‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 4)Chapitre 30 sur 59 · QUELQUES MOTS SUR LE BEAU SEXE ET SUR SES DÉTRACTEURS · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS SUR LE BEAU SEXE ET SUR SES DÉTRACTEURS

Par J.— M. MOSSÉ; suivis des Prémices poétiques du même auteur.

Voici encore une apologie des clames , une satire contre leurs détracteurs. Il y a bien long-temps que l'on médit des femmes dans presque toutes les langues; mais il était réserve aux Français de les venger, et d'entreprendre la justification du sexe entier. Une tragédie d'Euripide commence par une longue satire contre les lenimes ; Aristophane, Lucien et Apulée ne leur sont guère favorables : chez les Latins , Pétrone , Tacite et Suétone généralisent un peu trop les reproches qu'ils font à quelques femmes en particulier ; et les ïtaHens même , dans une langue si douce et si amoureuse, lancent autant d'épigrammes sur le sexe en général , qu'ils donnent de louanges aux femmes dont ils sont épris. Très-anciennement en France, le respect pour les dames était une loi qu'on ne pouvait enfreindre sans honte et sans danger; ce qui n'empêchait pas quelques mauvais Français de les maltraiter dans leurs écrits. Jean de Meun courut grand risque d'être fustigé pour deux vers impertinens , qu'il

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laissa on qu'il inlercalla dans le roman de la Rose. Un siècle après, Corneille Agrippa vqulut remettre en vigueur les principes de la chevalerie, rendre au beau sexe son echil cl ses droits, et il composa son ouvrage de lEacnUcîice des Fernines. La déclamation où il met ce sexe de beaucoup au-dessus du nôtre, ne l'empêcha pas de mourir misérable à l'hôpital de Grenoble. Montaigne a fait un chapitre intitulé : De trois bonnes Femmes; et il le commence par ces mots • // n 'en est pas à douzaines , comme chacun sait. Bien loin de vouloir prouver leur excellence , il leur reproche jusqu'aux pleurs qu'elles versent à la mort de leurs maris ; il conclut de là, très-malicieusement, qu'elles ne les aiment que morts : Ne regardez pas , dit-il , à ces yeux moites et à cette piteuse voix; regardez ce port , ce teint, et V embonpoint de ces joues : c' est par-là qu'elles parlent français. De la Chambre , médecin et académicien , n'a pas été plus galant ; dans son Art de connaître les Hommes, il semble avoir voulu nous ôtcr l'envie de connaître les femmes. Le P. Bouhours les traite plus mal encore dans ses Kntrctiens d'Ariste et d'Kugène: non-seulement il attaque leur cœur, mais il veut prouver que rien n est plus mince que leur esprit. Cela n'a pas empêché l'abbé de l^onguerguc de dire que ce jésuite était un homme poli, (pii cherchait à excuser tout le monde. Enfin , Boilcau n'a pas craint de se déclarer ennemi du beau sexe dans une satire qui , pour l'honneur des dames, n'est pas le

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meilleur ouvrage du Juvénal français. Les détracteurs, comme on le voit, ont été en bien plus grand nombre que les apologistes , et malheureusement ils ont eu plus de talent. J^'excellence des Femmes n'était donc pas entièrement reconnue quand M. Legouvé s'est déclaré leur avocat , et a gagné leur cause par un plaidoyer dont le style a l'élégance et la grâce du sexe qu'il a vengé.

Aujourd'hui , M. Mossé vient glaner dans ce champ qui paraît inépuisable : il commence par chanter les dames , puis il leur offre les prémices de sa Muse. Cette Muse est extrêmement faible, mais aussi elle est bien jeune ; et la prodigieuse facilité avec laquelle elle s'exprime , peut donner quelque espérance , si l'auteur devient assez sage pour n'en point abuser. La manière dont il loue les dames est ingénieuse ; l'expression seule est souvent incorrecte , et trop peu poétique. Il y a de l'art dans la division de son petit poème ; pour prouver que toutes les classes de la société doivent de la reconnaissance au beau sexe , il les passe toutes en revue dans cet ordre :

Les plus grands souverains te doivent leur bonheur... Les plus grands généraux te doivent leur valeur... Les plus grands magistrats le doivent leurs vertus... Les plus grands écrivains le doivent leur génie..., etc.

