LE CUISINIER ANGLAIS UNIVERSEL
ou LE NEC PLUS ULTRA DE LA GOUKIVIANDISE ;
Coulenant la manière d'apprêter les viandes de ])oucherie , la volaille , le gibier, le poisson; de saler les viandes , de trousser la volaille, de faire les jus, les coulis, les bouillons; les meilleures recettes pour accoininoder les végétaux, et autres mets délirais propres aux soupers , aux collations et aux malades; suivi de la manière de confire, mariner les fruits et faire les eaux cordiales; divers articles d'économie domestique ;
Par F. COLLINGW^OOD et J. WoOLAMS, chefs de cuisine très-célèbres, attachés aux réunions des membres du Parlement, liadult sur la quatrième édition , et orné de quatorze planches.
Un bon livre de cuisine est un bon morceau de litte'rature ; il a le pre'cieux avantage d'être entendu de tout le monde , de flatter le goût des lecteurs , et d'exciter en eux un intc'rêt qui se renouvelle deux ou trois fois par jour. De quel poème , de quelle trage'die , de quel discours académique pourrait - on faire un aussi bel éloge ? La cuisine et la littérature ne sont pas si étrangères l'une à l'autre qu'on le pense communément. La plupart des métaphores dont nous nous servons en parlant de style , sont empruntées au sens physique qui réside dans notre palais. Le govit est législateur
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dans les lettres comme dans les repas. Nous employons le mot piquant pour exprimer ce qui nous réveille dans l'un et dans l'autre genre. Nous disons qu'il y a du sel dans les comédies de Molière et de Regnard ; nous appelons comcdieyâ^^, la corac'die de bon ton; et le trop bas comique se nomme de \[\ farce.
L'homme de lettres et le cuisinier ont encore un autre point de conlormite' ; ils sont les seules gens d'esprit dotit tout le monde indistinctement pre'tende juger le mérite. S'il s'agit d'un art, d'une science , les hommes qui n'y entendent rien ont ordinairement la modestie de se récuser; mais en cuisine et en littérature le plus ignorant se constitue juge , et décide de tout sans avoir rien appris. Tel qui n'a jamais tenu la queue d'une casserole , va condamner d'un seul mol des plats qui ont coûté les plus savantes combinaisons, et qui sont le fruit des plus profondes recherches ; il en est de même au Parnasse. Le fat qui ne connaît en littérature que le Journal des Modes , la demi-dame qui n'a jamais écrit correctement le plus mince billet, prononce efirontément sur le mérite d'un livre ou d'une comédie. Que dis-je? L'acteur qui débite l'esprit d'autrui, l'actrice qui apprend à chanter avant de savoir lire, jugent les auteurs qui ont fait leurs preuves, et jugeraient Molière s'il ressuscitait avec de nouveaux chefs-d'œuvre. Ne sontce pas là des jugemens de cuisine ?
(^est depuis quelques années surtout que l'art