‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 2)Chapitre 28 sur 52 · DE QUELQUES ÉCRITS SUR LE MAGNÉTISME ANIMAL · texte numérisé non relu

DE QUELQUES ÉCRITS SUR LE MAGNÉTISME ANIMAL

J'avais fait mes adieux aux magnétiseurs et aux somnambules ; mais des voix impérieuses me commandent de rentrer dans la carrière où je me suis si témérairement engagé. Sans avoir la faculté intuitive ni la prévision magnétique , j'ai prédit plus juste que les somnambules eux-mêmes. Pour avoir voulu garder le milieu entre les extrêmes, j'ai déplu aux deux partis , comme j'en avais le triste pressentiment. Le rôle de conciliateur est le plus sot que l'on puisse jouer en ce monde : c'est une grande folie que de vouloir rapprocher des gens dont les uns veulent tout avoir, et les autres ne rien céder. Je suis puni pour avoir désobéi à la loi de Solon, qui ordonne de prendre franchement un parti quand deux factions divisent la république.

Mais de quel côté me tournerai-je ? C'est bien ici l'embarras du choix. Je m'étais tenu dans un parfait équilibre , doutant, plaisantant même des phénomènes magnétiques , mais demandant aux savans une preuve , une seule preuve qui me convainquît de l'imposture des magnétiseurs. Mes

prières , mes sollicitations , mes cris , n'ont produit aucun effet ; les uns ont nie tout sans rien observer, les autres ont voulu être crus sans rien prouver. J'avais défie' les professeurs en magne' tisme ; je leur proposais une expérience où il ne pût y avoir lieu à la supercherie ni à l'erreur ; cette épreuve devait prouver la faculté intuitive d'une manière incontestable : aucun d'eux n'a relevé le gant que j'avais jeté sur l'arène du somnambulisme.

D'un autre côté , les savans se sont moqués de moi, mais ils ne m'ont fourni aucun moyen de repousser les innombrables témoignages qui s'élèvent depuis trente ans en faveur du magnétisme animal : témoignages qui s'étendent du nord au midi, de Stockholm à l'île de Malte, et du levant au couchant, depuis le fond de l'Allemagne jusqu'aux extrémités de la France , et même jusqu'en Amérique.

Aujourd'hui que je me suis établi médiateur , je suis plus embarrassé que jamais; les intelligences que j'entretiens dans les deux partis ne me fournissent aucunes lumières : des gens du monde m'écrivent qu'ils sont convaincus jusqu'à l'évidence des phénomènes magnétiques ; des gens du monde me reprochent de m' occuper de ces folies. Des médecins très - savans , très-estimés , m'écrivent en faveui du magnétisme ; des médecins non moins savans , non moins estimables , m'écrivent pour me prouver que j'ai eu tort d'accorder quoi que ce fût aux magnétiseurs. Ainsi , tout le parti

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romantique de la science m'accuse d'incrédulité , et des docteurs du parti classique ont pitié de ma susperstition , sans que les uns ni les autres daignent me convaincre ou m'éclairer.

Cette obscurité qui m'environne , cette perplexité où je me trouve , seraient fort peu intéressantes pour mes lecteurs , si tous ces avis contradictoires ne donnaient lieu à des observations assez importantes, que voici : i° Les médecins opposans ne nient plus les effets du magnétisme ; ils se contentent de dire qu'ils sont produits par des causes étrangères, telles que V imagination, V imitation, ou qu'ils rentrent dans l'ordre des faits que présentent les maladies nerveuses; i^ les docteurs opposans n'ont plus de prétexte pour garder un silence dédaigneux ; ils ne peuvent plus dire qu'il ne leur conAient pas d'entrer en discussion avec des ignorans , puisque d'autres médecins qui prétendent bien n'être pas plus ignorans que les premiers , reconnaissent et attestent la réalité et l'efficacité du magnétisme animal ; 3^ il n'y a eu depuis trente ans ni déserteurs ni faux frères dans le parti magnétique ; le nombre des vrais croyans s'est même considérablement accru , tandis qu'il y a défection dans le parti classique de la médecine ; et sans compter les docteurs Gmelin , Schmidt , Marcard et Kœler , je pourrais citer des médecins français , si un reste de timidité ne les forçait à faire un secret de leur croyance , et s'il m'était permis de publier des lettres qui prouveraient mon

assertion. L'un d'eux cependant semble m' avoir affranchi de toute re'sen'^e à cet égard, puisqu'il e'nonce sa conversion à la foi magne'tique dans un ouvrage qui a paru récemment.

Relativement à la première observation , je répéterai que je n'attache aucun sens précis au mot magnétisme ; que je m'en sers parce qu'il est •d'usage , sans prétendre que l'aimant , ou un fluide quelconque, agisse sur les magnétisés. Maintenant, c'est aux savans à prouver comment l'imagination peut produire les effets extraordinaires qui sont attestés dans la pratique du prétendu magnétisme.

