‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 4)Chapitre 14 sur 59 · ART DRAMATIQUE. I/^I · texte numérisé non relu

ART DRAMATIQUE. I/^I

hommes sur notre théâtre, les Grecs, dit-il, le faisaient faire à leurs dieux ; puis il s'écrie douloureusement : T^oilà comme nous imitons! Plus loin il dit encore qu'il vaudrait mieux imiter les Grecs que de présenter au public des Phèdre* des Iphigénie, des Œdipe, des Sémiramis, où une aveugle fatalité règle tout d'une manière bizarre et invraisemblable. J'admire la logique et l'érudition du réformateur. A qui les devons-nous ces Phèdre , ces Iphigénie , si ce n'est aux Grecs ? Ce dogme , ce ressort de la fatalité n'est-il pas renouvelé des Grecs? L'Œdipe roi, le Philoctète , l'Hippolytc , toutes les tragédies grecques ont-elles un autre mobile que la fatalité? Mais quoiqu'on ne puisse rien apprendre à un orateur couronné , je me permettrai de faire à M. Delplîbune observation qu'il comprendra , s'il veut , dans sa réforme.

Il paraît singulier que les Athéniens , créateurs de l'art dramatique, et peuple essentiellement démagogue, n'aient pas eu dans leur théâtre une seule pièce républicaine. Ces fiers ennemis des rois n'ont que des rois dans leurs tragédies ; mais ces rois y sont toujours criminels ou malheureux : criminels, pour empêcher le peuple de vouloir des rois ; malheureux , pour ôter aux ambitieux le désir d'aspirer au trône. C'est sous ce rapport , ce me semble , que l'on peut envisager le théâtre des Grecs comme une institution politique , et cette conjecture prend un grand degré de vraisemblance quand on considère que toutes les tragédies grecques qui sont

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parvenues jusqu'à nous, ont la même couleur, le même ressort , et offrent la même moralité.

Cette obligation où se trouvaient les poètes les forçait à employer le ressort de la fatalité. Gomment , en effet , auraient-ils pu rassembler tous les malheurs sur la tête d'un homme innocent et même vertueux, s'ils n'avaient pas fait agir cette puissance à laquelle personne ne résiste , celle des dieux, celle de la nécessité? Deux avantages résultaient de ce ressort tragique : l'intérêt dramatique était augmenté : car si la vertu nous plaît , même lorsqu'elle est heur&use , elle nous intéresse bien davantage quand nous la vovons aux prises avec l'infortune : la politique y gagnait à son tour: car le peuple qui fréquentait les théâtres , et y entrait gratuitement , y apprefiait sans cesse à se soumettre à la nécessité , et à supporter une infortune passagère, quand il voyait que le faste, l'opulence et le rang suprême ne préservaient pas les grands de la terre des calamités les plus affreuses.

Passons maintenant aux crimes et aux ii'ces qui affligent IM. Delpha , et qu'il voudrait bannir des compositions dramatiques. J'aurai le courage de lui dire , au risque de n'en être pas écouté , que l'écrivain moraliste enseigne la pratique des vertus par des préceptes positifs, et l'auteur dramatique par des préceptes négatifs: que l'un montre la route qu'il faut suivre , et l'autre celle qu'il faut éviter. Si le second fait haïr le vice autant que le premier fait aimer la vertu, n'ont-ils pas atteint le même but.^ ,

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