‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 4)Chapitre 15 sur 59 · ART DRAMATIQUE. I · texte numérisé non relu

ART DRAMATIQUE. I

La moralité n'est-elle pas la même ? Yoyonsmaiii-

tenant si la punition constante du crime et du vice,

ur nosthe'âtres, offrirait une meilleure moralité.

Je suppose qu'on vienne nous annoncer un de ces crimes atroces dont le récit révolte et lait frémir": dans le premier mouvement de notre indiijnation nous voudrions voir le scélérat en proie à toutes les tortures ; mais si quelques jours après , nous le rencontrons conduit à l'écliafaud ; si nous voyons sa pâleur, son abattement , ses angoisses , la pitié succède promptement à notre colère , nous croyons le coupable assez puni , et nous le ferions échapper si nous en avions le pouvoir. Maintenant supposons , au contraire , que ce monstre ait pu tromper ou braver la justice , qu'il vive dans l'opulence , qu'il jouisse de tous les biens dans lesquels les hommes ont placé le bonheur, qu'il paraisse à nos yeux avec un faste insultant, notre indignation ne sera-t-elîe pas à son comble? Si ces réflexions sont justes , il est faux de dire que la punition du crime le fait haïr davantage , et la morale n'y gagnerait rien quand nous transformerions le théâtre en un tribunal criminel, et quand nous chargerions le bourreau de faire les dénoûmens.

Il en est de même de la comédie : le vice y est toujours livré à la haine , au mépris ou au ridicule, et je défie M. Delpla de me citer une seule pièce estimée dont la moralité soit qu'il y a de l'avantage à être avare , méchant , imposteur ou fripon. Je me suis étendu sur ce point , parce que bien des

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spécial ours, Irop bonnes gens , partagent les scrupules de M. Delpla : ils sont indignes , disent-ils , de voir lin homme vicieux sur la scène. Eh! n'estce rien, messieurs, que de vous indigner contre le vice? L'auteur ne vous donne-t-il pas une bonne leçon de morale en vous faisant haïr ou mépriser tout ce qui la blesse?

Je n'ai plus qu'un seul coup à porter à M. Delpla, mais il est terrible, et j'aurais voulu le lui épargner par égard pour la Garonne qui a couronne son Discours , et dont j'aime les rives enchanteresses. Mais il faut que justice se fasse. J'a[)prends donc à mes lecteurs que M. Delpla est partisan du drame, M. Delpla aime à pleurer : la pitié , selon lui, est pins qu'agréable , elle est délicieuse : mais la gaieté continue le fatigue , le rebute , lui paraît indécente. C'est donc pour faire triompher le drame, qu'il cherche querelle à Molière et k Piacine; et Dieu sait quels beaux raisonncmens il entasse pour faire triompher son genre favori ! Cependant , par un caprice inconcevable , il condanme le mélodrame , et il le proscrit sans ménagement ; c'est dommasfe! Le réformateur du Théâtre Français, l'homme que Molière révolte, et que Racine afflige, était bien digne d'aimer la tragédie des boulevards. Au reste , M. Delpla a fort bien fait de vouloir régénérer, et non dt'truire les théâtres : car les l>ordelais , qui sont si fiers de leur belle salle , n'auraient pas couronné un homme qui aurait parlé de l'abattre.

ANTIQUITES ROxMAIOES.

ANTIQUITES ROMAINES,

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