DE QUELQUES OUVRAGES NOUVEAUX
Tandis que la tribune ne nous condamne pas encore tout-à-fait au silence , je profite des courts instans qu'elle nous laisse pour parler succinctement et collectivement de quelques écrits dont chacun mériterait une longue discussion , mais que je suis forcé de réunir, dans la crainte de n'avoir plus l'occasion de les aniloncer en temps utile.
C'est de la médecine que je vais offrir à mes lecteurs : puisse-t-elle purger une partie des humeurs que la politique fera bientôt fennenter ! puissent de véritables médecins remplacer les empiriques , et chasser du temple d'Esculape les médicastres , les renoueurs , les rhabilleurs et les charlatans !
En parlant des véritables médecins , je me suis ménagé une transition naturelle pour annoncer un nouvel ouvrage de M. Portai , ou plutôt un complément au livre qu'il fit paraître en i8o8, et qui est intitulé : Mémoires sur la nature et le traitement de plusieurs maladies. C'est dans cet
ancien ouvrage que j'ai puisé dernièrement des notions sur le croup, en réfutant l'opinion effrayante que cette angine , si funeste à l'enfance , affecte de préférence les sujets vaccinés. C'est sans doute cette citation qui m'a valu l'envoi du dernier écrit de M. Portai, qui forme le cinquième volume des Mémoires publiés en 1808.
Celui qui paraît aujourd'hui , et qui est bien plus considérable qu'aucun des quatre autres , ne renferme que trois Mémoires dont les deux premiers concernent les ^èprc5 typhoïdes et les entérites , et dont le dernier peut être considéré comme un Traité complet de \ai pneumatie , que d'autres médecins nomment pneumatose.
Le premier de ces Mémoires , dont le titre semble n'indiquer qu'une suite d'observations sur les fièvres typhoïdes, peut être regardé comme une réunion de preuves nouvelles qui constatent l'efficacité du quinquina, non-seulement dans les fièvres intermittentes et périodiques, ce que tout le monde sait depuis long-temps, mais dans des cas où l'emploi de ce remède n'était point usité, et dans quelques-uns même où il paraissait contre-indiqué. Effectivement, M. Portai en a obtenu les plus heureux succès dans la fièvre rémittente hémitritée (demi-tierce), dans la fièvre syncopale compliquée d'hydropisie , dans la vraie fièvre pernicieuse , dans le lumbago rhumatismal et fébrile, dans la fièvre rémittente , compliquée de la goutte la mieux confinïiée , dans la fièvre typhoïde avec dysurie , et
enfin dans la fièvre typhoïde , qui s'annonce par une ve'ritable inflammation du foie et de l'estomac.
Quoique ce tableau des misères humaines soit fort peu attrayant pour tout lecteur qui n'est pas médecin , une circonstance fortuite répand de l'intérêt sur ces cures opérées par M. Portai. Le hasard a voulu que les malades auxquels ce grand médecin a sauvé la vie par l'administration du quinquina , fussent des personnes connues , tels que MM. de Lantier, auteur du J^oyage d' Anténor, le comte de Puységur , le marquis de Lally- Tolendall , le prince de Masserano , le docteur Pages , le duc de la Châtre , etc.... , et ce n'est pas pour rien que je fais cette remarque : c'est peu pour la réputation d'un médecin que de guérir des hommes , il faut encore que le nom des malades répande un certain éclat sur les succès du docteur. Tout l'Hôtel-Dieu évacué en un jour par une cure universelle , frapperait moins l'esprit du vulgaire qu'une demi -douzaine de comtes, marquis ou princes , arrachés des bras de la mort. Médecins , tâchez de guérir un roi , ne fût-ce que d'un mal d'aventure, et votre fortune sera faite !