La seconde observation me donne le droit de continuer l'examen des écrits qui traitent de cette matière ; car , bien que je reconnaisse mon incompétence en physiologie et en médecine , je puis me servir du bras d'un savant classique pour terrasser un savant romantique ; puis tout-k-coup , relevant celui-ci , m'unir à lui pour porter des coups à son adversaire. En les combattant ainsi l'un par l'autre, je parviendrai peut-être à leur faire faire la paix.

Enfm , la troisième obsen'ation démontre que l'on peut sans rougir s'occuper d'une discussion sur le magnétisme animal , car une doctrine absolument absurde se serait affaiblie en trente années au lieu de prendre de la consistance , et aurait vu diminuer le nombre de ses prosélytes , bien loin de le voir accroître. Je vais donc continuer ma route sans m'inquiéter des clameurs ni des railleries. En ménageant les deux partis , je me suis vu l'ennemi

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de tous deux , je deviendrai peut-être leur ami en les attaquant l'un et l'autre. Mais , avant de commencer ce grand combat , je veux donner à mes lecteurs des nouvelles de mademoiselle Julie , cette aimable fille adoptive du baron de Strombeck, cette inte'ressante somnambule dont les charmes feraient sûrement plus de partisans au magne'tisme que tous les raisonnemens métaphysiques sur le spiritus intiis de Yirgile , et sur Xâme uniçerselle de Pythagore.

M. le baron de Strombeck ne ressemble guère à un auteur critique' ; loin de s'offenser de mes re'flexions tant soit peu malignes et des railleries que je me suis permises sur les prodiges opérés par mademoiselle Julie , il m'a fait l'honneur de m' écrire une lettre pleine de raison et de politesse. En homme d'esprit , il a senti que des faits aussi extraordinaires devaient d'abord révolter le bon sens de ses lecteurs, et que le premier mouvement des hommes est de rire quand on leur raconte avec un grand sang froid des événemens qui tiennent du sortilège et de la magie.

La lettre de M. le baron contient d'abord un extrait du Moniteur westphaUen , dont le rédacteur, en rendant compte de l'étonnante guérison de mademoiselle Julie , cite un autre fait parfaitement semblable , dont il possède le procès- verbal. Après avoir copié cet extrait , M. de Strombeck me dit qu'il ne trouve rien de surnaturel dans le phénomène qu'il a décrit ; il n'y voit que la crise

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d'une maladie nerveuse. En cela, M. le baron se trouve d'accord avec un de nos célèbres médecins, M. de Montègre , qui a très-bien développé cette idée dans l'article Convulsionnaire du Dictionnaire des Sciences médicales. Il y a cependant une énorme différence entre l'opinion du docteur français et celle de M. de Strombeck , car je suis certain que M. de Montègre aurait eu comme moi le tort de rire de la faculté intuitive et des prophéties de mademoiselle Julie , et n'aurait pas signé le procès-verbal qui atteste ces prodiges , comme l'ont fait les docteurs Marcard, Schmidt et Kœler. Dans une autre citation , M. le baron rappelle les phénomènes observés par M. Pététin sur une cataleptique , phénomènes qui sont parfîiitement semblables à ceux du somnambulisme ; et pourquoi, comme je l'ai déjà dit, les cataleptiques auraient-ils le pmilége exclusif des miracles ? Pourquoi un fait qui choque la raison n'est-il pas contesté quand M. Pététin l'atteste , tandis qu'il paraît absurde quand il est observé par des médecins allemands? Pourquoi enfin les cataleptiques auraient-ils l'étonnante faculté de voir sans le secours des yeux , d'entendre sans celui des oreilles, tandis qu'on se moque des somnambules qui présentent, dit-on , les mêmes phénomènes ?

M. de Strombeck ne nie point que l'imagination ne joue un grand rôle dans toutes ces merveilles ; et puisqu'elle peut influer sur nous au point de nous faire perdre la santé , il n'est point surpre-

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nant qu'elle puisse nous la rendre. Au reste , ajoute-t-il , l'imagination est-elle un remède moins noble que le quinquina et la rhubarbe ? Je pense absolument comme M. le baron sur ce point , et j'apprends avec un grand plaisir que mademoiselle Julie est parfaitement guéiie , qu'il n'y a pas eu la moindre re'cidive , et que ses pre'dictions se sont complètement vérifiées ; car mes lecteurs doivent se souvenir que , dans l'état de somnambulisme , cette jeune et belle dormeuse avait prédit à jour fixe sa guérison radicale , dont M. le baron a aujourd'hui la bonté de me donner l'assurance. Je prévois néanmoins que nos incrédules endurcis riront de la prophétie comme des autres merveilles ; mais supposons qu'ils aient été à la place de M. de Strombeck , qu'ils n'aient pas quitté la belle somnambule qui les aurait pris pour des anges , qu'ils aient observé de près toutes ses crises , qu'ils aient eu le bonheur de les calmer , en lui préparant son café , sa beurrée et son vin de Malaga , ces docteurs mécréans ne changeraient-ils pas de langage? ne feraient-ils pas comme ces envoyés de la reine Elisabeth , qui , chargés par elle de détruire la francmaçonnerie , furent tout-à-coup frappés de la lu" mière, et au lieu d'obéir à la reine, se firent recevoir francs-maçons ? Que M. de Montègre , ce terrible antagoniste du magnétisme animal , se trouve un jour près d'une pareille dormeuse, et nous verrons s'il sera encore disposé à réfiiter mes propositions comme il l'a fait dans les deux lettres qu'il a pris

la peine de m'e'crire , et dans une brochure dont je vais parler.

