ESSAI SUR LES ANTIPATHIES
Présenté et soutenu à la Faculté de médecine de Paris , le 20 juillet 181 1 , [jar E.-F.- J. PassemeHT , d'Oyarzum (province du Guipuscoa, en Espagne) , docteur en médecine, élève de la Faculté de Paris, de celle de Montpellier, et membre de plusieurs Sociétés savan'es. Avec cette épigraphe :
Non amo te , Sabidi ; non possum dicere quare ; Hoc tautum posstun dicere , non amo te. Martial, épig. 9, Ub. I.
Dans sa division des antipathies , M. Passement a sui\d la me'thode des botanistes et des zoologistes ; iJ les partage en classes , en ordres , en genres , puis il décrit plusieurs espèces. Ses classes sont au nombre de deux : la première comprend les antipathies physiques , la seconde les antipathies morales ; les unes et les autres sont di\dsèes ellesmêmes selon leur relation avec chacun de nos sens, et sous-divisées par les différences qu'elles manifestent dans l'état de santé et dans l'état de maladie.
Tous les raisonnemens de l'auteur tendent à prouver qu'il faut chercher la cause des antipathies physiques dans l'organisation, et celle des antipathies morales dans l'association des idées. Or, qu'est-ce que l'association des idées? C'est pour
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l'expliquer en temps opportun que j'ai tarde jusqu'ici à parler de [Introduction.
Dans notre enfance , nous éprouvons simultanément des sensations qui n'ont souvent entre elles aucun rapport : si ces sensations se répètent , elles associent dans notre esprit des idées qui se représentent toujours conjointement à notre mémoire , et qui produisent toujours des impressions semblables à la première. Ces associations d'idées se forment quelquefois par l'action de notre volonté , quelquefois aussi par hasard et comme à notre insu ; mais, dans l'un et dans l'autre cas , leurs effets sont les mêmes , et plus leur retour est fréquent , plus leurs impressions sont puissantes , et « l'habitude agit sur les opérations de l'entendement de la même manière que sur les mouveraens des corps. »
M. Passement joint à ses propres raisonnemens ceux de Loke , de Pieid , de Hume , de Condillac, etc.. pour démontrer l'effet de ces associations d'idées ; mais une phrase de Mallebranche l'explique plus clairement encore, quoique cet exemple me semble mal choisi. « Que par étourdcrie , dit le philosophe oratoricn , l'on vienne à inculquer dans l'esprit d'un enfant les idées à'espnts et àe fantômes , qui n'ont pas plus de rapport avec les ténèbres qu'elles n'en ont avec la lumière , il arrivera que cet enfant ne se trouvera jamais dans l'obscurité sans être frappé de ces effrayantes idées, parce qu'il ne pourra plus les séparer l'une de l'autre.»
Voilà bien , dans ce passage , une association d'idées ; mais je persiste à croire que l'exemple est mal choisi , parce que cette association n'est pas la seule cause de la frayeur que les ténèbres inspirent à un grand nombre de personnes. En effet , l'obscurité' nous privant de l'un de nos sens , et de celui qui importe le plus à notre conversation , il est naturel que nous n'ayons pas autant de sc'curite' pendant la nuit que dans le jour , puisque les ténèbres multiplient autour de nous des dangers ou des pièges qu'elles nous empêchent d'éviter, et même d'apercevoir.
Je vais essayer de donner un exemple plus concluant et plus exclusif de toute idée étrangère. Il y a peu d'animaux qui se ressemblent autant que les crapauds et les grenouilles ; cependant des milliers de personnes qui n'ont aucune répugnance à toucher et même à manger les dernières , ont pour les premiers une aversion qui tient de l'horreur. La nature n'est sans doute pour rien dans cette différence d'affection ; car la ressemblance qu'elle a donnée à ces deux espèces d'animaux semble solliciter une sensation analogue. 11 faut donc que, dès notre enfance , on ait associé dans notre esprit les idées de crapaud et de venin, et par suile les idées de venin et de nioii , pour que nous conservions toute notre ^"ie une impression de dégoût et même d'horreur à la vue de cet amphibie ; et quand tous les naturalistes nous prouveraient que notre crainte est mal fondée , la première sen-
satioti subsisterait et résisterait à tous les raisonnemens.
