‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 2)Chapitre 41 sur 52 · TRAITE DES MALADIES NERVEUSES OU VAPEURS · texte numérisé non relu

TRAITE DES MALADIES NERVEUSES OU VAPEURS

Et parliculièrement de rHystérie et de l'Hypocondrie ; par M. LoUYER- VlLLERMAY , docleur en médecine de la Faculté de Paris.

Lecteurs délicats et gourmands, femmes nerveuses et trop sensibles , sybarites ennuyés et dédaigneux , gardez-vous de lire cet article : je suis plongé jusqu'au cou dans la matière médicale. La pharmacopée ne vous prépare pas -toujours des loks et des sirops; sesapozèmes amers, ses infusions nauséabondes révoltent votre palais si éminemment irritable ; leurs noms même vous effraient , et vous détestez la médecine, quoique vouscnayiez plus besoin que personne : vous êtes ses victimes dévouées et spéciales ; tout ce qui vous en offre l'image vous fait frémir d'avance ; vous n'avez pas le stoïcisme de cet ivrogne qui , voyant son camarade couché dans le ruisseau , dit avec une philosophie admirable : Yoilà pom-fant comme je serai dimanche ! Dimanche ou hmdi vous l'appellerez ce médecin qui est aujourd'hui l'objet de votre aversion et de vos sarcasmes ; vous l'appellerez trop taixl , et vos amis diront qu'il vous a tués. Laissez donc cet article , je vous le repèle : cher-

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chez, dans la même feuille, de sdiscussîons politiques ; elles sont à la mode , elles ont la gloire de partager, avec les Montagnes russes, votre plus sérieuse attention.

Mais moi , persuadé comime je le suis que nous aurions autant besoin d'un bon médecin que d'un bon législateur, je poursuis ma tâche malgré les cris des oisifs qui veulent des contes pour rire , et les plaintes des dames qui demandent des sensations agréables. Est-ce ma faute d'ailleurs si la littérature ne jette plus que des lueurs rares et éphémères , tandis que la science active et vigoureuse entasse volumes sur volumes , et recherche avec une ardeur infatigable des causes qu'elle ne devinera jamais ? Est-ce ma faute si la plupart des savans écrivent aujourd'hui avec une pureté et une élégance remarquables, tandis que tant d'hommes de lettres qui n'ont pas appris à écrire veulent nous apprendre à penser ? Il faut l'avouer : les savans sont devenus hommes de lettres , et je ne vois pas que les gens de lettres soient devenus plus savans. Cette petite antithèse , qui n'est pas trop bonne , me fera peut-être pardonner les choses utiles que je vais annoncer.

M. Yillermay n'a pas prétendu donner un traité complet de toutes les affections nerveuses , de toutes les maladies graves ou légères que les gens du monde altribuent indistinctement à la délicatesse de leurs nerfs ; il s'est borné aux deux affections éminemment nerveuses , qui sont l'hystérie

et rhypocondrie ; et ce choix n'a pas c'té arbitraire, car M. Villermay paraît n'avoir entrepris ce grand travail que pour résoudre une question proposée par la Société royale de médecine.

L'ouvrage est divisé en deux parties, fort inégales en étendue. La première , qui concerne l'hystérie , est la plus courte , parce que cette névrose a moins de variétés , se rattache à un moins grand nombre d'affections , a un siège plus circonscrit , et n'afflige qu'un seul sexe , quoique plusieurs médecins prétendent l'avoir aussi rencontrée chez les hommes , opinion que l'élymologie seule condamne à priori.

Après avoir exposé les causes physiques et morales de l'hvstérie , le docteur trace la marche de la maladie, décrit ses symptômes à tous les degrés ; il présente le tableau des variétés et des complications , il établit son diagnostic , il distingue cette vésanie des autres aflections nerveuses avec lesquelles on l'a souvent confondue. De la réunion de tous les phénomènes, il tire un pronostic moins fâcheux en général que je ne l'aurais pensé : puis il prescrit le traitement , soit préservatif, soit curatif de la maladie , de ses complications et de ses récidives.