En 1812 , rendant compte d'autres ouvrages sur le même sujet , je reprochai aux savans le silence qu'ils gardaient sur une doctrine qui pouvait être dangereuse si elle n'était pas utile. Fatigué de mes interpellations , M. de Montègre y répondit par une brochure que j'examinerai , et qui me paraît mériter la plus sérieuse attention. A cet écrit intitulé du Magnétisme animal et de ses partisans , est joint le rapport de MM. les commissaires nommés par le roi en 1784; et, ce qu'il y a de plus remarquable , c'est qu'on y trouve aussi le rapport secret des mêmes commissaires , rédigé par M. Bailly , et destiné uniquement à être mis >sous les yeux de Sa Majesté. Cette pièce extrêmement curieuse , et peu connue , suffirait pour faire rechercher la brochure où elle se trouve , quand même le talent de M. de Montègre ne la recommanderait pas assez.

L'examen que je ferai de cet ouvrage prouvera que je ne dissimule aucun argument contraire ou favorable au magnétisme animal ; mais , avant de me sei^ir de l'esprit de M. de Montègre pour combattre les pères magnétiseurs et les frères somnambules, j'attaquerai M. de Montègre lui-même avec une arme toute nouAclle , et contre laquelle il n'est sûrement point préparé : cette arme est une longue lettre aussi bien écrite que bien pensée , que j'ai teçue de Gaen, et dont l'auteur anonyme m' an-

nonce des prodiges bien plus etonnans que ceux de mademoiselle Julie , et surtout bien plus utiles. Cet anonyme , qui me donne cependant le moyen de communiquer avec lui par un interme'diaire , est , je le re'pète , un homme de beaucoup d'esprit , malgré sa croyance k la prévision des somnambules. Un seul trait suffira pour exciter la curiosité de mes lecteurs. Un somnambule a prédit à l'anonyme toutes les horreurs de la révolution française , et même les quatre états politiques par où elle a passé. C'est aux conseils de ce somnambule que l'anonyme a dû le bonheur de se conduire de manière à vivre lui et sa lamille dans un calme inaltérable et une sécurité parfaite , au milieu des dangers dont aucun n'a pu l'atteindre. Si ce n'est pas là de \â piéçision, je ne connais plus la valeur des termes.

Je parlerai enfin des Annales du Magnétisme animal , ouvrage périodique qui parait depuis quelque temps , et que l'on peut appeler un recueil de merveilles. En voici un échantillon : Une femme enceinte et somnambule a sui^^ , par le moyen de SdL faculté intuitive, les progrès du fœtus qu'elle portait dans son sein , depuis la conception jusqu'à l'accouchement. Ainsi nous connaîtrons ce secret impénétrable à tous les savans anciens et modernes, ce secret que n'ont pu deviner, ni Harvée en éventrant des centaines de biches , ni Leuwenhoek avec ses animalcules , ni Needham avec ses anguilles, ni Haller avec son jaune d'œuf.

ni Bonnet avec ses réseaux, ni Buffon avec ses molécules organiques ; et qu'on dise maintenant que le somnambulisme n'est bon à rien !

Dans la brochure dont je parle , M; de Montègre attribue les eficts du magnétisme animal au pouvoir de l'imagination : c'est , en dernière analyse , tout ce qu'il tend à prouver : telle est aussi l'opinion de MM. les commissaires nommés par le roi pour l'examen du mesmérisme , avec cette différence que ces commissaires , ne pouvant tout expliquer par \ imagination, y ont joint \ imitation, sans trop dissimuler le soupçon de supercherie et d'imposture.

Puisqu'un docteur aussi renommé que M. de Montègre a bien voulu descendre des hauteurs de la science pour donner une leçon à un ignorant qui n'est cependant pas plus crédule que lui , il voudra bien , j'espère , continuer à l'instruire , et il lui permettra de répliquer. Il ne tardera pas à s'apercevoir que je ne me range du côté des magnétiseurs qu'en tant que de raison , et que je saurai bien aussi leur adresser quelques vérités aussi peu agréables que celles des commissaires. Intrà muros peccatur et extra , voilà pourquoi je dirige mes traits contre les deux partis.

