PULITIC^IK KT HISTOIRE
jusqu'en lyo!), que les Anglais, ennuyés de la discussion , nous prirenl des vaisseaux près de Terre-Neuve, et déclarèrent la guerre en la faisant. On se battit donc sur terre et sur mer, en Allemagne et au (Canada ; et la triste paix de 1763 lit poser les arnîes sans nous rendre fort bons amis. Peisdant ce temps-là , le grand Frt'deric faisait sa fameuse guerre de Sept -Ans: l' Allemagne , la Piussie , l'Autriche, la Suède, s'en mêlèrent, et le traité de Hubertzbourg fut signé la même année que celui de Paris.
Interrompons cette belle nomenclature pour faire une petite observation morale et philosophique: d'ailleurs, je m'aperçois qu'il ne me reste plus à citer que les différens pour la succession de la Bavière , le traité de Teschen , la guerre des États-Unis, dite de l'indépendance, le traité de Versailles, en 1783, l'insurredion du Brabant et la guerre de la Finlande , pour arriver à la révolution française. Par les motifs allégués plus haut, je passe sous silence les guerres brillantes de Catherine H contre ces méchans Turcs, qui ne se battent plus que quand on les attaque. Un si grand nombre de paix en moins d'un demi -siècle est sans doute une grande preuve de notre perfectibilité : il est vrai de dire que , pour faire tant de paix, il a fallu le même nombre de guerres, que ces guerres ont été longues et les paix fort courtes ; m;.is il faut bien payer le progrès des lumières , smtout quand ces lumières adoucissent nos mœurs
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et nous rendent plus philantropes , comme on l'a vu par le tableau précédent. Revenons maintenant à mon observation.
On a fait des calculs pour connaître le nombre^ d'hommes qui ont péri par l'effet ou par suite de la révolution française. Il est aisé de prévoir que ces calculs se ressentiront toujours de l'opinion de celui qui les fait. Je n'ai pas la prétention d'en présenter de plus exacts ; mais une page du livre que j'annonce me fournit le moyen de donner une idée comparative de ces pertes immenses , en comprenant dans l'évaluation tous les peuples qui ont pris part à cette catastrophe , ou qui en ont été les victimes. M. Schœll olfre , à la page iig de son troisième volume , un résumé des pertes en hommes que les puissances belligérantes ont faites dans la guerre de Sept -Ans. Les nombres qu'il énonce ne peuvent être suspectés d'exagération , puisqu'ils sont avoués par les puissances ellesmêmes. Les voici : la Russie y a perdu 120,000 hommes; l'Autriche, i4o,ooo; la France, 200,000; l'Angleterre et ses alliés, 160,000; la Suède, 25,000; le corps germanique, 28,000; la Prusse, 21 3,000. Or, si 886,000 hommes, car tel est le total , ont péri dans une guerre de sept années qui n'a pas été accompagnée de guerre civile , quel doit être le nombre des victimes d'une révolution et d'une guerre générale qui ont duré, presque sans interruption , depuis 1789 jusqu'en 181 5, et pendant lesquelles le génie du mal a trouvé tant
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d'auxiliaires dans les troubles civils , les proscriptions , fusillades , noyades , assassinats juridiques et autres petits accessoires que l'esprit philosophique regarde comme des quantités à négliger? C'est donc aujourd'hui, bien plus qu'au temps de Virgile que l'on peut dire :
AgricoJa incuivo trrriim moli'tus aralro Exesa im^eniet sca^tra ruhlgine pila , Aut graoïùiis ras/ris gdleas pulsahit inanes , Grandiaque effossis mirabihir ossa sepulcris.
Mais n'oublions pas M.Schœll, qui a e'te' la cause innocente de la disgression dans laquelle je viens de me jeter. Je ne lui ferai pas un mérite d'avoir tracé d'une main ferme et d'un style rapide , tous les événemens qui se sont pressés plutôt que succédés dans la période de temps que cet écrivain parcourt; mais on ne peut trop louer la sagacité qui lui a fait choisir dans cette foule de traités les clauses remarquables, essentielles, sujettes à controverses , et qui ont influé sur les événemens ultérieurs. Par cette méthode, il a lié les faits aux négociations , les négociations aux traités , et les traités aux nouvelles guerres dont ils renfermaient le germe ou le prétexte ; c'était le seul moyen de jeter de l'intérêt dans un livre dont le titre en promet si peu, et l'auteur a surpassé l'attente du lecteur le plus difficile.
