‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 3)Chapitre 21 sur 36 · A^NÉE SÉCULAIRE DE LA DESTRUCTION DE CE MONASTERE · texte numérisé non relu

A^NÉE SÉCULAIRE DE LA DESTRUCTION DE CE MONASTERE

Par M. Grégoire, ancien évèque de Blois.

Jamais peut-être je n'eus un si beau sujet d'cxorde ; jamais livre tombé entre mes mains ne m'a fourni une occasion plus naturelle de me répandre en considérations générales sur les querelles tbéologiques, de déclamer bien ou* mal contre les guerres scandaleuses des corporations dévoies, et contre la fiu'eur de parti qui semble avoir été plus particidièrement la passion de ces lionnnes dont la piété et la charité devaient être les premières vertus. Je ne céderai pouit au désir de faire (\cs phrases, et au sot amour-propre d'obtenir un succès facile. Quelle gloire , en effet , que de jeter

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du ridicule sur les longues et tristes querelles du jansénisme et du molinisme ! Je voudrais même n'avoir point à en parler ; et ce qui n'est en moi qu'une simple prudence , e'tait peut-être un devoir pour des hommes qui ont un rang distingue dans l'Etat , qui se disent ministres d'un Dieu de paix , qui surtout devaient considérer le temps où nous vivons , l'état d'où nous sortons , et la nature de la question qu'ils réveillent. Si pourtant quelquesuns de mes lecteurs , assez jeunes pour n'être point initiés aux mystères de la bulle Unigeniliis^ et assez malheureusement curieux pour vouloir en connaître toute la triste importance , désiraient quelques éclaircissemens sur cette matière obscure , je leur dirais : gardez- vous bien de juger Port-Royal sur le rapport des jésuites, et d'appliquer à tous les jésuites les accusations dès écrivains que l'on nomme jansénistes ; mais lisez l'Histoire de la Régence par Duclos, et le premier volume de \ Histoire de France pendant le dixhuitième siècle, par M. Lacretelle le jeune. Ces deux écrivains , qui ont eu le bon esprit de ne point s'enfoncer dans le dédale théologique , apprendront au lecteur s'il est bien utile, dans le dixneuvième siècle , de reproduire un sujet de discorde qui a fait si long-temps la honte de l'Église. « Si jamais le goût de l'érudition renaît parmi » nous, dit M. Grégoire , la France, heureuse- » ment restée catholique , la France aura aussi son » Monasticon. » La France n'a que trop de science

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théologique et d'énulilion monastique ; le plus infatigable anachorète ne pourrait pas tout lire , quand il ne ferait que cela ; et je pense que la religion a plus besoin de paix et de concorde que de livres et d érudition.

L'auteur, après avoir gémi sur la di\struction de

Port-Royal , arrive , par une transition un peu

brusque, aux dcstrucieurs révolutionnaires; et à

l'occasion de la statue de saint Vinc enl de Pauie ,

que l'on qualifiait du titre de philosophe , il fait

cette vive sortie, où l'on trouve un peu plus de

l'homme que du chrétien : << Aujoin-d'hui la qua-

« Hté de philosophe est proscrite par des gens dont

» plusieurs ont Hguré dans le nombre de nos per-

• » sécuteurs : vils Protées, qui n'ayant que des

» idées d'emprunt et des sentimens de circons-

» tance-, qui n'adoptant pour régulateurs de leur

"Conduite que la vanité, l'ambition, l'intérêt,

» épient de quel côté souffle le vent de la faveur,

» et subordonnent leur langage, leurs démarches,

» aux opinions du jour. » J'ai sans doute autant

de mépris qu'en témoigne M. Grégoire pour des

hommes tels qu'il les dépeint dans ce tableau : mon

opinion, qui d'ailleurs est de peu d'importance ,

n'a jamais varié sur ce point; cependant, quoique

cette constante persévérance me donne le droit de

blâmer la versatilité dont se plaint iM. Grégoire,

je ne déclame point contre les philosophes, je ne

fais point de livres contre les despotes: je n'écris

pas même contre ces dévots qui ont été si énergi-

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queiïicnt patriotes dans un temps où le patriotisme n'était point en harmonie avec les livres canoniques; contre ces dévots qui devaient connaître le précepte subditl estai eprlncipibus, etc.. ; contre ces dévots enfin qui, après avoir suivi ou favorisé le torrent révolutionnaire , redeviennent dévots comme par un coup de baguette, et veulent rétablir dans l'Eglise ce despotisme qui les irritait si fort dans les monarques auxquels la religion même leur commandait de se soumettre. La d('clamation de M. Grégoire s applique à beaucoup plus de gens qu'il ne pense.

Parmi 1(,'S titres glorieux de Port-Royal, M. Grégoire cite avec une foi vraiment exemplaire , le miracle de la Saint c-Ef)ine, dont l'application a guéri madame de Lafosse d'une fistule lacrymale; miracle rapporté par Racine , certifié par l' évoqua' de Tournai , et qui , selon le dominicain Contenson, doit fermer la bouche aux infidèles les plus obstinés. Comme je ne suis point obstiné , je veux bien croire à ce miracle janséniste ; mais je déclare que j'y refuserais toute croyance s'il avait été opéré par un jésuite.