Le second Mémoire , sur les entérites ou inflammations des intestins , est d'une grande importance , mais bien capable d'effrayer le lecteur sur des méprises funestes qui se font tous les jours , et que l'on ne peut éviter que par une attention scrupuleuse , éclairée par une longue pratique. Voici en quoi elles consistent ; On n'a jamais cité autant
d'exemples d'ente'rites qu'on ne le fait aujourd'hui ; mais ils ne seraient pas si nombreux , si l'on ne supposait pas dans les intestins le siège d'une ma- 'adie qui est très-souvent dans le foie ou dans la bile , et qui n'affecte les intestins que secondairement. L'erreur s'e'tend jusqu'à l'estomac, que l'on croit souvent atteint d'une gastralgie , tandis que le foie seul est malade ; la me'prise pro^^ent de ce que, le foie e'tant, de sa nature, bien moins sensible que l'estomac ou les intestins , on est porté à supposer le sie'ge du mal dans l'organe qui est le foyer de la douleur. Or, le traitement, dans l'un et dans l'autre cas , e'tant tout-à-fait opposé , il arrive que , si le médecin se trompe , la médecine devient l'auxiliaire de la maladie , au lieu d'être celui du malade ; et, dans l'incertitude , la vie de l'homme est jouée à pair ou non. Il y a déjà quarante-neuf ans que M. Portai a signalé ces erreurs ; il s'en plaint encore aujourd'hui , et il les regarde même comme plus fréquentes. Ainsi , que de morts ! et combien n'eût-il pas été préférable de s'abandonner à la seule nature , qui ne tue pas , du moins , quand elle ne guérit pas !
Je crois que la plupart de mes lecteurs s'inquiètent fort peu de savoir si la maladie qui les menace sera une gastralgie , une entérite ou une hépatite ; mais, comme quelques-uns d'entre eux mourront probablement d'un quiproquo médical , je leur conseille d'y prendre garde , et de ne recevoir les soins d'aucun docteur avant de lui avoir fait lire
}e chapitre de M. Portai , sur quelques maladies du foie qu'on attrihue à d'autres organes , et sur des maladies dont on fixe le siège dans le foie , quoiqu 'il n 'y soit pas. Maintenant que vous êtes avertis, prenez, pour âllev ad patres , le chemin de l'ente'rite ou de l'he'patite ; je m'en lave les mains. J'ai fait mon devoir.
Le troisième Me'moire , qui est un livre tout entier, traite , sous le nom collectif de pneumatie, de toutes les affections cause'es par l'air et les gaz qui s'insinuent , et si je l'osais , je dirais qui s'mterfusent dans toutes les ca\ite's et même dans les plus secrets replis de l'e'conomie animale. Leurs différentes nuances ont reçti diffe'rens noms : flaliilence , borborygme , tympanite , emphysème , pneumatose , etc. ; tout cela n'est que du vent , mais il ne faut que du vent pour éteindre la faible lumière de la vie , et cela méiite bien considération;
Il me semble encore entendre des murmures : « Eh quoi ! dit-on dans un journal politico-littéi^âire, on nous entretient de borborygmes et deflatuosités! Parlez-nous de la tribune ou de la Bourse, et non pas des vents mâles ou femelles de l'abbé Beaugénie. » Eh ! Messieurs , la tribune ne sera peut-être que l'antre d'Eole , et vos finances ne seront peut-être que du vent. D'ailleurs , il n'est pas ici Seulement question die ces vents pour lesejaels M. Bernard de J'ussieu nous recommandait fes' semences d'anis, de cumin, de carvi, de fe-
nouil , d'anet et de coriandre ; et vous sentirez toute l'importance du sujet qui m'occupe, quand vous saurez que ces vents ou ces gaz , souvent mortels , peuvent affecter la tête , la poitrine , le basventre j la matrice , tout le tissu cellulaire ; qu'ils peuvent causer le déchirement et la rupture des intestins , tuer l'enfant dans le sein de sa mère , et se compliquer d'une manière funeste avec la rougeole , la variole , la fièvre typhoïde , la phthisie , la dyssenterie , etc., etc., et , sans entrer dans tous ces de'tails , il eût e'té plus court de vous dire que ^ quand un homme tel que M. Portai a écrit trois cents pages sur la pneumatie , nous devons regarder cette affection comme très-sérieuse , et aussi digne de nos méditations que le trois pour cent et l'indemnité.
