‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 4)Chapitre 28 sur 59 · MISÈRES DE LA VIE · texte numérisé non relu

MISÈRES DE LA VIE

dite de Ipur imagination , et leur perspicacité dans la découverte des misères; que l'un de ces deux pousseurs de soupirs soit l'homme le plus sombre, le plus atrabilaire , le plus irascible , le plus antisocial des habitans de la Grande-Bretagne ; et d'après ce plan , qui certainement n'est pas trop compliqué , écrivez, écrivez tout ce qui vous passe par la tète.

Voici de ces misères prises au hasard : « Sentir votre pied glisser sur le dos d'un cra- » paud que vous avez pris pour une pierre , en M vous promenant sur le déclin du jour. »

<c Mettre le pied dans une ornière au moment » où vous avancez la jambe pour saluer une char- » mante dame , à laquelle vous distribuez généreu- » sèment une partie du jet-d'eau. »

« Au parterre de l'Opéra, un homme à larges » épaules, haut de six pieds, qui s'assied positive- » ment devant vous pendant tout le ballet. «

Au même lieu , « vous tourner précipitamment » en entendant ouvrir la porte d'une loge près de » vous, et cela, dans l'espérance de vous repaître " la vue de quelque être angélique , et voir à sa » place une espèce de lee Urgèle , dont la figure » est couverte de rides , comme sa tête l'est de » diamans et autres pierres précieuses. »

« Dans une auberge , après avoir ôté vos bottes, » l'option que vous avez de rester nu-pieds pendant » toute la soirée , ou de les mettre à leur aise dans w une paire de pantoufles faites sur la mesure du

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» sonlirr de Saint-Christophe , de manière que » lorsque vouvS montez , tout endormi , l'escalier » liuinide qui conduit à votre chambre, elles sé- » cluippent de vos pieds à chaque marche, depuis » le rez-de-chaussee jusqu'au quatrième e'tage. »

'(. A une mauvaise hôtellerie , un très-petit œuf » qu'on vous sert dans un gobelet en guise de co- » quetier... »

« Faire la conduite à un ami , dans le dessein » de lui parler d'affaires importantes que vous >- n'avez pas eu le temps de régler avant son de'- » part ; votre ami montant un cheval d'escadron , » et vous un bidet ragot ; de sorte que le trot ordi- >> nairedu premier est démesure avec votre grand >■> galop : allure qui, comme on sait, n'est pastrès- '> favorable à la conversation. »

« Avec un caractère bilieux et facile à irriter , » vous trouver chez une personne qui a la manie » de se balancer sur sa chaise comme la verge » d'une pendule , d'agiter son pied à l'instar de » celui d'un remouleur, et de battre la caisse sur » la table avec ses ongles, ou avec les phalangesde » ses doigts.... »

« Dans le cœur de l'hiver, essayer d'établir une » union parfaite entre du beurre frais très-lerme » et un morceau de pain tendre.

« Les ardillons de vos boucles de jarretières mis » à rebours, de sorte qu'ils déchirent vos bas et » vous accrochent les mollets toutes les lois que ' vous croisez les jambes. »

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« S'asseoir sur un lautcuil de crin, dont le fond i> est tellement lisse et tellement en pente, que » toutes les fois que vous vous enfoncez dedans, » vous êtes renvoyé en glissant vers le bord de « votre sic'ge. »

<c Un pantalon tellement e'troit qu'il raccourcit » chacune de vos enjambées d'un demi-pied ; dans » cet état, cependant , il faut que vous suiviez un «ami d'une taille gigantesque, et qui arpente » comme votre ombre sur un mur à la chute du » jour. »

« Dans l'hiver , laisser tomber , en vous barbi- » fiant une savonnette de votre main glacée ; vous » mettre à suivre les bonds qu'elle fait dans votre » chambre, jusqu'à ce qu'enfin elle se réfugie sous « votre commode , d'où , si vous parvenez à l'ar- » racher , elle se présente sous un déguisement de » poussière , de cheveux et de plumes. »

Je n'ai fait dans ces citations d'autres choix que celui des plus courtes misères; ainsi l'on peut se faire une idée de deux volumes remplis dé pareils traits. Il fallait sans doute de l'imagination pour rassembler tant de folies; car il est impossible que le même liomme ait éprouvé toutes ces fribulalations. On ne peut même nier qu'il n'y ait beaucoup de paragraphes très-plaisans, et chacun des lecteurs se reconnaîtra dans un grand nombre d'articles. Ce livre bizarre a eu beaucoup de succès, dit-on, en Angleterre: je n'en suis point étonner il en aura vraisemblablement en France ; car il

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est, après tout, l'un des livres où l'on trouve le plus de vc'rite's. Quant à son originalité , personne ne la lui conteste , quoique tout le monde puisse être original de cette manière. Je conseille donc à mes lecteurs de le parcourir à de longs intervalles , et surtout de le conserver précieusement dans leurs bibliothèques , ne fût-ce que pour le présenter à ces hommes difficiles qui se plaignent de ce qu'on ne leur donne plus rien de nouveau en littérature.

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