‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 3)Chapitre 8 sur 36 · SUR LES MESURES A PRENDRE POUR TERMINER LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

SUR LES MESURES A PRENDRE POUR TERMINER LA REVOLUTION

Présentées au roi, ainsi qu'à MM. les agriculteurs, négocians, manu- £arluriers et autres industriels qui sont membres de ia Cliainbre des Députés,

Par Henri Saiwt-Simon.

Cette brochure est- elle une longue dérision de la politique actuelle, ou est-il possible qu'un pareil ouvrage ail été écrit sérieusement:' Telle est la question que je me suis laite, après en avoir lu les premières pages, et que j'ai continué à me laire jusqu'à la fin inclusivement. J'y trouve des idées si lolles, que je crains de passer pour dupe , si je

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les discule. gravement; d'un autre côté, j'y vois des choses , non pas si sages , mais si tnstement sérieuses , qu'il est impossible d'en rire , à moins de les considérer comme l'expression de l'ironie la plus amère et la mieux déguisée. Il me suffira d'exposer brièvement le sujet de ce petit livre , pour faire sentir au lecteur combien il est difficile de dc^^ner s'il est une excellente plaisanterie ou la plus malheureuse conception.

L'ouvrage se compose , i". d'une préface dans laquelle l'auteur a l'air de parler de bonne loi ; mais ce peut être une ruse adroite dont le but serait de rendre l'ironie plus fine et plus piquante ; 2". de quatre lettres adressées à MM. les industriels ^ membres de la Chambre des députés , et dans lesquelles M. Saint-Simon leur dit : « Depuis le com- » mencement de la révolution, vous n'avez pas » fait un seul moment ce que vous auriez dû faire, » et la royauté n'a pas agi plus sensément que » vous; « 3°. d'une autre lettre adressée au roi lui-même , lettre fort extraordinaire , et telle que sa majesté n'en a sans doute jamais reçu ; 4"- enfin, d'une dernière lettre dans laquelle l'auteur , parlant à la fois au roi et à MM. les industriels, indique les mesures à prendre pour terminer la révolution. Il n'y a pas encore ici de quoi rire , mais faut -il rire ou pleurer de ce qui va suivre ?

Quelles sont ces mesures qui peuvent seules préserver le trône des Bourbons d'une ruine inévitable , et la France entière des plus affreuses cala-

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miles t Les voici retluiles aux ternies les plus simples : Il laut d'abord que le roi supprime les deux noblesses : l'ancienne, parer (ju'elte se propose pour but le réiahlissenwni de ses privilèges et de ses richesses; parce (pi elle ne regarde la protection royale que comme un moyen d'atteindre ce but; parce quà r accomplissement de ce but est subordonne son attachement, et même son obéissance. Voilà bien le SINON non , el c'CvSt l'ancienne noblesse qui le proclame par la bouche <le M. Saint-Simon. Il faut supprimer aussi la noblesse de Buonaparte, parce qu'elle regarde les bienfaits du roi comme des devoirs ; parce (pi 'elle voit de très-mauvais œil la concurrence de l'ancienne noblesse ; parce qu 'elle considère les places comme sa propriété luiturelle et légitime ; parce qu'elle n'en regardera la possession comme assurée que quand elle aura placé sur le trône un roi de sa façon.

A la vérité , M. Saint-Simon a cru devoir apporter un correctif à ces déclarations un peu tranchantes , et ce correctif consiste dans les mots ; en général. Ainsi l'ancienne noblesse n'est factieuse qu'en général , et la nouvelle ne conspire qu'en général, ce qui donne à l'auteur la faculté d'excepter celui des nobles qui lui adresserait un reproche. Voilà donc les deux noblesses supprimées. A qui donnerons-nous les places i* A quelles mains confierons-nous le timon de l'Etat? Aux militaires sans doute ? INon , M. Saint-Simon n'aime ni le

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sabre , ni les moustaches D'ailleurs, depuis que la société s'est enrichie par l'industrie, la guerre a perdu son importance, el la prof ession des armes ne peut plus jouer dans la société qu'un rôle trèssubalterne. Nous dirons donc: cédant armatogœ? Point du tout. M. Saint-Siiiion a horreur des légistes et des littérateurs, qu'il nomme les métaphysiciens. Il voit avec frayeur les légistes et les métaphysiciens dominer la Chambre des députés et la société tout entière. Ce sont eux qui dirigent les gouvernans ; ce sont eux aussi qui dirigent les gouvernés ; ce sont eux qui font les plans des ultra ; ce sont eux qui font les calculs des ministres ; ce sont eux , enfin , qui combinent pour les libéraux les moyens de s'opposer au retour de l'ancien régime. On voit par là qu'un métaphysicien peut se mettre à toute sauce , et cette aptitude à être moulé selon toutes les formes , déplaît justement à M. Saint- Simon. Supprimons donc les métaphysiciens , et n'exposons pas la France régénérée à la honte de voir régner un avocat ou un laiseur de mélodrames. Maintenant qu'il n*y a plus de nobles , plus de guerriers , plus de légistes , plus d'hommes de lettres , le gouvernement va donc tomber entre les mains des prêtres. Des prêtres , juste Ciel ! y penvSez-vous? Ecoutez cet arrêt de M. Saint-Simon ; « Aujourd'hui , les décisions scientifiques sont les >-> seules qui aient le pouvoir de commander une » croyance universelle. Les décisions théologiques

» n'ont d'influence réelle que sur les classes les

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» moins éclairées de la vSociëtc ; encore même celte » influence y est-elle assez faible, et nullement » comparable à celle qu'exercent sur les mêmes » classes les opinions des savans. » Nous aurons donc des savans ? Oui , Messieurs , des savans ; et l'académie des sciences sera notre aréopage , notre sénat , notre conseil suprême : on y adjoindra seulement quatre cultivateurs, deux négocians , deux fabricans et quatre banquiers. Toute la science du gouvernement étant aujourd'hui dans le budget, le ministre des finances sera placé au pinacle de l'édifice politique ; il présidera le conseil des industriels, c'est-à-dire des savans; et, comme en lui résidera toute la force de l'Etat , ce sera un véritable maire du palais , qui voudra bien permettre qu'on ait un roi pour la forme. M. Saint-Simon nous donne aussi un ministère de l'intérieur , auquel il attache un conseil composé de sept agriculteurs, de trois négocians et de trois fabricans. Est-ce tout? Non; écoutez : il y joint deux physiciens, trois chimistes et trois physiologistes. Les chimistes me plaisent beaucoup, mais les physiologistes me paraissent encore plus jolis. Les premiers possèdent l'analyse , les autres la synthèse ; ceux-là mettront la France au creuset , et la reririfieront ; ceux-ci , connaissant à fond la physique de l'homme sain , nous donneront une charte parlaite , car il est certain que les lois qui régissent le corps humain et le corps politique sont absolument les mêmes. Rappelons-nous, d'ailleurs, que les décisions thëo-

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