous les secrets de la nature... » Il devient médecin , prophète , devin ; un sem- » blable état de spiritualité et de pure animalité est » celui des saints. » Yoilà sans doute une phrase Lien allemande et bien savante , et , malgré la chute du système continental, je suis étonné qu'on l'ait laissée passer aux barrières.
Quand on nous présente des faits extraordinaires , douter est , sans contredit , le parti le plus sage ; mais quand les apparences en viennent à ce point où le doute serait plus absurde que la croyance, si l'on s'obstine à nier dans la crainte de paraître superstitieux, ne tombe- 1- on pas soimême dans un genre de superstition ? Est-on plus philosophe en niant l'évidence qu'en adoptant des croyances absurdes ?
J'ai dit que des six faits généraux sur lesquels repose la doctrine magnétique, les quatre premiers sont incontestables : les rejeter, c'est refuser de voir pour se réserver le droit de contredire.
1" Le sommeil: CG^i le premier effet obtenu par le magnétisme ; c'est le fait le plus universellement reconnu ; c'est le châtiment des incrédules, car ils sont endormis dans le moment même où ils font de beaux argumens contre le sommeil magnétique. Ne serait-il pas bien étonnant qu'un million de personnes (car il n'y en a pas moins) de tout âge, de tout rang , différant autant par l'esprit et le caractare que par la fortune , eussent fait semblant de dormir pendant plusieurs heures , et quelque-
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fois clans une position difficile à maintenir , poiii* donner raison à Mesmer , que la plupart de ces personnes estiment fort peu? Quelque peu importante que soit mon opinion , je de'clare que je crois aussi fermement au sommeil magnétique qu'au sommeil naturel ; avec cette restriction cependant, que je n'attache aucune idée précise au mot magnétisme ; et je ne pre'tends point que V aimant y soit pour quelque chose : mais qu'on attribue ces effets à l'électricité , au galvanisme , à un fluide particulier, à tout ce qu'on voudra, ils existent, c'est tout ce que je veux dire.
2° Abolition des sens extérieurs : pendant le sommeil magnétique, les dormeurs sont insensibles à l'éclat de la lumière, au bruit, à l'émanation des odeurs ; ils peuvent recevoir un choc, une contusion sans sourciller, et ils n'en ressentent la douleur qu'à leur réveil , sans en deviner la cause. Tout ceci est également reconnu dans toutes les écoles de magnétisme, et l'on a pu s'en assurer mille fois par les expériences les plus faciles et les moins sujettes à l'erreur.
3° L'action de la volonté du magnéîiscur sur les magnétisés. Quoique ce fait semble tenir du merveilleux , il n'est plus possible d'en douter. Dans le temps même où la pratique du magnétisme était grossière , scandaleuse , justement soupçonnée de charlatanisme et de cupidité , MM. les commissaires nommés par le roi remarquèrent avec étonnement cette obéissance passive,
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tt presque automatique des magne'tise's à la volonté du magnétiseur. Certes, ces membres de l'Académie royale n'étaient point favorables à Mesmer, puisqu'ils l'ont unanimement condamné ; et cependant on trouve dans leur rapport ces phrases bien remarquables : « Quand on ne l'a » point vu , on ne peut s'en faire une idée , et , y quand on l'a vu , on est également surpris..... w Tous sont soumis à celui qui magnétise. Ils ont » beau être plongés dans un sommeil apparent , sa » voix , un regard , un geste les en retire. On ne » peut s'empêcher de reconnaître à ces effets cons- » tans une grande puissance qui agite les malades, » les maîtrise , et dont celui qui magnétise semble » être le dépositaire. »
Il n'y a donc, dans ce passage, que le mot apparent qui affaiblisse l'aveu. J'y ai déjà répondu quelques lignes plus haut. Non , tant de milliers de personnes de tout rang et de tout pays ne se sont point accordées pour jouer le sot rôle de donneur. D'ailleurs, si ce sommeil n'était qn apparent , que signifierait cette grande puissance qui agite les malades , et que les commissaires n'ont pu s'empêcher de reconnaître P Des malades seraient-ils agités s'ils étaient des imposteurs , de misérables bouffons ? Seraient-ils agités par une puissance qui ne serait qu'une fourberie ? Observons encore que, dans les trente années qui se sont écoulées depuis ce rapport, les expériences ont été tellement multipliées, que le soupçon de jonglerie devien-»
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drait ridicule. Ainsi ce fait , tout étrange qu'il est, peut être range dans la classe de ceux qu'on n'ose admettre et qu'on ne peut contester.
4" L 'oubli total , au moment du réveil , de tout ce qui s'est passé pendant le sommeil magnétique. Ceci n'a pas besoin de preuves. Ce lait n'a pu être inventé par les magnétiseurs , car il ne leur est pas favorable : si les dormeurs avaient été des compères, bien loin de feindre un oubli complet , ils nous auraient vanté les belles choses qu'ils auraient supposé avoir vues dans leur état magnétique. Plusieurs somnambules , au contraire , ont nié , en s' éveillant , tout ce qu'on leur racontait de leurs propres actions , et il a fallu leur montrer de leur écriture pour les convaincre des men eilles dont il ne restait aucune trace dans leur mémoire.
5° Le sens intciieur, la clairçoyance instinctive. Ici , nous entrons dans le pays des prodiges. Il n'v a point d'absurdités qu'on n'ait débitées à ce sujet. Il m'a été impossible d'en parler sérieusement , et cependant ce fait n'est pas moins général et pas moins attesté que les autres. Il y a donc quelque vérité encore obscure dont on a étrangement abusé. Ce phénomène consiste , disent les magnétiseurs, en ce que les somnambules, privés de l'usage des yeux et des oreilles , ont la perception des objets par le moyen d'un sens intérieur qui supplée à l'abolition des autres sens. Le siège de ce sens intérieur paraît être fixé dans la région de l'épigastre : de là, des somnambules ont pu lire