‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 3)Chapitre 17 sur 36 · DEPUIS LA PAIX DE WESTPHALIE · texte numérisé non relu

DEPUIS LA PAIX DE WESTPHALIE

Par feu M. KoCH ;

Ouvrage enlièrement refondu, 3ugmenté et conlinué jusqu'au Congrès de Vienne et aux Iraités de Paris , en i8i5 ; par F. SCHŒLL, conseiller d'ambassade de S. M. le roi de Prusse près la cour de France.

NoTTS comprenons tant de choses sous le nom àe politique, nous rangeons tant d'objets diffe'rens sous cette dénomination banale , que , pour se faire entendre , il iaut circonscrire la matière et prescrire des limites à l'expression. Du temps de Montaigne le mot politique ne s'appliquait guère qu'aux relations extérieures ; et tout ce qui concernait l'Élat en lui-même était exprimé par le mot

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police, qui a pris depuis une acception plus rcstreinle. Quelquclbis ç^v police on entendait le gou- A^ernement d'une monarchie ou d'une re'publiquc, comme dans cette phrase de Montaigne : « L'excellente et rnrillejire police, est à chacune nation, celle sous laquelle elles est maintenue. » Ai Heurs ce mot signifiait l'ensembie des usages , des mœurs , des habitudes d'une nation, comme dans cette autre phrase du même auteur : « C'est chose puissante et de difficile dissolution , (ju'u/ie ciiile police : elle dure soiwent contre des maladies mortelles et intestines : contre l'injure des lois injustes , contre la tyrannie, contre le débordement et ignorance des magistrats , licence et sédition des peuples. » Ce mot enfui s'appliquait e'galement à la conduite des hommes entre eux, et même à celle des femmes, comme quand le même philosophe dit : « La police des femmes a un train mystéiieux. » ISous y avons substitué le moi politique , et nous y avons mis une bien plus grande confusion : si, dans la conversation familière , nous rappelons un des e'vênemens de la révolution , on dit que nous parlons de politique ; veut-on diviser les hommes en parti lorsque souvent ils ne sont divisés qu'en intérêt, on fait autant de politiques de ceux qui blâment , de ceux qui approuvent , de ceux qui se plaignent , qui demandent ou qui espèrent. Un journal rend-il compte d'une séance des Chambres, il devient une feuille politique ; une grande dame a-t-elle fait un petit voyage et mangé un poulet à son dîné , ce fait

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est placé dans les nouvelles politiques ; c'est dans la politique que sont ranges le repas donné par M. !e duc , le bal de M. le comte , le rhume de M. le marquis : quelques étourdis du parterre font-ils une sotte application d'une phrase d'opéra comique ou de vaudeville , cet événement fait grand bruit dans les salons politiques , et provoque une sérieuse discussion; des pamphlétaires se vengentils par des injures du mépris qu'on a fait de leurs talens, trente pages de diatribes les placent au rang des écrivains politiques: tous ceux enfin qui écrivent pour flatter la puissance, pour insulter à la faiblesse, pour se plaindre, pour aigrir les esprits, pour fomenter, prédire et vanter les révolutions, sont aussi des écrivains politiques , et quoique nous soyons encore des écoliers dans l'étude de celte science , nos bibliothèques gémissent déjà sous le poids des volumes dans lesquels nous enseignons aux rois, aux ministres, aux législateurs, ce que nous ne savons pas nous-mêmes.

On reproche auxParisiens, et surtout aux femmes, de parler sans cesse de politique: et de quoi voulezvous que l'on parle , puisqu'on met de la politique partout, jusque dans le ruban d'un chapeau, dans un bouquet, dans la chute d'une comédie, dans le succès d'un mélodrame? Ils ne sont plus ces temps heureux où l'humble Gazette de France était notre code politique ; nous connaissions tous ceux qui étaient montés dans certains carrosses , ceux qui avaient acheté une charge de secrétaire

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du roi, les gens comme il faut qui s'étaient marieset quand on avait lu la feuille, on avait le bonheur d'oublier la politique jusqu'au lendemain au matin. Quelquefois cependant le journal faisait un peu de bruit ; la Prusse avait fait yz/Vr des troupes; l'arbre de Cracovie était la tribune aux harangues, et la foule des trop heureux badauds écoutait , bouche béante, le grand politicjue qui, en crachant sur le sable, représentait l'Oder ou le Danube, assie'geail deux petits cailloux qu'il nommait Glatz et Schweidnitz , et qui , par ses profondes connaissances, avait me'rite le beau surnom de M. Trentc- Mille-ïlommes. Nous étions légers alors, e'tourdis, inconsidérés. Sous ce règne du despotisme , nous faisions tout ce que nous voulions; ne songeant qu'au plaisir, ne cherchant que des distractions amusantes , le Français mettait à profit le jour sans penser au lendemain ; mais nous étions esclaves , dit-on , et la révolution est venue fort à propos nous apprendre à être heureux plus sérieusement.