Les adversaires du magnétisme ont toujours eu et ont encore aujourd'hui le tort de juger cette pratique sur ce qu'elle était il y a trente ans; ils ont toujours en butte le baquet de Mesmer, et certes il leur est facile de le tourner en ridicule : c'est

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un triomphe si misérable, que des savans devraient le dédaigner. Je sais très-bien qu'une femme peut éprouver des convulsions à la vue d'un convulsionnaire , que l'aspect d'un épileptique peut disposer à l'épilepsie ; j'avouerai donc que dans une réunion de magnétisés, les crises, les spasmes, les grimaces réels ou simulés de quelques-uns , peuvent agir fortement sur des femmes dont les nerfs sont très-irritables, mais tout cela ne prouve rien contre les personnes que l'on magnétise isolément ; si celles-ci présentent les mêmes phénomènes que les autres , que devient l'objection fondée sur \ imitation? Ainsi la raison et la bonne foi auraient dû faire renoncer à ce moyen d'attaque , puisqu'aujourd'hui il n'y a plus de baquet, et que le magnétisme n'offre plus des scènes où le scandale n'avait que le ridicule pour excuse.

Passons donc à \ imagination , et voyons si elle est responsable de toutes les folies reprochées au magnétisme. M. de Strombeck , par exemple , présente une série de faits très-extraordinaires qui ont été observés pendant quinze ou dix-huit jours de suite , par un grand nombre de témoins , et qui sont attestés par trois médecins dont l'un , aussi incrédule que M. de Montègre , peut-être même savant comme lui , avait été jusqu'alors adversaire déclaré du magnétisme animal. Mademoiselle Julie tombe en somnambulisme : elle se croit transportée au ciel , elle converse avec les anges , elle prend pour des anges les personnes qui l'entourent ; jus-

CRITIOUE. T. r.

qu'ici M. de Montègre peut avoir raison , et je me range à son avis : j'irai plus loin , j'attribuerai à la seule imagination les bons effets qu'elle e'prouve des remèdes très-insignifians qu'elle se prescrit ; car, comme l'observe M. le baron, si l'imagination peut nous faire perdre la santé, elle peut aussi nous la rendre ; mais quand mademoiselle Julie acquiert l'étonnante faculté de voir sans le secours des yeux , et de deviner les pensées les plus secrètes , comment ces prodiges peuvent-ils être produits par l'imagination? M. de Montègre , ne pouvant répondre à la question , se lire d'affaire en niant ces faits qu'il traite de puérilités , de niaiseries , et il me renvoie à la Gazette de santé , où il a fait justice de pareilles absurdités. Oh ! c'est ici , j'espère , que la simple logique triomphera du doctorat et de la science.

Quand il s'établit une discussion , et qu'il s'agit de raisonner sur une série de faits , tous également attestés , et par le même nombre de témoins , ne serait-ii pas très-commode de n'admettre que ceux que l'on peut expliquer , et de pouvoir rejeter tout ce qui sort des limites de nos connaissances , et dont nous ne pouvons donner d'explication ? Tel est cependant le procédé de M. de Montègre : ayant décidé que l'imagination produit tous les effets attribués au magnétisme , il me répondra que les docteurs Schmidt , Marcard et Kœler disent la Tërité sur les faits qu'il peut expliquer ; mais ces trois honnêtes médecins courent grand risque de

passer pour des fous ou pour des menteurs , si leur confrère ne peut plus expliquer les phénomènes qu'ils attestent. Que de choses, a dit un grand philosophe , que de choses qui nous paraissent absurdes , et qui , avec le temps , deviennent de s^rosses ve'rités ! Mais accordons à M. de Montèsre le droit de nier les faits qui révoltent sa raison , quoique certifiés depuis trente ans par d'innombrables témoins, et demandons -lui pourquoi il n'attaque pas, dans ses écrits, les cataleptiques de M. Pététin , comme les somnambules des masnétiseurs. Une cataleptique voyait par le creux de son estomac; une somnambule transporte de même le sens de la \ue à l'épigastre ; une cataleptique répondait à la seule pensée de M. Pététin ; une somnambule répond à la question mentale du magnétiseur. Pourquoi M. de Montègre chagrine-t-il donc les pauvres somnambules , tandis qu'il laisse en paix les cataleptiques qui ne sont pas moins sorciers? Pourquoi, dans le Dictionnaire des Sciences médicales, qu'il enrichit de si bons articles, a-t-il souffert qu'on rapportât les prodiges de la catalepsie sans les contester ? Si tout ce qui choque sa raison lui paraît décidément faux , pourquoi ménage-t-ilun confrère qui atteste aussi des miracles? Des docteurs qui reconnaissent la faculté intuitive des cataleptiques , sont des adversaires bien plus dignes de M. de Montègre que moi, pauvre ignorant, qui attends toujours des preuves pour croire à quelque chose. Je pneM. de Montègre de vouloir

bien repondre à ces questions qui sont un peu embarrassantes : jusque-là je douterai. J'ai dit , et je répète, que ce sens, inténeur, ceWe faculté intuitwe me paraît absurde ; mais que l'impossibilité ne m'en est point démontre'e , parce que rien ne me prouve que la perception des objets ne puisse avoir lieu que par les sens que nous connaissons. Si l'homme avait huit sens et plus , a dit Montaigne , il jugerait des choses autrement qu'il ne fait.