Au reste , je ne crois pas qu'on doive donner le nom d'antipathie aux répugnances qui ont pour cause un sentiment de crainte bien ou mal fondé. Il est naturel à l'homme de craindre tout ce qui peut lui nuire , ou tout ce qu'il suppose nuisible. Ce qu'il éprouve à la vue d'un tel objet est donc une vive réminiscence d'une impression de frayeur, et non pas une véritable antipathie. On peut fort raisonnablement craindre une épée , un poignard , un pistolet, sans que cette crainte soit antipathique. Si je crois que la piqûre d'un insecte peut me donner la mort , son aiguillon est aussi redoutable pour moi qu'un boulet de canon.
Je ne sais pourquoi M. Passement a cru devoir diviser les antipathies en physiques et morales. Il adopte l'opinion que tout vient des sens; ce vers de Lucrèce :
Irwenies priniis à sensibus esse creatam Noiitiam veri. . . .
et cette phrase très - philosophique : Nihil est in intellectu quodpriiis non f lient in sensu , sont pour lui des axiomes : or , si toute affection morale provient et dépend d'une sensation physique , pourquoi les antipathies de la seconde classe n'auraientelles pas la même cause que celles de la première ? On pourrait dire seulement que les unes en découlent immédiatement , et les autres médiatement.
C'est pour la même raison que je trouve une contradiction dans le chapitre des antipathies hére'ditaires. Selon l'auteur , un individu peut recevoir , dans le sein de sa mère , une modification particulière d'organisation qui lui communique une antipathie pîiysique héréditaire ; mais il pense que cet indi^^ldu ne peut hériter d'une antipathie morale. J'avoue que je ne sens pas la raison de cette différence. Si nos idées dépendent et proviennent de nos sensations , et si nos sensations dépendent de notre organisation , pourquoi un vice organique contracté dans le sein de la mère ne produira-t-il pas aussi bien une antipatliie morale qu'une antipathie physique ?
Mais c'est ici surtout que M. Passement me semble avoir manqué ou de clarté ou de justesse. Il faut qu'il y ait défaut de logique dans sa classification , ou défaut d'intelligence dans mon esprit , car je n'ai jamais pu comprendre pourquoi il plaçait telles antipathies dans la classe physique et telles autres dans la classe morale : par exemple , Pierre d'Apono tremblait à la vue d'un fromage, et le maréchal d' Albret s'évanouissait quand il voyait la tête d'un marcassin. M. Passement appelle physique la première de ces antipathies , et la seconde est considérée par lui comme morale. Il me dirait peut-être , car il ne l'a pas dit , que , dans l'enfance , le maréchal associait les idées de danger à l'image d'un sanglier ou d'un marcassin , tandis qu'un fromage ne peut ni blesser ni nuire , sur-
tout si on n'en mange pas ; mais l'auteur place aussi dans les antipathies morales la frayeur qu'éprouvait un consul de Groningue à la vue d'une tête de cochon, et il ajoute que si l'on coupait les oreilles de cette tcte , le consul en mangeait sans dégoût. Certes , ce ne sont pas les oreilles qui rendent un cochon redoutable : je ne sais donc pourquoi cette antipathie ne serait pas considérée comme physique.
JuHus Alexandrinus cile un homme qui avait horreur de Tail ; Horstius en cite un autre qui avait une grande aversion pour l'huile : pourquoi M. Passement range-t-il le premier cas dans le physique et l'autre dans le moral ?
La dernière partie de l'ouvrage , intitulée Traitement, est très-faible , et j'ose dire nulle. L'auteur n'offre aucun moyen curatif, et, pour dissimuler cette disette de moyens, il s'étend sur des principes d'éducation et surtout sur l'excellente éducation des Biscayens , seul moyen , selon lui , de prévenir les antipathies physiques. Ainsi , quand un malade de ce genre appellera le médecin , le docteur , pour tout remède , exposera savamment ce qu'il aurait fallu faire quand le malade était encore enfant. On voit par là que le docteur Passement nous promet un traitement et ne nous donne qu'une hygiène. Quant aux antipathies morales , il n'emploie que le raisonnement pour les guérir. Gela serait bon si les antipathies fondées sur des erreurs cessaient quand l'erreur est détruite; mais
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c'est ce qui n'arrive presque jamais; et quels raisormemens faire à un homme qui a peur d'un fromage ou d'une oreille de cochon ? Lui direz- vous que le h'omage ne le mordra pas ? il le sait aussi bien que vous , et cependant il tremble.