L'excellent ouvrage que j'annonce ne traite que de la politique sérieuse et de la politique extérieure. Il a été commencé par M. Koch, à qui l'on doit le Tableau des réçolidions de rKurope , dont j'ai rendu compte, et dont li\ réputation n'a fait qu'augmenter depuis la mort de l'auteur. L'Histoire des Traités de paix a été continuée par M. Schœll, ou plutôt entièrement refondue , et tellement augmentée , que le travail de M. Koch ne (ait plus au-»

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jourd'hui qu'une petite paille du livre. Si nous aimions autant à nous instruire en politique que nous aimons à en parler, l'Histoire des Traités de paix serait déjà connue de tout le monde ; mais le mérite de cette production ne me garantit point son succès; tel qui nous prophétise de nouvelles guerres ; tel qui , dans une mince brochure , fait mouvoir toutes les armées de l'Europe, et règle dans son cabinet les destinées futures des deux hémisphères , ne se donnera pas la peine de lire huit volumes pour y apprendre les premiers élémens de la science dont il se croit le coryphée. D'ailleurs M. Schœll a fait une faute , dont le motif est très-louable , mais qui peut influer d'une manière fâcheuse sur le sort de son ouvrage. Tandis que des auteurs, et surtout des libraires, cherchent à capter l'iittcntion et à stimuler la curiosité des lecteurs par des titres fastueux et mensongers , il a précisément négligé, dans le sien, la seule chose qui pût nous arracher à notre paresse , et vaincre notre répugnance pour les lectures de longs cours. Quel est le politique de salon qui ne reculera pas devar»! huit volumes de traités de paix? Quel amusement lui promet une pareille collection? Pourquoi l'auteur n'annonce-t-il pas tout ce que contient son livre, lorsque tant d'autres vendent ce qui n'est pas dans les leurs ? Tâchons donc de réparer une omission aussi grave.

On se tromperait étrangement si l'on croyait, d'après le titre, que M. Schœll s'est contenté de

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réimprimer tous les traites de paix qui ont été signés., fort inutilement pour le repos de l'Europe, depuis 1648 jusqu'à t8i5. Une telle lecture ne serait pas supportable, et moi-même,- qui suis condamné à la patience, je ne me serais fait aucun scrupule d'annoncer la compilation sans en couper les feuillets. Le véritable titre de cet ouvrage serait , non pas l'Histoire des traités de paix, mais l'Histoire des guerres, des négociations et des traités, depuis la paix de Westphalie jusqu'au traité de 181 5. Ce que le P. Bougeant a fait pour la paix de Munster, M. Schœll l'a reproduit pour les deux siècles qui viennent de s'écouler. Dans chacun des chapitres il présente la situation de l'Europe aux diverses époques, il révèle les causes qui ont fait rompre les derniers traités, il décrit les guerres qui ont suivi la rupture , les négociations utiles ou i nfructueuses , publiques ou secrètes , qui ont produit une courte paix , ou qui ont prolongé la guerre, et quand les pviissances consentent à poser les armes , M. Schœll ne rapporte de leurs traités que les articles essentiels, c'est-à-dire, ceux qui peuvent assurer la paix , ou qui renferment le germe d'une nouvelle guerre. Ce simple exposé donne sans doute une idée plus avantageuse du livre qu'une annonce de traités de paix, et cependant je n'ai point encore parlé de ce qui en rend la lecture plus piquante. Les peuples ne connaissent les événcmens de la guerre que par les bulletins , les Te Dnirn , et les traités ostensibles ; or.

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les bulletins iront pas toujours l'exaclilude des taUuls de liarème ; les Te Deiun sont quelquefois chantés dans les deux camps, et les traites rapportés dans un journal ofliciel sont ordinairement une trr.ducliofiyo// libre des traités orii;inaux; les peuples ne connaissent donc leurs ai{;iires que long-temps après qu'elles sont terminées; et les honnues qui sont le plus instruits des événcmens de la révolution, ceux même qui ont combattu dans les rangs de nos braves, ceux enfin qui ont cru cire initiés dans les mystères de la diplomatie, trouveront encore dans le livre de M. Scliœll Ans faits absolument nouveaux, avec les preuves qui les constatent , la révélation d'intrigues inconnues au public, cl la manifestation de plusieui's secrets qui édaircissent des difficultés jusqu'à présent inexplicables.

Cet ouvrage n'est donc pas seulement utile , mais indispensable pour tous les hommes et même toutes les femmes qui , atteints de l'épidémie politique , ne veulent pas se donner le ridicule de raisonner , disputer et déraisonner sur des choses qu'ils ignorent. Tous nos discoureurs veulent briller dans les cercles ; eh bien ! qu'ils soient convaincus mie lois pour toutes qu'au lieu de briller, ils deviendront un objet de dérision s ils négligent d'acquérir des notions au moins préliminaires sur les grandes questions qu'ils osent agiter.

Je me préparais à donner cette leçon à ceux de nos [>oliliques ou publicistes qui ont tous 1rs jours

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