Mais , me diront les incre'dules , pourquoi inter peller les savans puisqu'ils ont parle' ? Pourquoi leur demander un examen puisqu'ils ont examine' avec la plus scrupuleuse attention ? Des commissaires choisis dans l'Académie royale des sciences, dans la Faculté de médecine , d'autres commissaires pris dans la Société royale de médecine , ont longuement et religieusement examiné la pratique du magnétisme , et ils ont décidé que le magnétisme animal n'existe point.

On sera peut-être étonné d'apprendre que c'est précisément le rapport de ces commissaires qui m'a fait supposer quelque réalité dans ce magnétisme qui auparavant me paraissait une pure jonglerie. Tout homme qui voudra lire sans prévention les quatre rapports , car il y en a quatre en comptant celui de M. de Jussieu , en tirera une conséquence tout-à-fait opposée à celle des commissaires. Je ne profiterai pas de l'aveu qu'ils font dans cette phrase : « On ne peut s'empêcher de reconnaître à ces H effets constans, une grande puissance qui agite

» les malades , les maîtrise , et dont celui qui ma- « gnétise semble être le dépositaire. » On me répondrait que cette grande puissance est l'imagination. Il est vrai qu'on serait fort embarrassé d'expliquer comment l'imagination , extravagante et vagabonde , peut produire des ejfets constans , comme l'avouent les commissaires ; mais je ne veux tirer aucun avantage de cette inadvertance, quelque forte qu'elle soit. J'arrive à la conclusion , où la logique est violée d'une manière tout-à-fait honteuse pour des savans aussi célèbres ; la voici , réduite aux termes les plus simples :

Les commissaires « ont conclu d'une voiac unan nime que rien ne prouve V existence dujluide » magnétique animal ; que ce Jluide SANS EXIS- » TENCE , est par conséquent sans utilité. » Yit-on jamais une conclusion plus étrange? Quoi! parce que rien ne prouve son existence , vous décidez qu'il n'existe pas ? Mais, en physique , en physiologie , en astronomie , il est des choses qui ne peuvent point se prouver, et qui sont néanmoins admises comme des vérités reconnues. Nous ignorons encore si la lumière est une émanation du soleil , comme le veut Newton , ou si elle est duc aux vibrations d'un fluide élastique , comme Euler prétend le prouver. Les savans nous laissent le choix sur ces deux explications si différentes ; je pourrais donc leur dire , en raisonnant comme MM. les commissaires : w Rien ne prouve la théorie de Newton , ni celle d'Euler ; donc elles sont

fausses toutes deux. » Autre exemple : Lorsque le célèbre Cook fit son second voyage pour de'couvrir le prétendu continent austral , supposons qu'un savant lui eût dit : rien ne prouve l'existence de ce continent , donc votre voyage est inutile ; le navigateur n'eût pas manqué de lui répondre : rien ne prouve que ce continent n'existe ])as , et je pars pour m'en assurer. Maintenant , je le demande , n'est-il pas étonnant que tant de savans commissaires aient fait un si long rapport pour arriver à une pareille conclusion?

Mais ceux qui m'opposent ce fameux rapport se gardent bien de parler de celui de M. de Jussieu, qui , malgré ses confrères , malgré le ministre , s'obstina à en faire un particulièrement. \ oyons donc ce que dit ce savant qui n'est pas moins connu , et n'a pas moins bonne réputation que les auti'es. Ici J€ réclame l'attention du lecteur. M. de Jussieu admet des faits (du magnétisme animal) indépendans de V imagination ; il en fait une classe distincte , dans laquelle il range l'observation suivante ; • •

Placé vis-à-vis une femme dont la cécité avait été constatée par les commissaires... (Notez bien ceci , constatée par les conunissaii'es , par les adversaires du magnétisme , par ceux qui décident que ce magnétisme n'existe pas. ) , M. de Jussieu dirige , à la distance de six pieds , une baguette sur l'estomac de cette femme ; au bout de trois minutes , elle paraît inquiète , agitée ; quinze mi-

nutes après, M. de Jussieu renouvelle l'épreuve : toutes les précautions possibles , dit-il , n 'aoaient pas été négligées. Je demande d'abord ce qui a pu agiter cette femme ; comment une aveugle , de'cidément aveugle, a-t-elle reconnu la présence et la direction d'une baguette à la distance de sioc pieds ? Mais poursuivons , et ici je cite textuellement. « J'étais assuré que la malade n'avait tiré » d'autre avantage de son traitement que d'en- » trei^oir confusément certains objets à trois ou « qua ire pouces de distance. »

Eh! n'est-ce rien que d'entrevoir quand on a été complètement aveugle? Quoi! les magnétiseurs avouent qu'il leur faut quelquefois des semaines entières pour obtenir des effets , et M. de Jussieu en produit déjà de si marqués dès le premier jour! Il ajoute que l'heure avancée ne lui permit pas de faire une troisième épreuve qui aurait peut-être augmenté la conviction. Ceci n'est-il pas bien remarquable? La conviction était donc déjà commencée ? Et si en quelques minutes une aveugle entrevoit déjà à la distance de trois à quatre pouces, ne suis-je pas en droit de supposer qu'après douze épreuves elle aurait vu à la distance de trois ou quatre pieds ?