Si , malgré mes avis , des lecteurs non médecins m'ont sui\-i jusqu'ici , qu'ils ne s'effraient pas du mot hys/ene , auquel le vulgaire donne une étrange acception. Bien loin d'indiquer un dérèglement de mœurs , cette névrose est presque toujours la

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preuve d'une sagesse rigoureuse. Sur dix femmes hystejifjiies , dit le docteur, il y en a neuf qui le sont par continence. Ainsi , quand vous rencontrerez femme ou fille sujette aux convulsions nerveuses de ce genre , vous pouvez parier neuf contre un qu'elle est un modèle de vertu. Eoileau, quand il ne comptait cjue trois honnêtes femmes dans Paris , n'était pas si favorable au sexe ; mais ici ce n'est pas un poète qui parle , c'est un médecin , c'est un homme instruit , qui pense bien , qui écrit bien , et n'avance rien qu'il ne prouve.

Sous le rapport du danger, l'hystérie ne doit pas plus épouvanter mes lecteurs. La terminaison de cetle maladie est très -rarement funeste, quoique ses apparences soient eflrayantes ; elle n'est même presque jamais mortelle que par sa dégénérescence en une affection plus grave , ou ses complications avec d'autres maladies , accident que l'on peut prévenir et combattre avec succès par les moyens prophylactiques ou par un traitement convenable.

Le plaisir que m'avait causé la lecture de cette première partie , les choses neuves pour mioi que j'y rencontrais fréquemment , l'excellente logique de l'auteur , son discernement plein de finesse, son style , les nombreuses ohsenations qu'il rapporte et cjui sont autant d'anecdotes pathologiques et curieuses , la sagesse enfin et l'éminente utilité de ses préceptes , soit d'hygiène , soit de thérapeutique , m'avaient inspiré le désir de conseiller aux pères et aux mères de famille la lecture de cet ouvrage;

je croyais qu'il pouvait leur servira éloigner de leurs filles adolescentes les causes multiplie'es qui peuvent produire cette maladie , sinon mortelle , au moins très-inquiétante et très-désagréable. Je savais très-bien que, malgré Tissot et Buclian , il ne faut point faire de médecine sans le médecin , mais je pensais qu'il n'en était pas de même de l'hygiène , et qu'avec un guide tel que le livre de M. \ illermay , on pouvait très -bien suivre un régime préservatif, mais malheureusement le docteur luimême a dérangé tout mon plan. Parvenu à l'histoire de la triste hypocondrie, j'y ai lu avec effroi que l'une des causes de cetfe affection est la lecture des livres de médecine. L'auteur insiste sur ce point avec une candeur , un désintéressement admirables , et fait tous ses efforts pour que son édition ne s'écoule pas trop vile. Selon lui , la lecture de ces livres produit des effets si fâcheux et si certains , que des médecins même n'ont pas échappe à son influence. Me voilà donc hypocondriaque bien décidé , car j'ai toujours été curieux des ouvrages de médecine , voire même d'anatomie. Mais le talent de M. Yillermay m'a fait braver le danger, et son avertissement généreux ne m'a pas empêché de lire jusqu'au bout. Oh! certes , si mes viscères abdominaux se gonflent , ce docteur me doit ses soins.

Si , malgré l'aiTet comminatoire , fulminé par M. Yillermay, les gens du monde s'obstinent à consulter son ouvrage ; si des femmes veulent le

lire maigre ou plutôt à cause de la de'fcnse, qne CCS lecteurs se gardent bien au moins d'aborder le chapitre Yll de l'hypocondrie ; autant vaudrait se promener dans les Catacombes, Qu'ils é\itent surtout les dixièmes chapitres des deux parties de l'ouvrage : le premier chiffre X est suivi du mot autopsie, avec une e'pithète que je n'ose transcnre ; et le second X , des mots Anatomie pathologique , moins effrayans en apparence , mais qui signifient la mcme chose. Avec cette précaution , ils pourront braver le pronostic du docteur.