Après ce miracle, le lecteur trouve l'éloge de Port-Royal par le docteur Petit-Pied: quelques lignes flatteuses sur Saint-Cyran , cet ennemi zélé des jésuites ; et un lieu commun sur les conquérans, qui mérite d'être cité. « L'histoire, dit l'auteur, » est plus utile à l'espèce humaine , en racon- » tant la vie d'Innocent Fai , domestique à Port-

» Pioyal, qu'en faisant nfenlir jusqu'à nous les )> forfaits d'Alexandre et de César. » Il est fâeheux sans doute qu'innocent Fai n'ait pas eu son Arrien et son Quinte-Curce ; mais en attendant que nous devenions érudits avee un bon Monastlcon et une vie d'Innocent Fai, nous serons réduits à lire les forfaits de ce nicchant Alexandre, ou les Commentaires de ce malheureux César, qui n'était point janséniste.

Comme je ne puis tout examiner, je m'arrête aux objets dignes de remarque. Voici un pavssage qui prouve ce que peut un beau zèle : « Que l'ar- » chevèque de Cambrai ait peint la grotte de Ca- » lypso, approuve l'opéra, et censuré les jansé- » nistes, en cela rien de contradictoire, etc.... » Si l'on n'avait pas luTélémaque, ne croirait-on pas que Fénélon n'a peint la grotte de Calypso que pour donner une leçon de volupté à ses lecteurs -^ Pourquoi M. Grégoire n'a-t-il pas la justice d'opposer k cette grotte les discours et l'action de Mentor, qui arrache son élève à un séjour si dangereux ?

Je me hâte d'arriver à un passage qui seul aurait dû arrêter l'aiiteur dans la composition de son livre , qui du moins aurait dfi lui oter le désir de l'imprimer. En parlant d'un journal intitulé JSouvelles ecdésiasiiqurs , et ])idjlié furtivement , il ajoute : « L'habileté avec laquelle les auteurs de ). cet ouvrage ont trompé la vigilaïue de l'inijuisi- >. tion française , peut seràr de inodclc... L'impri-

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>' meric est une arme puissante que le ciel leur a » donnée contre les attentats du despotisme. Dans » la lutte établie entre celui-ci et les principes , sa » chute sera plus certaine , plus rapprochée , si l'on » perfectionne le stéréotypage , et surtout si l'on » réduit à des élémens très-simples ce qui constitue

» UNE PRESSE PORTATIVE AVEC SES DEPENDANCES, » EN SORTE qu'elle COUTE PEU ET QU'eLLE OC-

» CUPE PEU d'espace. » Ici un chiffre renvoie le lecteur à une note où M. Grégoire vSe plaint violemment d'un anonyme qui a osé attaquer ce paragraphe. La note, assez longue , se termine ainsi : « Le libelliste qui s'est caché pour faire un acte de » lâcheté , croit sans doute que son voile anonyme » ne peut pas être soulevé. On ne lui fera pas même » Vhonneur de souiller de son nom cette édition » nouvelle. Il suffira de désigner le père de ce li-

» belle mort-né par la lettre initiale. C'est J ,

» G. V. de P. »

Que de réflexions font naître cette note et le passage auquel elle appartient! Quelle bonne foi brille chez les hommes de parti! Quoi! des écrivains pourront se cacher dans des caves , dans des souterrains, pour attaquer les despotes, c'est-àdire les gouvernemens que l'on voudra renverser : on leur conseillera les éditions furtives , le stéréotypage , les presses portatives et à bon marclié , pour soutenir les droits des peuples , que M. Grégoire appelle des soiwerains détrônés ; mais si l'un de ces auteurs anonymes a l'audace de critiquer

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jM. Grégoire, il devient un infâme libelliste, il fait lin acte de lâcheté, il est le plus odieux des hommes. Que dirait l'auteur janséniste , si quelque e'crivain jésuite profitait de ses conseils sur les presses portatives et les éditions clandestines? Je m'arrête, parce que j'ai trop à dire ; mais dussé-je encourir l'anathème prononcé par M. Grégoire , je lui soutiendrai, avec ma lettre initiale, ou avec mon nom tout entier, qu'il a manqué de raison, de prudence et de logique, quand il a rapproché une pareille note d'un pareil passage.

Je ne me permettrai aucune réflexion sur le parallèle que l'auteur lait du temps présent et de celui de la huile : il prétend qu'il existe encore une persécution réelle; que l'on réitère le baptême, erreur condamnée depuis quinze siècles; que l'on repousse lesjidèlesde la Sainte Table, au gre du caprice; qu'o/? exige des billets de confession; qu'o/7 enseigne dans tel séminaire la marche à suivre pour laisser mourir sans sacrement un individu suspect de jansénisme , et.... Ce sont des faits que je ne veux ni ne dois examiner, persuadé, comme je le suis, que si ces abus existent, le gouvernement les fera bientôt cesser.

Je n'ai pas été peu surpris de trouver dans cet ouvrage une disc:UvSsion sur la souveraineté du peuple^ question obscure qui ne cesse d'être dangereuhC que quand elle est injitile. Je me garderai *\vtx\(^ bien de m'étendre sur ce chapitre ; je me contente de penser que le peuple ne peut jamais excr-

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