Concluons que la vraie cause des antipathies est encore un secret, même pour M. Passement, et qu'il y a un peu de témérité à prétendre les guérir.
SÉMÉIOLOGIE BUCCALE ET BUCCAMANCIE,
Ou Traité des signes qu'on trouve à la bouche , qui font connaître les constitutions par les signes innés, et les qualités du sang des sujets qu'on examine en santé ou en maladie , par les effets qu'il produit lui-même ; suivie de la continuation du Tableau critique de la chirurgie dentaire; par M. L, Laforgue , expert dentiste.
Lecteur, vous sentez-vous malade ? gardez-vous d'appeler un médecin ; lût-il le plus célèbre de la capitale , il se trompera sûrement sur la nature , sur le siège , sur le traitement de votre maladie. Gardez-vous aussi de lire des livres de médecine, ni la Nosographie de M. Pinel , ni les ouvrages de MM. Halle , Tourtelle , Husson , Landré-Beau-
vais , Double , etc , ni aucun traité de Séméïo-
tique : tout est erreur dans ces livres-là ! Gardez-
VOUS surtout de consulter le Dictionnaire des sciences médicales , dont les auteurs n'ont point connu la buccamancie. Je prévois votre question. Que faut-il donc faire , me direz-vous ? Ce qu'il faut faire , le voici : Allez trouver M. Laforgue ; c'est un expert dentiste qui a bien voulu descendre au rang de me'decin. Des que vous entrerez chez lui, ouvrez la bouche, non pas pour parler, comme on dit que faisait saint Paul , mais ouvrez la bouche , seulement peur 1? montrer.
L'expert regardera vos lèvres , il jettera les yeux sur vos gencives , et puis il les fixera très-attentivement sur vos dents , et cette courte inspection lui fera connaître votre constitution , la qualité de votre sang, votre jnaladie , votre arrêt.
Les autres médecins (Dieu vous en préserve!) vont chercher des signes dans toutes les parties de votre corps, dans vos fonctions animales, dans vos moindres mouvemens ; leur séméïologie incertaine et vagabonde consulte le pouls , la respiration , le rire, le bâillement, l'étemuement, la faim, la soif, les urines, les déjections ( fi donc ! ), la voix, l'habitude du corps, la sueur, les yeux, les oreilles,
le bas-ventre , les (c'est à n'en pas finir) , et
toute cette kyrielle , pour en tirer quelque conjecture vague ou illusoire. Ils seront même embarrassés par le conflit des signes qui se contrediront; car, quand vos joues désigneront le poumon , vos yeux nommeront le foie , et votre ventre la rate , de sorte que votre véritable maladie ne sera connue
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que par une autopsie à laquelle je n'ose donner l'e'pithète convenable.
M. Laforgue, au contraire, trouvera dans votre bouche des signes innés et uniçoques ; encore ne regardera-t-il pas votre langue ; cet organe , qui joue un si grandrôle dans toutes les se'me'ïologies, ne me'rite pas son attention. Il a lu sans doute un grand médecin qui se plaignait déjà , il y a cent ans , de la langue des malades. Quand on leur demande ce qu'ils sentent , disait-il , ils répondent ce qu'ils pensent. C'est sans doute pour cette raison que M. Laforgue a pris en grippe la langue des malades , et ne l'a pas comprise dans la séméïologie buccale , où la nature l'avait placée. Allez donc chez M. Laforgue : il est le seul officier de santé qui ne fasse pas tirer la langue à ses malades.