Obligé d'annoncer d'autres ouvrages, je vais résumer ce que renfenne le nouvel écrit dont j'ai offert une analyse si écourtée : i o II est maintenant constaté que la propriété curative du quinquina , administré en poudre , s'étend jusqu'aux fièvres typhoïdes , et même aux cas d'inflammation , ce que l'on ne croyait pas autrefois. 2" Il est de la plus grande importance, dans les cas d'entérite apparente ou réelle , de rechercher si l'affection est essentielle ou consécutiçe, c'est-à-dire, si le siège du mal est véritablement dans l'intestin ou dans le foie. 3° Toutes les vérités de la pneumatie avec les remèdes qui conriennent à chaque nuance. 4" Enfin , un grand nombre d'observations , d'anecdotes
médicales , d'autopsies et de préceptes ; telles sont les matières comprises dans le x-olume que j'annonce , et que le nom de l'auteur recommande suffisamment à l'attention des gens de l'art, €t même à la curiosité des hommes du monde qui veulent savoir un peu de tout.
Je passe maintenant à deux autres écrits qui offrent un intérêt tout différent : c'est encore de la médecine , mais de la médecine légale , qui se rattache aux plus hautes questions de m.étaphysique et de physiologie , et réclame toute l'attention des criminalistes et des cours d'assises.
Le premier de ces ou\Tages s'intitule : Examen médical des procès criminels des nommés Léger , Feldtmann , Lecouffe , Jean Pierre et PapavoiNE , dans lesquels V aliénation mentale a été alléguée comme moyen de défense; par le docteur Georget.
Je ne connais pas de question plus ardue , plus insoluble que celle qui est agitée dans cet écrit , et j'ai le malheur de croire qu'elle est inutile. M. Georget me paraît avoir cédé à un grand désir, d'ailleurs très-louable , de reconnaître les effets de l'aliénation dans tous les cnmes qui dépassent la mesure ordinaire des excès auxquels les passions peuvent nous porter. L'assassin Lecouffe , et l'anthropophage Léger ne sont à ses yeux que des malades, et, s'il eût été juré, il aurait voté pour l'acquittement de Papavoine, parce qu'il serait resté dans le doute sui* la question d'aliénation mentale.
Je sens toute la force des raisonnemens dont ce médecin a ëlayë son opinion , mais je vois avec peine qu'elle ait été livrée au public , parce qu'elle nous jette dans un dédale dont le lecteur, ni l'auteur même ne pourront plus sortir. C'est reproduire toutes les disputes sur le libre arbitre , c'est nous conduire au fatalisme ; et dès que vous aurez admis des penchans irrésistibles , comment pourrez-vous concilier cette doctrine avec les lois de la morale ? Le précepte ne sois pas homicide se réduirait à ces mots : ne sois pas malade. Ob! sans doute , on peut dire en tbèse générale qu'il faut être insensé pour commettre des actions atroces , car , dans les crimes de ce genre , il y a autant de déraison que de perversité. Mais à quel danger ne s'exposerait-on pas si 1 on voyait toujours dans cette déraison une fatalité qui détruit forcément toute la liberté de l'homme?
On me répondra qu'il faut bien reconnaître la démence partout où elle existe. Cela est vrai ; mais si vous voyez de la démence dans des actes où il y a préméditation , combinaison et raisonnement , vous devez excuser tous les crimes , et déclarer que tout ce qui viole les lois est un indice d'aliénation mentale. D'ailleurs, pourquoi le docteur Georget ne parle-t-il que du meurtre? L'aliénation ne peutelle pas aussi nous pousser au vol ? L'auteur admet qu'une passion violente peut enchaîner notre liberté , et nous entraîner forcément au cnme. On peut donc être voleur par démence ? Des faits bien
constatés favorisent cette opinion :»des femmes, remarquables d'ailleurs par leur probité', éprouvent , pendant les premiers mois de leur grossesse, le plus vif désir de dérober tout ce qui flatte leur caprice. J'en dirais autant du viol : l'impérieux besoin de l'amour physique a-t-il moins d'empire sur notre âme que la soif du sang et le désir de la vengeance ? Il y aura donc de l'aliénation partout.