Les traits que j'ai lancés contre les adversaires du magnétisme vont me donner un vernis de superstition qui me fera prendre en pitié par les lecteurs philosophes. Eh ! quand je serais superstitieux , le grand malheur ! Que de confrères j'aurai*

qui se gardent bien d'en convenir ! Que de confrères j'aurais , même parmi les savans! La sensibilité , dit Cabanis , se comporte à la manière d'un fluide qui diminue d'un côté quand il se jette de l'autre : n'en est-il pas de même de la superstition ? Le plaisir que nous prenons aux histoires de féeries et de revenans, a dit un grand sceptique , vient d'un reste de doute si elles sont fausses , et d'un secret désir qu'elles soient ^Taies. Dans le temps où l'on ne croyait à rien, dans ce temps où nous avions pqur religion l'athéisme , et pour morale la licence, les tireuses de cartes ont fait fortune. Telle jolie femme qui riait des préjugés religieux, concevait de \ives inquiétudes si, en faisant la patience, elle découvrait, dans l'as de pique , une infidélité de son amant. Je descends peut-être à des détails trop puérils : eh bien ! prenons un vol un peu plus élevé ; passons le bras de mer qui nous sépare de cette première nation du monde , et contemplons ce peuple philosophe. J'y vois le sage Addisson faire de vains efforts pour guérir les Anglais de la crainte des esprits^et des apparitions nocturnes. La superstition y a subjugué l'érudition même et la science. L'historien Robertson croit aux sorciers , et le docteur Johnson a peur des revenans; que dis -je? ce dernier a gravement réfuté les objections qu'on opposait à sa croyance. Jacques T" a pris la peine d'écrire pour prouver qu'on pouvait faire trois cents milles , à cheval sur un manche à balai : et Thomas Brown acru devoir

faire un livre pour convaincre ses compatriotes qu'on ne pouvait pas aller aux Grandes- Indes dans une coquille d'œuf. Je prie les savans auteurs du Dictionnaire des Sciences médicales , de croire que je n'en suis pas encore à la coquille d'œuf , ni même au manche à balai : j'accorde au magnétisme animal ce que l'éiidence m'empêche de lui refuser, mais je suis , comme je l'ai toujours ête' , fort dispose' à rire des prodiges , des miracles et des prophe'ties des somnambules.

Eh ! qui pourrait ne pas rire de tant d'absurdite's f* On est tenté de croire au magnétisme quand on lit les ouvrages où il est attaqué ; mais si l'on veut s'instruire dans ceux des magnétiseurs, le bon sens est tellement révolté , que le livre tombe des mains. Dans la théorie comme dans la pratique , tout est confusion , défaut de logique ou contradiction. Ici l'on me dit qu'un magnétisé est tout concentré en lui-même , qu'il est insensible à l'éclat de la lumière , au bruit , aux odeurs , qu'il ne voit et n'entend rien de ce qui est autour de lui ; plus loin , un somnambule magnétique sort dans la i*ue , sent qu'il fait froid , qu'il a gelé , parce que la terre est ferme : il voit briller du feu , et s'en approche pour se chauffer ; une somnambule dit qu'elle voit le fluide magnétique , qu'il est blanc et brillant , qu'il traverse la muraille de la chambre , et cette somnambule ne voit pas dix ou douze témoins qui sont contre cette muraille. Les somnambules , nous assure-t-on , ne s'occupent que

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de ce qui les interesse ; ils ne voient , ne sentent que les personnes et les choses avec lesquelles on les a mis en rapport ; et cependant une somnambule voit à travers les murs ce qui se passe dans les maisons. Celle-ci parle d'un mari qui lit le journal à sa femme : l'autre voit quelqu'un qui voyage et qui change d'habit dans une auberge. Les somnambules , dit M. Deleuze , sont très-e'claire's sur leurs intérêts , et ne disent rien de ce qui peut leur nuire. Un autre professeur en somnambulisme nous raconte qu'un de ces dormeurs, fripon et avare , a révélé le secret d'un dépôt qu'il gardait injustement. M. Deleuze blâme ses adversaires de ce qu'ils reprochent aux somnambules des erreurs d'anatomie ; mais il se méprend sur l'objection: on n'est point étonné qu'un ignorant ne coimaisse pas l'anatomie, mais on lui reproche de mentir quand il dit qu'il voit ce qui ne peut exister. Quand un somnambule prétend voir l'intérieur de mon coi-ps , s'il place mon foie à gauche et ma rate à droite , je le prendrai pour un des médecins de Molière , et il devrait ajouter au moins que le magnétisme a reformé tout cela. Une femme voit trois gros vers qui vont lui ronger le cœur ; et elle prédit, trois mois d'avance , qu'elle aura trois crises , à la dernière desquelles elle expulsera ces trois rongeurs. Le prodige s'opère à la minute où il a été prédit. Je ne dois pas contester un si beau miracle , mais je voudrais bien que l'on m'indiquât la route qu'ont pu prendre ces trois gros vers