Chacun de ces vers commence un paragraphe qui en est l'explication et la preuve ; l'auteur parcourt ainsi tous les états^ L'exécution n'égale pas à beau-

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coup près la disposition du plan ; mais l'auteur est fort jeune, à ce qu'il paraît, et ce qui lui manque peut s'acque'rir par le travail, par l'e'tude des bons modèles, et surtout par une grande sévérité pour lui-même.

Nous n'extrairons aucun morceau de ce Piccueil, parce qu'il n'y en a aucun d'assez bon pour mériter des éloges, ni aucun d'assez mauvais pour que nous ayons l'intention de décourager l'auteur. Nous aurons autant d'indulgence qu'il paraît avoir de modestie ,' qualité fort rare chez les bons écrivains , et bien plus rare chez les mauvais. Tout autre que M. Mossé n'eût pas manqué de décorer son ouvrage du titre de poëme ; il le désigne simplement par Qiielffues mots. La dernière de ses pièces fugitives est adressée à la critique , et finit par ce quatrain :

Pour les premiers essais de mon jeune Apollon , Je voudrais te prier d'aooir de Vinduls'ence ; Donne-moi des conseils, et je promets d'avance De les suivre en rentrant dans le sacré vallon.

Nous lui conseillerons donc, i^ de se bien pénétrer de ce qu'il dirait en prose avant de chercher à le mettre en vers ; 2° de se défier d'autant plus de sa verve, qu'elle lui paraîtra plus abondante et plus facile ; 3" de se bien convaincre de cette vérité, qu'il y a fort peu de synonymes dans notre langue, et que le mot qui convient à la mesure du vers n'est pas toujours l'équivalent de ( elul qu'il aurait

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écrit en prose ; 4" q"^ ^^ poe'sie légère et fugitive , bien que peu importante en apparence, est peutêtre celle qui exige le plus d'élégance et de grâcQ; que les plus petits ouvrages sont ceux où l'on pardonne le moins les incorrections, et qu'en littérature tout ce qui n'est pas utile doit être très-agréable.

M. Mossé paraît avoir un goût particulier pour les tours de force : il s'est imposé la tâche de composer une pièce de vers assez longue sur une seule rime ; il a fait des acrostiches, des gloses, des ballades retournées, des rondeaux doubles, de riches

acrostiches, etc Il nous donne même les règles

du riche acrostiche et de la ballade retournée. Cela nous rappelle le temps où des latinistes minutieusement ingénieux attachaient un grand prix à des morceaux de poésie qu'ils nommaient Lagena , Scyphus , Securis , Ovurn , parce que les vers, de longueurs différentes , présentaient sur le papier la forme d'une bouteille, d'un verre , d'une hache ou d'un œuf. Il ne nous reste guère que le souvenir de ces puérilités ; et ce qu'il y a de remarquable, c'est que les bons auteurs n'ont jamais eu ce genre de talent , tandis que les poètes médiocres ont souvent excellé dans l'exécution de ces bizarres miniatures.

Si M. Mossé croit que la difficulté vaincue ait un grand mérite , nous lui répondrons qu'il est assez difficile de faire de bons vers : qu'il commence par vaincre cette difficulté ; et , lorsqu'il y sera parvenu , ce dont nous ne désespérons pas , s'il a de

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l'esprit, (lu tcMTips et de la facilik' de reste , il pourra s'amuser à faire de riches acrostiches et des ballades rçtoiimécs; mais nous pouvons lui pre'dire qu'alors il on aura perdu le i^oùl. Plusieurs pièces de son Piecueil ont de la grâce et de la douceur; et s'il avait employé à les polir le temps qu'il a perdu à vaincre de vaines difficultés, nous nous serions fait un plaisir d'en citer quelques-unes, pour donner au public la mesure de son talent.

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