\ oyez combien cette question est délicate , el combien il est facile de s'y égarer : M. Georget reconnaît l'aliénation dans le crime de LecoufTe , qui assassine une femme âgée pour une faible somme d'argent , et il refuse de regarder comme fou Henri Feldtmann , qui , épris d'un amour incestueux , poignarde sa fille parce qu'elle résiste à sa passion. Je suis cependant bien certain que tous mes lecteurs, s'ils étaient forcés d'acquitter l'un de ces deux assassins, comme frappé d'aliénation, se déclareraient pour Feldtmann , par le motif qu'un amour incestueux , déjà plus voisin de la démence que la simple cupidité , suppose une passion bien plus violente , et conséquemment moins de liberté morale.
Des raisonnemens de M. Georget, il faudrait conclure que le jury et les juges de la cour d'assises auraient erré dans quelques-uns de ces procès criminels , et qu'ils auraient conduit à l'échafaud de véritables aliénés. Mais qui aurait pu éclairer la conscience de ces jurés et de ces juges ? Est-il un homme assez présomptueux pour prétendre pou-
voir tracer la ligne de dc'marcation entre la raison expirante et l'aliénation commençante? Qui nous dira où la liberté morale finit et où le fatalisme commence ? Les degrés de l'intelligence sont iniinis comme ceux de l'aliénation ; il y aura donc des moitiés , des quarts , des dixièmes , des centièmes de culpabilité, et bien fin sera celui qui pourra saisir toutes ces nuances. D'ailleurs , l'aliéné ne l'est pas toujours, et il sera très - rarement facile de constater si l'aliénation est survenue précisément au moment du crime. Remarquons ensuite que la démence a été souvent alléguée dans des cas où elle n'a eu lieu que pour commettre une action coupable : or , ce serait un étrange et funeste hasard que celui d'une démence qui , dans une longue suite d'années, ne se manifesterait que pour un meurtre ou un vol , et qui ne se montrerait dans aucun des actes indifférens de la ^^e humaine. Je sais bien ce que M. Gall répondrait à cette objection ; mais la doctrine des protubérances n'est pas encore une loi de l'Etat, et les criminalistes n'admettent point encore une physiologie qui fait dépendre nos vertus et nos crimes du bonheur ou du malheur de notre organisation physique. Quand nous en serons venus là , je réclamerai les honneurs de la priorité pour le fameux Hobbes qui comparait notre liberté morale à une balance , où un poids de quatre hvres entraîne nécessairement un poids de deux ou de trois.
Le docteur Georget conseille aux juges crimi-
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nels de consulter les gens de Fart sur ces questions de criminalité : il n'y a jamais de mal à consulter les hommes instruits ; ainsi , le conseil est bon. Mais je doute que l'on gagnât beaucoup à faire asseoir des médecins sur les bancs de la cour d'assises, et à choisir les jurés parmi les physiologistes. Quand on considère que depuis trois mille ans les médecins disputent encore sur les points les plus imporlans de la science médicale , peut-on croire qu'ils seraient d'accord sur les questions les plus obscures de la métaphysique , déjà si obscure par elle-même ? Oh ! sans doute , les docteurs qui ont pris une hépatite pour une entérite ou une gastralgie , ne seront pas plus unanimes sur la culpabilité ou la démence de Lecoufle et de Papavoine.
Mais faut-il livrer au bourreau de malheureux malades , et punir l'aliénation comme la scélératesse? C'est un grand malheur, j'en con\aens ; et les magistrats ne sont pas les derniers à le déplorer. Examinons cependant si l'on n'a pas beaucoup exagéré ce malheur , et si l'on n'en a pas trop multiplié les exemples.