pour aller du péiicarde au rectum , sans perforer ni le diaphragme , ni l'estomac, ni le tube alimentaire. Dans les Annales du magne' tisme animal, une somnambule se prescrit l'eau de carotte pour faire couler la bile, et voit son lait qui lui monte à la tête, puis retombe dans sa jambe gauche. Oh ! certes , cette somnambule n'a pas lu le livre de M. Richerand sur les erreurs populaires en médecine, car alors elle n'aurait pas parlé de l'eau de carotte contre la bile , ni du lait répandu. Selon quelques magnétiseurs , ce merseilleux fluide peut guérir tous les maux ; selon M. Deleuze , il ne guérit que quelques maladies, soulage dans plusieurs, et peut nuire dans quelques autres. Mais mon anonyme de Caen , qui , depuis trente ans , a vu et opéré tant de prodiges , m'écrit : « Le somnambulisme n'est point une science ; les magnétiseurs qui posent des principes généraux , qui gouvernent leurs malades , sont des médecins punissables. » Lequel faut-il croire ? Je penche pour le dernier.

Mais la confusion est bien plus grande encore dans la théoiie. Il est vraiment plaisant de voir certains professeurs rnanipulans , chercher à étayer la doctrine de \^ faculté intuitive sur une physiologie baroque , ou la prévision sur une métaphysique de grimoire. Que de raisonnemens sur le système nerveux , sur le plexus solaire , dans le premier cas , et sur le fluide universel , sur l'immobilité du temps , et sur la présence du futur dans le cas de prophétie î

Leurs préceptes ont cela de bizarre , qu'en les suivant à la lettre il est impossible que l'on croie jamais au magnétisme. Par exemple , M. Deleuze , Je plus modéré , et sans contredit le plus raisonnable des magnétiseurs , dit et répète plusieurs fois qu'on ne doit point magnétiser en présence des curieux , ni leur donner le spectacle des somnambules. Eh ! pourquoi donc, lui répondrai- je, vous plaignez-vous de notre incrédulité? Youlez-vous nous forcer à croire sur parole PN'avez-vouspas été curieux vous-même avant d'être un vrai croyant ? Et si l'on ne vous avait jamais rien fait voir, auriezvous écrit deux volumes en faveur du magnétisme ?

Les pères de la doctrine magnétique avaient dit : croyez, et veuillez ; ces paroles étaient celles de l'initiation. M. Deleuze prétend qu'on aurait dû dire : veuillez et croyez. Je trouvais déjà fort difficile de croire sans preuves , puisqu'on en refuse à un cuiieux ; mais vouloir avant de croire , vouloir ce qu'on ne croit pas, m'a paru si dur à digérer, que dès ce moment j'ai renoncé à la nourriture magnétique.

Il faut avouer cependant que les magnétiseurs sont d'excellens chrétiens ; car la foi , l'espérance et la charité sont les trois vertus qu'ils exigent dans ceux qui se consacrent à la pratique du magnétisme. Et qu'on ne croie pas que je veuille ici faire une mauvaise plaisanterie , car voici les propres paroles du grand -maître de l'Ordre , de l'hiérophante du temple , du législateur des somnam-

bules : « Le magnétisme exige volonté active vers le bien; croyance ferme en sa puissance; confiance entière en l'employant. » Moi , qui ne suis qu'un profane , je ne comprendrai jamais comment la foi peut avoir quelque chose à démêler avec la physique , et comment ma croyance ou mon incre'dulite' changeront la nature d'un fluide, et pourront agir, en bien ou en mal, sur la poitnne d'un asthmatique , ou sur les articulations d'un goutteux. L'amour du prochain est sans doute une vertu fort louable, mais je ne crois pas que l'intention puisse changer les propriétés d'un fluide re'pandu dans toute la nature. Si ce fluide est une drogue salutaire , la main d'un ennemi n'en fera pas un poison ; et le plus honnête homme du monde me pre'senterait de l'arsenic , que je me garderais de l'avaler.

C'est cependant avec ces belles maximes que les magne'tiseurs ont cherché à sanctifier leur doctrine ; et je ne finirais pas si je rapportais toutes les absurdite's, toutes les contradictions dans lesquelles ils sont tombes quand ils ont voulu confirmer par le raisonnement des principes aussi étranges et aussi ridicules.