Je ne suivrai point l'auteur dans sa marche depuis l'invasion de l'hypocondrie jusqu'à sa teiTninaison. Sa méthode est la même que pour l'Iiystérie, avec cette différence qu'ici les complications sont plus nombreuses et ordinairement plus graves. Je me contenterai d'indiquer le chapitre \III, dont la deuxième section étonnera les lecteurs e'trangers aux sciences médicales. Je pre'voyais bien que le docteur établirait une très-grande différence entre l'hystérie et l'hypocondrie , puisque la première est une affection spéciale et exclusive du sexe féminin , tandis que la seconde est un peu plus commune chez les hommes : mais j'ignorais absolument que l'hypocondrie et la mélancoHe fussent deux maladies très-différentes. L'élymologie , sans doute , m'y faisait découvrir une nuance , mais je ne la croyais pas aussi forte. Hélas ! que vont dire nos aimables Parisiennes? Cette mélancoHe , cette douce mélancolie qu'elles célèbrent dans des ro-

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■mancGS , dont elles sont fières de se plaindre , cette preuve d'une sensibilité qu'elles simulent quand elles ne l'ont pas, cette fidèle compagne du tendre amour, n'est qu'une espèce à'aliénaiion mentale, et ne conduit pas au bonheur, mais tout droit à Cliarenton. Le cruel docteur ne se contente pas de desenchanter le beau sexe sur les charmes de la mélancolie , il en menace spécialement les comédiens , les musiciens et les poètes. Rassurons-nous cependant : si Sénèque a eu raison de dire : JSon est magnum ingenium sine miœturâ dementiœ ; si M. Yillemiay n'a voulu parler que des taîens supérieurs , le danger n'est pas grand , et le médecin des fous n'aura pas trop d'ouvrage.

Maintenant , s'il m'était penmis d'avoir une opinion sur ces matières , je dirais que dans cet ouvrage il y a plutôt surabondance que disette ; les préceptes m'y paraissent trop multipliés , et il s'en faut bien qu'ils aient tous la même importance. En général les médecins exigent trop des malades : ces derniers sont un peuple plein de préjugés , fort opiniâtre et de mauvaise foi. Les malades ne se font aucun scrupule de tromper le médecin , et se refusent à tout ce qui ne leur paraît pas d'une utilité prochaine et évidente. On obtiendra plutôt d'eux un grand courage pour l'instant donné , que l'obsenation constante de mille petits soins minutieux qui les occupent à toutes les heures et à tous les momens. Le docteur répondra sans doute que ,

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sachant tout cela , il exige d'eux beaucoup de choses , afin d'en obtenir au moins une partie ; mais n'est-ce pas aussi parce qu'on exige trop des malades, que ceux-ci trop souvent ne font rien du tout ? Quoi qu'il en soit , M. Yillermay me paraît avoir donne' trop d'étendue aux chapitres des causes et à ceux du trailement : celui de Vhyjjo- €ondrie surtout renfenne des digressions et même de la littérature.

Je terminerai par une observation très-petite , à la vérité , mais qui n'en est que mieux proportionnée à mes connaissances. L'auteur ayant dit et répété souvent qu'il n'y a aucune conformité entre les maladies ners^euses des hommes et les affections hystériques, prétend que la relation qui existe entre les organes sexuels de la femme et ceux de la voix , est particulière à ce sexe , et n'existe pas chez l'homme : selon lui , le changement qu'une opération barbare produit sur la voix de l'homme, ne provient que de la violence eatérieiire , et non pas de l'ablaiion des organes. J'en demande bien pardon au savant docteur, mais je ne puis admettre celte théorie. La puberté modifie le larynx de l'homme comme celui de la femme , et le changement de la voix accompagne, dans l'un et l'autre sexe, le développement des organes génitaux. Tous les maîtres de chant vous diront qu'avant la puberté il n'est pas possible de prévoir quelle sera la voix du jeune homme , et que si quelques-uns consenent leur voix primitive , le plus grand

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îioiïibrc éprouve un changement dans le diapason , dans le timbre et dans l'intensité'.

Yoilà tout ce que mon ignorance me permet de dire sur l'ouvrage de M. \iîlermay ; c'est aux savans à lui donner des éloges qui ne peuvent le flatter s'ils ne sont pas fondes sur des connaissances positives.

ETIOLOGIE ET THERAPEUTIQUE

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