TRAITÉS DE PAIX
la France le landgraoiat de la Haute et Basse- Alsace, avec le Smidgaw et la préfecture des dix villes impériales d'Alsace; dans l'autre, l'empereur, tant en son nom qu'en celui de toute la maison d'Autriche , comme aussi l' Empire, cèdent tous les droits , propriétés , domaines, possessions et juridictions qui, jusqu'ici, ont appartenu tant à lui qu'à l'Empire , sur la Haute et B.isse-Alsace et les villes dont tous les noms suivent. Il semble que ces expressions eussent été suftisantes pour une cession irrévocable; mais voici une phrase bien plus claire encore et plus minutieusement précise :« Ledit landgraviat des deux Alsaces et du » Sundgaw, ainsi que la préfecture des dix villes et )) les lieux qui en dépendent , de môme que tous » les vassaux , landsasses , sujets , hommes , » villes, châteaux , villages , forteresses, bois, fo- » rets, mines dor, d'argent et d'autres minerais, y^ fleuves, ruisseaux , pâturages , et tous les droits « régaliens et appartenances , sans aucune ré- » SERVE, avec toute espèce de juridiction , de su- » périonté et de domaine suprême , appartien- » dront dorénavant , (;t à pei'pétuité , au roi et à la « couronne de France , et seront censés incor- » pores à ladite couronne , sans aucune contradic- » tion de la pari de l'empereur, de l'Empire, de » la maison d'AutricLie , ou de telle autre que ce » soit. ))
Oh! certes, c'était pousser loin la prévoyance que de désigner jusqu'aux ruisseaux, et de stipuler
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que la cession se faisait sans aucune réseive; et cependant, pour plus de sùrete, l'empereur et l'Empire ajoutaient :« Nous rcAion^oixs p/eine/nrnt » et pajf(ntement, de notre plein gré et volonté, à » tous les droits et actions que nous et nos pre- » de'cesseurs avons eus sur lesdites provinces , et » absolvons tous les bourgeois , habitans , vas- » snjix et sujets de tout serment, hommage , Jî- » délité et obligation , les en délivrons et dechar- » geons. »
Quel sera l'etonnement de la plupart de mes lecteurs quand ils apprendront que des phrases aussi claires et démonstratives ont paru, aux yeux des publiclstes allemands, équivoques, obscures et insuffisantes pour établir une cession. L'auteur même , d'après lequel je les ai transcrites , avo'ue qu'il n'y arien de moins clair que ce traité; ainsi, malgré la cession ionnelle et sans aucune résene des villes, châteaux et villages, des hommes, vassaux et sujets, des pays, bois , fleuves et ruisseaux, l'Allenjagnc regardait cette cession comme illusoire,'et n'accordait au roi de France, sur l'Alsace, qu'une espèce de suzeraineté purement titulaire. Pendant cent cinquante années cette étrange question fut agitée sans que l'on p;;rvînt à s'entendre , et lorsqu'à la paix de Kiswick on crut avoir aplani tous les obstacles, tout éclairci , tout expliqué, dans quel nouvel embarras ne fut-on pas rejeté, quaftd l'un des plénîr.otentiaires s'a^^sa de demander .Qu'est-ce quo l'Alsace? quelles sont
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ses limites? qii'a-t-on rcdc à la France? De là, nouvelle discussion , nouveaux débats qui ont été plutôt tranchés que terminés par la révolution.
Quoique cette question n'ait plus le même intérêt, rien n'est plus curieux que les plaidoyers fournis de part et d'autre , et le lecteur ne cesse d'admirer l'inépuisable fécondité des ressom-ces que fournit la diplomatie. MM. Koch et Schœll ont traité ce point de politique de la manière la plus complète et la plus curieuse ; ils ont réuni et opposé l'un à l'autre tous les argumens respectifs , et cette partie de leur ouvrage est un petit chefd'œuvre d'érudition et de dialectique.
