MEMOIRE SUR LE CROUP
Traitant de sa curabilité , de ses rapports avec la pellte-ve'role et la vaccine , de la probabilité de le prévenir par une nouvelle manière d'innoculei- le virus vaccin, et enfin , exposition de la mélbode de traitetement employée par l'auteur pour guérir le croup confirmé ; par F. Delarue ( du Pm-de-Dome) , docteur en médecine, professeur de médecine et de chirurgie , etc.
Si l'opinion de M. Delarue sur les rapports qu'il croit apercevoir entre le croup et la pratique de la vaccine , avait e'té développée dans un gros livre , je me serais abstenu d'en parler, et je l'aurais abandonnée aux médecins , seuls juges compétens en pareille matière ; mais ce Mémoire n'est qu'une brochure légère, et de pareils écrits circulent rapidement , passent dans les mains des personnes étrangères à la médecine , parce qu'on ne risque pas de s'y ennuyer long-temps ; et s'ils contiennent des propositions qui, mal interprétées, peuvent jeter l'alarme dans le public, et le détourner d'une pratique salutaire , ils de^•iennent d'autant plus dangereux qu'ils contiennent moins de pages : car les ouvrages volumineux , toujours inconnus à la multitude , ne sont guère lus que par les hommes capables de les apprécier et d'op-
poser une digue aux mauvais effets qu'ils pourniient produire.
Je me hâte de repousser toute fâcheuse pre'ventioiî que ce preamhule pourrait faire concevoir sur les idées de M. Delarue , relativement à la vaccine. Loin d'en être détracteur , il la regarde comme l'un des meilleurs présens qui aient été. faits à l'espèce humaine. I! a vacciné ses trois enfans , et il propage, autant qu'il peut, ce précieux préservatif ; mais, malgré cette profession de foi , malgré les éloges donnés à Jenner , on verra bientôt que l'opinion du docteur , si elle était vraie , diminuerait considérablement les avantages de la vaccine , et augmenterait conséquemment la répugnance qu'éprouve une certaine classe du peuple à faire vacciner les enfans.
Ce petit écrit peut se diviser en trois parties, qui me paraissent devoir être examinées séparément : la première , qui est à mes yeux la plus importante , concerne le prétendu rapport entre le croup <et la vaccine ; la seconde expose une opinion que je crois nouvelle , et par laquelle la glande nommée thymus est considérée comme le siège du croup , ou au moins comme le berceau de cette maladie ; la troisième enfin est consacrée au traitement , soit prophylactique , soit curatif du croup.
Je Hs , dans la première partie , que « le croup , maladie assez commune aujourd'hui pour être obsen ée par tous les médecins , aftafjuc bien ceitainemcnt de préférence les enfans vaccinés. Cette
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seule phrase fait déjà sentir combien il est important de soumettre à un examen sévère cette assertion déjà si inquiétante , et de la démentir si elle est fausse , comme j'ai l'espoir de le démontrer. Mais développons d'abord la pensée du docteur. Il ajoute : « Bien que ce fait soit assez constant pour avoir été observé sur toutes les parties de la France, il n'en est pas moins vrai que , jusqu'à présent , aucun médecin n'avait encore élevé la voix pour faire entendre la vérité. » Ces expressions supposent que les médecins de toutes les parties dç la France ont reconnu la perfide préférence que le croup accorde aux enfans vaccinés , et que ces médecins n'ont pas voulu ou n'ont pas osé publier cette observation. Le docteur dit plus loin : « Le croup , si commun aujourd'hui et souvent si meurtrier , ne l'est réellement devenu que depuis la propagation de la vaccine : d'où il semblerait résulter que la petite - vérole serait elle-même un préservatif contre le croup. En effet , que Von me cite un seul exemple d'un enfant ayant eu la petite-vérole, et oui soit atteint du véritable croup , tel que nous allons bientôt le déciire ? Si cet exemple est encore à trouver , il faudra convenir que mon observation reste dans toute sa force. » Oui , sans doute , nous en trouverons , et de nombreux ; mais la justice exige qu'avant de contredire le savant docteur, j'explique clairement son opinion , pour ne pas la rendre plus effrayante qu'elle ne l'est.
M. Delarue ne veut pas dire que les enfans non
vaccines et qui n'ont pas en la petite-vërole soient exempts pour cela du croup : ce serait supposer à la vaccine la funeste propriété' de donner une maladie que l'on ne devait pas avoir, et cela est fort e'ioigné de sa pensée ; il ne veut pas dire même que la vaccine dispose l'enfant à l'invasion du croup , mais il croit ^o\x\o\y proiwer par V expérience que la petite-ve'role c'tant un préservatif du croup , la vaccine , en faisant avorter l'éruption , ou en empêchant l'invasion de la petite-vêrole , détruit l'obstacle qui s'/3pposait à l'invasion du croup.
Disons encore, à la de'charge du docteur, qu'il est loin de conseiller l'abandon de la vaccine ; car le croup étant incomparablement plus rare que la petite- vérole , il y aurait encore un grand bénéfice à continuer la pratique de la vaccine , quand même l'obsenation de M. Dclarue- serait incontestable. Mais une triste réflexion diminue de beaucoup les chances de ce bénéfice ; si le croup est plus rare que la variole , il immole relativement un bien plus grand nombre de victimes, et si M Uelarue a raison , la vaccine nous ferait é\dter une chance bien plus probable pour nous en faire courir une plus rare mais bien plus dangereuse. C'est par cette considération que je vais commencer ma réponse.
Parmi les maladies qui menacent l'existence des enfans , il n'en est peut-être pas de plus probablement et plus promptement mortelles que le croup. Les médecins les plus habiles conviennent de l'impuissance de leur art dans le plus grand nombre