‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 3)Chapitre 33 sur 36 · SALLUSTE. 4G · texte numérisé non relu

SALLUSTE. 4G

de bataille , sur la fin du combat : « Alors quel » affreux spectacle dans ces campî^gncs dccoii- » vertes! On poursuit, on s'échappe, on tue, on » arrête; les chevaux et les guerriers sont écrasés; » les blessés ne peuvent ni fuir, ni rester ; ils se » relèvent avec effort, et lout-à-coup retombent. » Aussi loin que la vue s'étend, les traits, les ar- » mures, les cadavres jonchent la plaine teinte de » sang. » Le traducteur a quelquefois l'art de réunir en une même phrase plusieurs membres séparés dans le latin, et par là il a le double avantage de donner du nombre à sa période , et d'éviter la conjonctwii qui nuit si souvent à la rapidité du style.

Je regrette beaucoup de ne pouvoir multiplier les citations ; elles justifieraient l'opinion avantageuse que j'ai conçue du talent de M. Mol levant. Mais je n'aurais rempli que la moitié de ma tache si je fermais les yeux sur les défauts de cette traduction , ou du moins sur ceux que j'ai cru apercevoir; car n'étant rien moins qu'érudit, je présente mes observations avec défiance , et sous la fonne du doute. Celui qui m'a le plus frappé, provient, il est vrai, d'une belle cause ; mais il ne m'en paraît pas moins répréhensible. Le respect de M. Mollevaut pour son auteur, et le désir de le suivre pas à pas, l'ont rendu quelquefois obscur et peu correct ; l'amour de l'exactitude ne doit pas aller jusques là. Lorsqu'en parlant des conspirateurs, il dit : <c S'il est une peine égale à leurs forfaits,

468 LITTÉRATURE ANCILNNE.

» que l'on innove , j'y consens ; si la grandeur de » leur attentat surpasse toutes les torlures, n'al- » Ions pas au-delà des lois, » Il n'a pas fait entendre le sens de l'auteur, et pour comprendre la phravSe française, j'ai été oblige' de recourir au lalin. Salluste a voulu faire dire à Ce'sar : Si en innovant , on peut imaginer un supplice qui e'gale leur forfait, que l'on innove, j'y consens; mais dans ces mots : S'il est une peine égale à leurs forfaits, on ne retrouve pas le rcpeiitur sans lequel la phrase devient inintelligible. Plus loin, César dit en parlant de Silaims : « Je connais ses lïiœurs ») et son équité. Son avis me semble donc , je ne » dirai point cruel (que peut-on exercer de cruel » contre de tels hommes), mais contraire à nos » mœurs. » Le donc que j'ai souligné présente un sens làux; un avis contraire aux mœurs ne peut être la conséquence des mœurs et de l'équité. Dans le latin il y a verurn qui est précisément le contraire de r7o;7C, puisqu'il fait opposition. Il y a de plus ici une petite négligence dans la répétition du mot mœurs.

Dans la Guerre de Jugurtha, Adherbal dit au sénateur romain : « \ os bienfails me sont arrachés, » et mon outrage est le vôtre. » Cela est concis , mais cela n'est point clair; le mot outrage pouvant être pris dans un sens actif ou passif, il fallait écarter toute ambiguité. Il n'y en a pas dans le latin : P'os in nied injuria despecti estis; en m' ou (rageant, c'est vous que l'on offense. Cette autre

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