Pourquoi donc , malgré tant d'erreurs et de folies , ce magnétisme s'est-il propagé et acquiert-il de la consistance au lieu de tomber en discrédit ? C'est qu'au milieu de ce fatras d'inepties il y a des vérités incontestables , il y a des faits très-réels quoique très-extraordinaires , et notre raison ne

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se révolte contre eux que parce qu'elle n'y est point encore habituée. L'électricité a d'abord trouvé des incrédules ; et si l'électricité ne nous avait pas accoutumés à des phénomènes étonnans , le galvanisme nous eût paru une véritable jonglerie, tant que nous n'aurions pas vu des expériences décisives. Combien de fois n'avons-nous pas plaisanté sur les pierres tombées du ciel ? Ces pierres font aujourd'hui partie de la science. Cependant aucun physicien n'est encore parsenu à nous expliquer tous ces faits qui semblent tenir du merveilleux ; il faut donc , bon gré mal gré , que les savans se résignent à des phénomène§ qu'ils ne comprennent point. J'ai encore recours ici à l'anonyme de Çaen , qui cependant ne me flatte pas , car il me dit que mon scepticisme m'expose à écrire beaucoup d'absurdités. Il ajoute, avec une confiance vraiment remarquable : <f L'incrédulité » de l'orgueil humain est quelquefois si ridicule » pour celui qui possède la vérité , qu'il est amd- » sant de provoquer son opiniâtreté. Les incré- )> dules ont peur maintenant. Le magnétisme est » si répandu ! Leur amour-propre doit battre en » retraite. Le nombre des témoignages l'écrasera. » Ils auront fait une belle chose ! Ils auront re- » poussé , durant quarante ans , une vérité utile à » l'humanité. Les pauvres d'esprit, les gens simples » et bienfaisans ont été plus heureux ■ ils ont béni » la chose , ils en ont profité. Je m'honore d'être » un de ceux-là. >»

\ oilà I^ien le ton d'une persuasion intime ; mais pourquoi nos magnétiseurs , en nous reprochant notre incre'dulitc' , se refusent-ils à des expériences qui puissent nous convaincre ? Pourquoi cette précaution suspecte d'exclure les curieux, puisque tout homme est nécessairement curieux avant d'être persuadé ? Vainement on me vantera les lumières, la sagesse , la probité d'un magnétiseur : quand il s'agit de faits si étranges, on ne croit que ce qu'on voit ; car, comme on l'a dit avec raison , il y a cent fois plus à parier pour un mensonge que pour un miracle.

Il semble que les magnétiseurs aient pris à tâche d'augmenter notre scepticisme au lieu de le combattre par des preuves. Au lieu de présenter des faits faciles à vérifier , et sur lesquels il ne pût y avoir soupçon d'erreur ou d'imposture , ils ont inondé la France de théories , d'attestations, de déclamations souvent discordantes , disant ce qu'ils savaient et ce qu'ils croyaient savoir , ce qu'ils voyaient et ce qu'ils croyaient voir, mais trop souvent aussi ce qu'ils ne voyaient point du tout. Aucun d'eux n'a voulu être moins magicien que ses confrères. Quoi ! un tel a déjà obtenu des prodiges , et je n'ai encore que des effets étonnans ! Vite , redoublons d'ardeur et de volonté ; si les merveilles se font trop attendre , on en facilite l'éruption, on fait des questions adroites qui amènent doucement des réponses surprenantes ; si ces réponses sont trop vagues, un petit mot qu'on ajoute

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leur donne de l'e'clat ; on dissimule ce qui est de'favorable ; on donne du style à ce qui est avantageux, et Ton pousse à la roue jusqu'à ce qu'on arrive au miracle. Si une heureuse étoile fait tomber sous la main du magnétiseur quelques filles ple'toriques , chlotoriques ou hysténques , ou une de ces femmes qui , sans de'daigner les réalitc's , aiment à s'égarer dans la région des chimères , les phénomènes deviennent plus bnllans ; on consigne les nouveaux prodiges dans une brochure que l'on fait signer par trois ou quatre témoins , toujours irréprochables, et l'on dit que la vérité du magnétisme est enfin démontrée.

Concluons donc qu'il y a des effets vraiment extraordinaires ; mais que jusqu'à ce qu'ils soient publiquement constatés par une expérience irrécusable , les magnétiseurs ne doivent pas s'étonner si l'on s'obstine à les confondre avec les Cagliostro et les autres escamoteurs.

LE MYSTÈRE DES MAGNETISEURS, etc. 337

LE MYSTÈRE DES MAGNÉTISEURS ET DES SOMNx\MBULES,

DÉVOILÉ AUX AMES DROITES ET VERTUEUSES , PAR Uî« HOMME DU MONDE ; AVEC CETTE EPIGRAPHE :

Âd majorera gloriam Dei.

Assez et trop souvent j'ai entretenu le lecteur des miracles du magnétisme et des rêveries des somnambules. J'ai fait tous mes efforts pour tenir la balance égale entre les docteurs -médecins qui préconisent le mesmérime , et les médecins non moins docteurs qui s'en moquent. Ce n'était point la première fois que je m'étais vu ballotté entre Hippocrate et Galien ; je me rappelle encore avec terreur les deux arrêts contradictoires qui furent prononcés le même jour contre de pauvres malades à qui un médecin disait : « Yous êtes morts si l'on vous saigne » ; tandis qu'un autre médecin leur criait : « Yous êtes morts si l'on ne vous saiirne pas. » Il en est de même du magnétisme : les avis sont partagés sur ses prodiges ; il y a scission même parmi les savans ; et cette doctrine a , comme toutes les autres , ses fanatiques et ses incrédules.

CRITIQUE. T. f. X3

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