Après avoir décrit avec rapidité les événemens de la guerre de Trente-Ans, et rapporté les clauses des traités de Munster dont les difficultés ont exercé la sagacité de tous les publicistes de l'Europe , les auteurs de cet ouvrage passent au traité des Pyrénées, chef-d'œuvre de la politique de Mazarin. Cette partie du livre n'offrant rien de nouveau, je ne m'y arrêterai pas.
Depuis la paix de Westphalie, dit-on, la civilisation s'est perfectionnée , les lettres , les arts ont brillé d'un plus vil éclat, les mœurs se sont adoucies ; l'établissement légal du protestantisme , le triomphe de la philosophie ont fait germer les idées libérales; les hommes ont cessé d'être barbares , les peuples se sont entendus , et l'Europe n'a plus été qu'une grande famille dont tous les membres , animés d'une mutuelle bienveillance ,
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n'ont rivalisé que crhiimanilc' et de politesse. Pour se convaincre de toutes ces vérités, il suffit de se rappeler ce qui s'(;st passe' en Europe depuis l'année 1G48 jusqu'à notre révolution , c'est-à-dire en cent quarante ans. En voici le sommaire :
Après une guerre de trente années , dans laquelle tous les peuples chrétiens se sont bravement égorgés , on s'est reposé pendant près de deux ans ; mais les Espagnols ayant repris la Catalogne, la guerre, qui n'avait été qu'interrompue, amusa les Français et les Espagnols jusqu'en i65q. TSouveau repos de six ans , après lequel la monotonie de la paix ayant fatigué l'Angleterre et la Hollande , les Français voulurent être de la partie , et l'on s'escrima sur terre et sur mer, jusqu'à la paix de Breda, qui se fit en 1667. Celte paix n'était que partielle : l'Espagne et le Portugal guerroyaient depuis 1G40, mais ces puissances firent la paix de Lisbonne en 16G8. En 1669, ^^^ querelles de la Hollande et du Portugal sont terminées par la paix de La Haye. De i6G8à iGyS, le système (ït'ijui libre s'étant tourné contre la France , on eut la guerre dite de dévolution , la triple alliance, et enfin la paix d'Aix-la-(^hapclle. Cette longue paix dura trois ans! Elle lut suivie des aflaircs de Lorraine , toujours embrouillées par le remuant Charles IV, de la guerre de Hollande, des belles campagnes de 1674, 1675, 1G76, 1G77, et de la paix de INimègue en 1 G78. On respira deux longues années, puis on se quereiia, sans cepen-
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dant se ballrc , jusqu'à la trêve de Ratisbonne en 1 684- En 1688, nouvelle guerre et neuf campagnes brillantes jusqu'à la paix de Riswick en 1697. On se reposa quatre petites années : mais en i ycM , grande guerre pour la succession d'Espagne , grande alliance contre la France, paix d'Utrecbt et de Bade en lyiSet 17 14. Triple alliance en 17 17, quadruple alliance en 17 18, pelile guerre d'Espagne , chute du fameux Albcroni , paix de Madrid en 1721. Dans les douze anne'es qui suivent, quatorze traités n'empêchent pas la guerre de se rallumer en i733, mais elle se termine parla paix de Vienne en 1 738. Comme je n'ai parlé que des peuples chrétiens , je ne porterai pas en ligne de compte la malheureuse guerre de l'empereur Charles \I contre les Turcs ; et quoique les affaires de Croutzka , de Méadia , de Lanzowa et de Cornia figurent agréablement dans une liste de batailles, M. Schœll n'ayant pas jugé à propos de les comprendre dans ses huit volumes, et les Turcs d'ailleurs étant des barbares, ennemis des idées libérales , je les laisse de côté , pour me hâter de dire que la paix entre les chrétiens a duré un an tout entier après le traité de \ienne. En 1739 , guerre entre l'Angleterre et l'Espagne ; en 1740, grande guerre pour la succession d'Autriche , qui n'a duré que neuf ans moins trois mois , ayant fini en octobre 1748, par une autre paix d'Aix-la-Chapelle. A peine fut-elle conclue,
que les querelles recommencèrent ; on disputa