Vos dents lui suffisent ; vos dents lui révéleront tous les secrets physiologiques , hygiéniques , pathologiques et thérapeutiques, les dents lui apprennent tout; il est orfe^Te, M. Josse. Or, quand il aura vu vos dents, et quelque peu vos gencives et vos lèvres , il vous dira si votre sang est louable , ou sanguino-séreux , ou lyinphatico-séreucc ; et il vous apprendra si vous avez une leuco-phlegmasie, une hydropisie, un hydrothorax, une ascite, une hydrocèle , ou la spina ventosa, ou le rachitis, ou un anévrisme , ou les écrouelles , ou le carreau , ou le muguet , ou des hydatides , ou un polype , ou le croup , ou le diabètes , ou cinquante autres affections plus ou moins divertissantes , et
VOUS saurez au moins pourquoi vous allez mourir, satisfaction que l'on n'a pas toujours dans ce bas monde.
M. Laforgue ne voit pas seulement dans votre bouche si votre sang est sanguino- séreux ou lymphatico-séreux , il y découvre même s'il n'est pas anémique , c'est-à-dire si votre sang n'a point de sang, expression énergique , antithèse sublime qui ressemble à une tête acéphale ou à V anonyme Figaro. La bouche lui fournit donc une séméïologie véritablement univoque que n'ont point connue les docteurs Alibert ^ Barthez , Baudelocque , Baumes , Bichat , Boyer , Brown, Cabanis , Cambon, Chaussier,Capuron, Corvisart, Deschamps, Double , Dumas , Fabre , Gardien , Halle , Hernandez, Husson , Lalouette, Landré-Beauvais , Larrey , Lieutaud , Pelletan , Perylle , Portai , Pinel , Richeranid , Roussel , Roux , Sabatier, Sauvage , Swédiam-, Tourtelle , ni Yicq-d'Azir, et encore dans ces litanies ai- je oublié Lavater qui , comme physionomiste , devait bien souvent regarder à la bouche.
Malgré cette grande et belle découverte , M. Laforgue ne s'aveugle pas sur son succès. Des docteurs jaloux la lui contesteront ; d'autres diront : ISous avons des séméïologies plus sûres ; d'autres encore soutiendront que la buccamancie n'est pas nouvelle, quoiqu'elle soit sortie , tout hérissée de dents, de la tète de M. Laforgue, comme Minerve tout armée , du cerveau de Jupiter, L'expert den-
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liste connaît si bien les intentions hostiles des enfans d'IIlppocrate , qu'il leur décoche d'avance une épigramme dans la lé te même de son ouvrage. Succamancie! c'est l'art de deviner ^^xv la bouche; tout médecin est donc un maniis ou devin , et son diagnostic n'est qu'une divination : quand il s'agit de deviner, peu importe que ce soit par l'inspection de la main ou d'autre chose , et nous aurions une podornaiicie , s'il avait plu à Dieu de faire de M. Laforgue nw pédicure.
Quand une guerre est ine'vitable , il est toujoui's bon de prendre l'offensive. Tous les hommes sont braves, demandez plutôt; mais celui qui attaque le premier a l'air plus brave que les autres , et il réussit ordinairement. Celte observation n'a point échappé à l'expert dentiste , car il commence pat mordre nos plus célèbres médecins , et il déchîi'e à belles dents le Dictionnaire des sciences médicales. S'agit-il de M. Cadet de Gassicourt? L'expert prononce cet arrêt : « La pathologie dentaire des apothicaires , médecins et chirurgiens de Paris n'est qu'une pathologie marchande et empirique ; elle est trop en arrière de la nôtre pour que je ne le fasse pas apercevoir. » \ oilà tous les médecins et chirurgiens condamnés avec les apothicaires ; c'esÉ la méthode de M. Laforgue : s'il en Veut à quelqu'un, il frappe sur l'ennemi et compagnie, comme on le verra mieux encore dans un moment.
Vous croyez que IVI. Cuvier est un des plus grands anatomistes qui aient jamais existé? Dé-
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trompez- VOUS ; M. Cuvier a commis trois grosses erreurs sur l'anatomie dentaire, ce que M.^ Laforgue prouve, à dire d'expert, comme il prouve tout ce qu'il dit.
