HISTOIRE DE N\POLÉON
sa fortune à Ycspasicn : cepcnilant, maigre cet aveu, et quoiqu'il ail pu voir tous les princes dont il a parlé , puisqu'il est ne' sous le règne de Néron , et qu'il a dû survivre à Trajan , dont il se proposait d'éciire l'histoire, sa sincérité' n'a jamais été suspectée, et Tacite est peut-être, pour les historiens modernes, la plus imposante de toutes les autorirtés. Il n'y a donc point de juste prévention contre l'histoire contemporaine , ou , s'il en existe , elle est si peu générale que , quand nous voulons rétablir un fait contesté , nous citons toujours de préférence les auteurs qui ont été témoins oculaires , comme méritant plus de confiance que les autres. Je ne serai pas plus embarrassé dans l'examen d'une troisième question bien plus importante, .mais sur laquelle je m'attends à éprouver une résistance plus opiniâtre. Il s'agit de l'impartialité. Des hommes qui ont établi une nouvelle doctrine sur les devoirs de l'historien ont demandé s'il devait être impartial, et ils ont osé répondre négativement. Je ne reproduirai pas les sophismes dont on a cru pouvoir étaycr cet étrange paradoxe; mais je dirai aux partisans du nouveau système : « \'ous avez, Messieurs, un excellent moyen de connaître l'opinion publique sur cette question délicate ; composez une histoire; annoncez, dans votre préface , que vous blâmez l'impartialité, puis vous verrez si l'on se porte en foule chez votre libraire. » Sans tenter cette épreuve , on en de^^ne le résultat; les hommes ne disent pas souvent \s^
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vcritt' , mais ils voïK^aicnl toujours la connaître : trompes cent fois, ils se bercent encore de l'espoir de la rencontrer. Cela est si vrai, que toutes les préfaces sont des protestations de sincérité et d'exactitude ; les romanciers même , les romanciers qui ont le privile'ge du mensonge , nous présentent cependant leurs fictions comme des histoires véritobles, pour capter notre confiance et pour augmenter notre intérêt.
Mais pourquoi se donner volontairement le tort de blâmer la vérité dont on a si rarement à redouter la présence? Ne pouvait-on pas atteindre le mcme but sans dicter un précepte qui a toujours quelque chose de choquant ;' Au lieu de rechercher si riiistoiien doit être impartial , il faudrait demander s'il peut l'être, et alors je répondrais, sanshésiter, qu'une entière impartialité me paraît impossible : cette réponse , qui me ramène directement à l'Histoire de Napoléon Buonaparte , est assez justifiée par les considérations suivantes.
Aucun homme , quelque philosophe qu'on le suppose, ne s'est jamais complètement dérobé à l'empire des habitudes, des principes qu'il a sucés avec le lait , des nombreuses impressions qu'il a reçues depuis son enfance , et de l'ordre dans lequel il a été nourri, élevé et instruit. C'est toujours avec ce prisme qu'il regarde les objets et qu il en juge les formes et les couleurs. Lors même que, par une révolution subite, ou par son propre choix, il se trouve placé dans une situation toute
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opposée, le prisme primitif indue toujours, plus ou moins, sur ses yeux et sur son jugement, et telle est la cause des étranges contradictions dont nous avons été les tcmoins.Voilà pourquoi l'homme monarchique, devenu républicain, a voulu rester un monsieur, tout en se proclamant sans culotte ; voilà pourquoi le partisan de l'égalité a rabaissé tout ce qui était au-dessus de lui, mais n'a point élevé ce qui était au-dessous; voilà pourquoi l'homme du peuple , parvenu à une place éminente dans la nouvelle république , a traité ses prétendus égaux comme l'aurait fait un parvenu dans la monarchie ; voilà pourquoi les plus grands coLtempteurs de la noblesse ont cessé de croire que la noblesse est une chimère , quand leur égal , devenu leur maître, leur a dit qu'ils étaient nobles; voilà pourquoi l'ennemi des distinctions et des supériorités sociales , se laissa doucement persuader que les plaques , les cordons et les titres féodaux sont la juste.récompense des vertus républicaines ; voilà pourquoi enfin le guerrier qui avait combattu poinla liberté et l'égalité, daigna s'asseoir sur l'un de ces trônes qu'il avait juré de renverser, et prétendit avoir concilié l'égalité avec le plus fastueux des titres, la liberté avec le despotisme le plus complet. Si , à ces motifs puisés dans l'opinion, nous joignons ceux de l'intérêt personnel , nous sentirons bien mieux l'impossibilité d'être parfaitement juste et impartial sur les objets qui nous nuisent ou jious déplaisent. Evoquez les ombres des Gaulois
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qui vlvaicnf soixante ans avant l'ère chrétienne ^ ou celles des partisans de Pompée, et demandezleur ce qu'il faut penser de César; interrogez les anciens habitans de Persepolis sur les vertus
d'Alexandre je n'ai pas besoin de dire quelle
serait leur réponse. 11 faut donc reconnaître que des hommes, également sincères, mais opposes d'opinions et d'intérêt, ne peuvent pas voir les objets d'une manière uniforme ; 1 impartialité absolue est donc une chimère , mais ce n'est pas une raison pour vanter la partialité : nous savons tous qu'aucun homme ne peut être entièrement sage et vertueux , et cependant nous ne conseillerions à personne de renoncer à la sagesse et à la vertu.
Les lecteurs qui sentiront combien il est difficile aujourd'hui de parler de Napole'on , me pardonneront sans doute les longues précautions que j'ai cru devoir prendre avant d'aborder mon sujet ; mais on ne manquera pas de conclure de ce qui précède , que l'Histoire de Napole'on , par M. P. F.H. , n'est point une histoire impartiale.
Il est évident pour moi que M. II. a voulu être impartial , et il croit sans doute l'avoir été rigoureusement. Aucun fait éclatant de Napoléon n'est ni dissimulé ni affaibli par l'historien ; les bonnes actions sont également avouées sans réticence et sans contrainte; si les accusations injurieuses à la mémoire de Buonaparte ne sont pas fondées sur des preuves suffisantes ou sur de grandes probabilités, M. H. les rejette avec dédain.