Je me suis arrèli' à la partie de l'ouvrage qui touche à notre révolution , parce que vingt articles
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de journal ne suffiraient pas pour e'puiser la matière, et <|\ie d'ailleurs la discussion la plus impartiale sur ce sujet déplairait par sa modération même. Ce n'est pas à nous qu'appartient le droit de juger cette grande et terrible catastrophe politique ; un jour ceux qui n'y auront ni perdu ni gagne', ceux qui liront le re'cit de nos malheurs aussi tranquillement que nous lisons les proscriptions de Marins et de Sylla , condamneront ou approuveront, non pas avec justice, car ils auront aussi leurs opinions^ mais au moins avec calme , ce que nous ne pouvons pas encore faire.
L'auteur sans doute a été convaincu de cette vérité ; car , en se renfermant dans les limites de l'histoire et de la diplomatie, il rapporte les faits avec une rigoureuse exactitude , et discute les principes de droit public avec une logique aussi éclairée qu'impartiale. Je me contenterai d'indiquer ici les différens points de son ouvrage qui offrent une étude aussi intéressante qu'instructive , pour les hommes même les plus versés dans l'histoire moderne,
1° Les discussions qui ont précédé , accompagné et suivi le traité de W^estphalle , et qui ont été renouvelées jusque dans les premières années de notre révolution ; 2° les deux neutralités armées, chapitres où les principes du droit maritime sont fixés de la manière la plus claire et la plus précise , où l'auteur examine toutes les difficultés qui se sont élevées entre l'Angleterre et les puissances du Nord ,
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le système de blocus réel ou de blocus sur le papier, et les innombrables questions que la fortune et la force maritime ont résolues en faveur de l'Angleterre. Comme ce grand procès a été terminé sans être jugé, comme il est possible qu'il se renouvelle un jour sous d'autres auspices, je le recommande à l'attention du lecteur; je ne connais pas de sujet plus propre à exercer la sagacité d'un dialecticien. 3" L'examen des raisons qui ont lait précipiter le traité de Léoben ; la situation où se trouvait l'armée d'Italie à cette époque ; la réponse
aux reproches qu'on a faits à l'Autriche, etc
Cette partie du livre paraîtra neuve aux hommes habitués à juger des événemens militaires d'après l'exposé des Bulletins. 4° Enfin, les négociations secrètes qui ont précédé la troisième coalition , le plan des alliés, les causes qui l'ont fait échouer, les fautes que toutes les parties contractantes se sont mutuellement reprochées , et l'appréciation de ces reproches. Je n'ai rien lu de plus capable d'éclairer les hommes d'Etat sur la difficulté et le danger des coalitions. Je ne dois pas oublier les détails curieux que l'auteur a rassemblés sur la paix d'Amiens , paix si peu solide aux yeux même des négociateurs, qu'ils ne prirent pas la peine de rappeler les anciens traités ; négligence étudiée, qui laissait à chacune des parties le juste prétexte de rompre quand elle le jugerait à propos.
Dans le sixième volume , M. Schoell a placé un Précis historique de la constitution germanique;
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cette introduction , très-bien faite , aurait dû se trouver en forme de pre'face au premier tome de l'ouvrage ; il y a si pevi de Français qui connaissent cette bizarre constitution, que ce précis leur était ne'cessaire pour bien comprendre les difficultés du traité deW^estphalie. Elle est suivie de l'histoire et du recès de la deputationde V Empire en i8o3; ce chapitre , qui occupe plus d'un volume , est beaucoup trop long, et fort utile peut-être pour les hommes d'Etat, il n'offre ni intérêt ni agrément aux gens du monde. C'est la seule partie de l'ouvrage où l'on soit tenté de tourner rapidement les feuillets.
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