‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 2)Chapitre 37 sur 52 · RELATIVES A LA MEDECINE · texte numérisé non relu

RELATIVES A LA MEDECINE

Par M. RiCHERAND, professeur de la Faculté de médecine, etc., etc. Avec celte épigraphe :

Odi profanum Tul^us , et arceo. HoaAT.

Tout le monde peut dire : odi prof anum vulgus; il est rare de pouvoir y ajouter : et arceo. Je suis certain que M. Richerand lui-même n'a pas tou-

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jours été assez heureux pour vérifier cette dernière parlie de son épigraphe. Eh ! qui de nous peut entièrement se débarrasser et du vulgaire , et de ses erreurs , et de son despotisme auquel le plus sage des hommes est souvent forcé de se soumettre ? Heureusement il n'est ici question que des eiTeurs relatives à la médecine ; car si un philosophe prétendait détruire toutes celles qui passent pour des vérités dans tous les genres , il ne tarderait pas à reconnaître l'inutilité , le danger même de ses efforts. Quoique M. Richerand se soit renfei3TLé dans une seule partie des connaissances humaines, quoiqu'il n'attaque que les erreurs bien évidentes, et qu'il ne dise rien des points contestés , quoique ces erreurs qu'il entreprend de détruire soient ou extrêmement ridicules , ou , ce qui est encore plus fâcheux, extrêmement nuisibles à l'humanité, je doute que l'on ait pour l'auteur toute la reconnaissance qu'il mérite. Ceux qu'il aura convaincus ne voudront pas avouer qu'ils avaient besoin d'être éclairés ; ceux dont il choque la superstition lui reprocheront son audace ; ceux enfin dont il lèse les intérêts le traiteront en ennemi : car , il faut le dire , l'erreur fut de tout temps la partie commerciale de la médecine. Ce hvrc , je le prédis , va causer du scandale ; l'auteur y a aussi incontestablement raison que s'il procédait par les formes arithmétiques , et cependant , on déclamera , on criera contre lui , comme on fait contre nous , quand nous osons dire que la comédie lamioyante

n'est pas la comédie , ou qu'un poëme en prose n'est pas un poëme. M. Richerand a d'ailleurs la mauvaise habitude d'employer le mot propre , et il n'y a que trop de gens pour qui le mot propre est une injure. Il ne suffisait donc pas , pour composer ce livre , d'avoir su connaître la vérité , il fallait encore avoir le courage de la dire. Aux yeux de ^en^^c , la première de ces qualite's était déjà un tort , la seconde sera un cnme.

La première phrase de V Introduction prouvera que mes craintes ne sont point chimériques ; la voici : « On traitera dans cet ouvrage , non-seule- )) ment des erreurs familières au peuple , mais en- » core de celles que commet chaque jour le 27//gaire des médecins. » Autrefois , Gédéon Harvée a eu l'audace d'écrire sur la fourberie et les mensonges de certains médecins ; nous sommes devenus beaucoup plus polis , aussi M. Richerand ne parle que de leurs erreurs : mais , comme nous sommes devenus beaucoup plus susceptibles, l'expression modérée de M. Richerand ne choque pas moins les demi-docteurs auxquels elle s'adresse.

L'auteur donne une très-grande extension au mot peuple ; par-là , dit-il , <c il faut entendre et la populace exclusivement vouée par la nécessité au soin de pourv'^oir à sa subsistance , et avec elle les esprits les plus brillans et les plus cultivés. >•> Cela veut dire sans doute que les esprits les plus brillans , et que les plus hautes classes de la société ne sont point exempts des erreurs populaires , sur-

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lôvit en médecine ; il y a donc, en quelque sorte, le grand et le petit vulgaire , et le premier rit souvent de l'autre , qui a souvent aussi la satisfaction de lire à son tour.

Cet ouvrage se divise en trois parties : i" Erreurs touchant l'éducation physique des enfans. Il restait peu de chose à dire sur ce chapitre , et l'auteur n'a fait qu'ajouter quelques bonnes observations à toutes celles qui ont été faites pendant le dix-huitième siècle. 2." Erreurs relatives à la santé et à sa conservation. Cette partie , beaucoup plus étendue que la première , offre des raisonnemens clairs , inattaquables , des réflexions fmes et ni- . qualités , quelques traits de satire un peu vifs , mais très -bien mérités. 3" Erreurs nombreuses ( l'auteur aurait pu dire sans nombre ) concernant les maladies et leur traitement. Ainsi l'éducation physique , l'hygiène et la thérapeutique , sont les trois points sur lesquels M. Pxicherand signale les erreurs ou les bévues du peuple médecin , du peuple ignorant , ou même du peuple éqlairé.

Dans la première partie , l'auteur, tout en admirant Rousseau, rectifie quelques-unes de ses idées, et détruit ce paradoxe, que V enfant ne peut avoir de nouveau mal à craindre du sanodont il est formé. Comme ce prétendu principe est une erreur, il n'est pas vrai qu'une mère ne puisse pas , ne doive pas même quelquefois se dispenser des devoirs de la maternité , et faire allaiter son enfant par une femme plus saine. Il

prouve aussi que les bains froids sont nuisibles nux enfans très-jeunes. Il traite ensuite des dérangemens tenant à la dentition : dans ce chapitre on trouve une théorie courte et très-claire de La nutrition; et le professeur daigne à peine combattre l'erreur commune sur les taches de la peau , ou envies, que bien des gens encore attribuent à l'imagination de la mère. M. Richerand ne reproche cette opinion ridicule qu'au vulgaire ; mais il me semble qu'il ne dit point assez : des hommes fort instruits , des me'decins estimés , des anatomistes même et des physiologistes , ont été peuple à cet égard. Dans le dix -septième siècle , l'action de l'imagination de la mère sur le fœtus , était un principe assez généralement admis , et j'ai encore sous les yeux une dissertation latine où l'on prétend prouver cette action par le moyen des esprits animaux. Je regrette que l'auteur n'ait pas développé cette autre proposition , que la chaleur dans l 'enfant serait au-dessous de ce qu 'exigent les besoins delà vie, si la mère ne lui transmettait pas de sa propre chaleur. J'ai cru jusqu'ici que la chaleur du sang était en raison de la fréquence du pouls, et l'on sait que dans les enfans cette fréquence excède d'un tiers celle qui s'obsei've dans les adultes.

Dans la seconde partie , le professeur s'occupe d'abord de la santé , qu'on ne peut guère , ce me semble , définir que négativement , puisqu'elle n'est, à proprement parler, que l'absence de toute

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