Un crime atroce a été commis ; il est constaté , l'accusé l'avoue. Le criminel jouissait de sa raison avant de le commettre ; cela est prouvé par les pré-» cautions qu'il a prises pour parvenir à son but , pai' l'art avec lequel il a tracé son plan , par l'activité ou la lenteur de ses démarches , selon que l'occasion se présentait favorable ou contraire , par les soins ingénieux avec lesquels il a écarté les obs-
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tacles , par les discours sensés qu'il a tenus avant l'action. Il jouissait également de sa raison après l'acte , puisque , malgré la crainte de l'échafaud , malgré le trouble qui accompagne toujours une action violente , il a fait tout ce qu'il fallait pour échapper aux poursuites , il a répondu sensément aux questions qu'on lui adressait, et il n'a laissé apercevoir aucun indice d'aliénation dans sa défense. Comme il y a dans tout ceci une parité parfaite avec les crimes commis par les scélérats qui ne sont point en démence , les jurés et les juges, aux yeux desquels le crime est évident et les circonstances n'ont rien d'excusable , prononcent la culpabilité et appliquent la loi en toute sûreté de conscience. Vous dites qu'ils se trompent; cela peut être vrai , mais votre opinion n'est fondée que sur un système qui ne peut détruire des faits palpables et des apparences presque identiques avec l'évidence même. Yotre paradoxe peut devenir une vérité , je ne le conteste point ; mais tant qu'il n'est que paradoxe , il ne peut pas renverser les règles de la justice criminelle et faire violence à la conscience des jurés.
Il reste toujours le malheur possible de la peine de mort infligée à un meurtrier privé de raison , et conséquemment non coupable. A cela je ne puis rien répondre, sinon qu'il n'y a rien de parfait dans les institutions humaines. De tout temps un hasard funeste a pu rassembler des circonstances malheureuses et fatales à l'innocence : mais un
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aliéné homicide est dans un cas bien différent , et s'il n'est pas réellement coupable , on ne peut pas le dire innocent , puisqu'il tue , et qu'il est le fléau de la société.
Sur ce dernier^oint , je ne puis rien faire de mieux que de citer M. le docteur Gall , dont M. Georget invoque plusieurs fois l'autorité. En attaquant le système de la crâniologic , sous le rapport du vol et du meurtre , j'avais dit que si les penchans sont irrésistibles, la justice criminelle était une souveraine injustice , puisqu'elle punissait comme coupables des hommes privés de toute liberté morale. M. Gall répondit : « Si un fou furieux se jette sur moi pour me tuer, je sais bien qu'il n'est point criminel , puisqu'il est aliéné ; mais cette considération ne me force pas à me laisser tuer par lui , et j'ai le droit de le tuer luimême , si je n'ai d'autre moyen d'échapper à la mort. » Ce raisonnement ne prouve rien en faveur de la protubérance du meurlre , mais il me console sur la mort du monstre qui a dévoré le cœur de sa victime , et je me di.s : si l'on n'a pas dû le condam^ ner comme coupable , on a bien pu le tuer comme une bête féroce , comme un chien eiu'agé , comme un malheureux pestiféré qui franchit le cordon sanitaire. Puisse la justice ne se tromper jamais que sur des Léger et des Papavoine !
Ce n'est point seulement par rapport au défaut d'espace que je me bornerai à citer la brochure du docteur Michu , sans entrer dans aucun détail.
Elle est intitule'e : Discussion méclico - légale sur la monomanie homicide, à propos du meurtre commis par Henriette Comier. Cet eciit tend aux mêmes conclusions que celui du docteur Georget ; et je ne pourrais que me répéter dans l'examen que je voudrais en faire. Une autre conside'ration arrête ma plume : la fille Cornier est sous l'e'pée de Damoclès , et c'est à la justice seule qu'il appartient en ce moment de discuter la question de culpabilité' ou d'alie'nation. Je ferai seulement observer que l'acte de cette fille n'a aucune analogie avec le ciime de Papavoine. Bien loin de chercher à fuir, Heniiette Comier est restée paisiblement près de sa %ictime ; et l'acte d'en lancer la tête par la croisée prouve indubitablement qu'elle ne pensait pas à se dérober à la justice. Au reste , la brochure du docteur Michu est écrite avec beaucoup de logique et de sagesse. Je ne lui reproche que d'avoir ouvert une porte trop large aux suppositions d'aliénation mentale. Il est beau d'être humain ; mais il faut aussi penser un peu à l'intérêt public.