LES MISÈRES DE LA VIE HUMAINE
Ou les gémUsemens et soupirs exhalés au milieu des fêtes, des spectacles, des bals et des concerts, des amusemens de la campagne, des plaisirs de la table, de la chasse, de la pêche et du jeu, des délices du bain, des récréations de la lecture, des agrémens des voyages, des jouissances domestiques, de la société du grand monde et du séjour enchanteur de la capitale; et recueillis par James Beresford, maître ès-arts , et membre du collège de Merton , de l'université 4'Oxtord ; traduit de l'anglais sur la huitième édition ,
Par T.-P- Bertw.
Avant d'entrer en matière , j'invite le lecteur à réfléchir sur ce titre . qui n'est pas la partie la moins bizarre du livre qu'il annonce. Ou oîi se fasse, si l'on peut, une idée des misères de la vie humaine , éprouvées dans les fêtes et les jeux ; des gémisscmens et soupirs exhalés au milieu de tout ce qu'il y a d'agréable dans la vie. On va croire sans doute que c'est quelque philosophe chagrin qui s'afflige de tout ce qui amuse les hommes, quelque Heraclite qui pleure sans cesse sur la frivolité et l'aveuglement du genre humain : sous ce point de vue , l'on pourrait espérer un ouvrage très-philosophique , très-moral , et même très-chrétien : mais il n'y a rien de tout cela. Ce sont les acteurs eux-mêmes, des fêtes, des bals, des divertissemens,
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qui éprouvent les misères de la vie liumainc ; ce sont les convives qui gémissent au milieu des iestins les plus gais; ce sont les gens du monde qui exhalent des soupirs parmi les jouissances domestiques, et dans le tourbillon enchanteur de la capitale. Ceci devient une énigme : il faut l'expliquer; mais je me sens plus pressé encore de faire une réflexion que je crois utile sur le genre étrange , sur la forme bizarre , et sur les singuliers détails de cette production britannique.
On ne fait plus rien de neuf, s'écrie le vulgaire des lecteurs! Nous voulons du neuf! donnez-nous du neuf! répètent les prétendus connaisseurs en littérature ; et cependant les gens d'esprit et de goût se contentent de dire : Donnez-nous du bon. INJais que veulent ces hommes qui demandent du nouveau , et qui cherchent les bons livres chez les marchands de nouçeautcs? Quelle est l'espèce de neuf qu'ils désirent; el quand ils crient : Donnez-nous du nouveau, ne veulenl-ils pas nous faire croire qu il n'y a plus rien de nouveau pour eux sous le soleil:' Je rencontre tous les jours des gens pour qui les bons ouvrages de nos bons écrivains seraient absoluuu'nt nouveaux ; et ce sont précisément ces lionnnes qui se [)laignent de ce qu'il ne paraît plus rien <le neul en littérature. Quand on pense à nos iunnenses richesses lilléraires, quand on se représente I énorme quantité de volumes que forment tous les ouvrages admirables ou bons, agréables ou utiles, curieuv ou instructifs, Inléressans on
MISÈRES DE LA VIE. SgS
seulement amusans , on est bien certain que la lecture complète de tout ce qui est bon à lire , exce'derait plus de quatre fois la plus longue vie de l'homme le plus studieux. Personne n'est donc fondé à se plaindre de la disette en ce genre , puisqu'il serait absurde de ne pas regarder comme nouveau , tout ouvrage dont on n'a pas la moindre ide'e. Quoique j'aie beaucoup lu, je suis tous les jours obligé d'avouer que je ne connais point tels et tels livres fort nombreux et fort estimables ; je sais même que je n'aurai jamais le temps de lire la dixième partie de ce que je voudrais avoir lu : aussi , je trouve souvent du nouveau , et je le trouve souvent dans des ouvrages fort anciens.Tout homme de bonne foi fera le même aveu ; car il n'y a que les fats et les sots qui prétendent tout connaître , et qui ne peuvent se résoudre à ignorer quoi que ce soit. Montaigne ne cesse de parler de son ignorance , et Montaigne cite sans cesse du grec , du latin , de l'italien et du français : il ne savait donc pas, à beaucoup près, tout ce qu'on pouvait savoir de son temps ; et quel déluge de livres depuis Montaigne î Cependant nous ne sommes point contens, et nous demandons encore du nouveau! Les gens du monde qui emploient peu de temps à la lecture , et qui perdent encore une partie de ce temps à des lectures frivoles, ont bien mauvaise grâce quand ils crient qu'on leur donne du neuf Qu'ils ouvrent la plus pauvre des bibliothèques , elle sera encore pour eux fort riche en nouveautés.
2yG OUVRACitS l)iVP:RS.
Us ne trouvent rien de bon parce qu'ils ne cherchent que du nouveau , et ils trouveraient souvent du nouveau s'ils ne cherchaient que de bons livres.
Si cependant, maigre ces reflexions , ils veulent du neuf dans toute la rigueur de l'expression, je ne puis rien leur proposer de mieux que les Misères de la vie Jiumaine. Jamais on n'imprima rien de plus nouveau ; c'est un livre qui n'a pas été fait avec des livres : il n'est pas nécessaire de savoir écrire , pas même de savoir lire pour en produire un pareil. Le premier venu peut aisément y ajouter >ingt ou trente chapitres, et même des volumes entiers; et l'on pourrait, à juste titre, l'appeler l'ouvrage de tout le monde.
Tâchez de vous rappeler toutes les petites contrariétés, tous les petits désagrémens, tous les petits accidens que vous avez éprouvés dans le cours de votre vie , tout ce qui a ét(' pour vous un objet de dégoût , un sujet d'ennui , d'humeur, de dépit, de honte ou d'impatience; rassemblez tous ces traits épars , divisez-les en chapitres, en les nommant Inbiilniions de la ville , de la campagne , des voyages , des spectacles , lètes ou jeux ; doimez-leur ensuite un titre commun, et vous aurez fait un livre comme celui de M. Beresford. Pour mieux lui ressendjler, introduisez des interlocuteurs qui présententà l'envi I \m de I autre (juelque nouvelle inisère, quelque inhuldllon saillante : que parmi ces personnages deux surloul .se <lisling^icnt parla fécon-