Jetez les yeux sur la table des matières , vous y trouverez cette petite note , qui va désespérer presque tous les docteurs de la capitale : « Mala- )) dies dont on a traité aux dix premiers volumes » du Dictionnaire des sciences médicales , sans « mentioimer aucune séméïologie univoque des » constitutions ni des tempéramens , malgré l'abw solue nécessité qu'il y avait de baser ces articles » sur ces séméïologies. » Immédiatement après ces lignes fulminantes, se déroule la liste fatale des docteurs coupables, ]>«ysten, Pincl, Pariset, Pioyer- Collard,Pùcherand, de Monlègre, de Cliaumeton, Renauldin, etc., etc., etc.. Ils sont une compagnie ; et nous confions notre santé , notre vie , à ces hommes qui osent se dire médecins, et qui n'ont jamais connu la huccamancie !
jMais parmi ces médecins réprouvés par M. Laforgue , je n'ai pas encore nommé M. Fournier, sur lequel tombent cinquante pages de critique amère , et que j'ai gardé , comme on dit , pour la bonne bouche , expression qui ne doit pas déplaire à l'auteur d'une Séméïologie buccale. Le tiers de la brochure que j'annonce est l'acte d'accusation de M. Tournier, contre lequel notre expert dentiste accumule plus de syllogismes et de dilemmes , que contre tous les autres docteurs ensemble. Par
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où ce médecin a-t-il mérite' tant dé haine ou tant d'honneur! J'ai soupçonné que l'amour de la vérité , prétexte hanal de toutes les satires , n'était pas la seule cause d'une pareille distinction , et j'ai recouru à l'article dent ( pathologie ) du D'iclionnaire des sciences médicales. Mais quel fut mon étonncment , quand j'y lus un éloge de M. Laforgue , fait par ce même M. Fournier si durement traité par le dentiste! Cet éloge, qui se trouve à la 389" page du huitième volume de ce Dictionnaire , me jette dans une grande perplexité. L'inventeur de la Buccamancie scrait-ii un ingrat ? ou plutôt, n'est-ce pas un de ces grands caractères qui disent : ^micus Platon sedmagis andca V entas P J'étais dans celte cruelle incertitude , lorsque , par hasard , je jetai un coup-d'œil sur la Bibliographie pathologique dentaire (que le lecteur me pardonne ce triple mot) , et j'y lus trois lignes qui ont enfanté les cinquante pages de M. Laforgue. Dans ces trois lignes , M. Fournier ose dire que le style de l'expert dentiste est prolixe et peu recommandahle. Quelle audace ! Sans doute il est permis de chicaner sur le style un orateur, un poète , un médecin même , mais un expert , un auteur de la Séméïologie buccale ! Gela est impardonnable. Eh! qui désormais voudra se faire arracher une dent par un homme qui a le style prolixe ? qui voudra acheter un baume , un élixir, un dentifrice chez un expert cjui n'écrit pas élégamment? Je dirai donc à M. Fournier : Yos
torts sont irréparables ; vous avez blesse M. Laforgue dans son honneur et dans sa fortune : vous l'avez irrité contre tout le Dictionnaire des sciences médicales qui sera décrédité Ipso facto ; MM. Cuvier, Alibert , de Montègre , etc...., vont perdre toute leur réputation , et vos trois lignes en seront la cause ; tant que l'expert vivra , il arrachera les feuilles de votre Dictionnaire avec le dmier, avec le pélican, avec la clé de Garengeot, ?l\gc\c pied de biche , avec le lecier droit , avec la pince droite ^ avec la pince demi-coiirhe , avec le poussoir, que vous nommez repoussoir ; avec la langue de caipey que vous appelez trivelin , et qui , perfectionné par M. Laforgue , a reçu de lui le beau nom Ôl élevatoire pyranddal; et je suis désespéré quand je pense qu'un galant homme comme M. C.-L.-F. Panckoucke , sera ruiné pour avoir imprimé que INL Laforgue a le style prolixe , et pour avoir ignoré que la buccamancie est la pierre angulaire de la médecine.
D'ailleurs, si notre expert n'a pas le style ciccronien , il dit des choses de fort bon sens ; en voici une , entre autres, qui terminera fort bien mon article : « Si les remèdes calmaient les douleurs des » dents, les experts dentistes n'en extrairaient ja- » mais aucune , parce que les médecins les guéri- » raient ; mais il faut bien qu'ils les arrachent , » quand les médecins ne les guérissent pas. » Yoilà un coup de davier que les docteurs auront bien de la peine à parer.