‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 4)Chapitre 33 sur 59 · L ART DE SE FAIRE AIMER DE SON MARI · texte numérisé non relu

L ART DE SE FAIRE AIMER DE SON MARI

une petite anecdote lorl analogue au sujet de ce paraiçraphe, mais peut être trop connue du lecteur. Un honncte ecclésiastique passait pour avoir fait des conversions étonnantes, et attendri les cœurs les plus inhumains. Il voulut un jour essayer sur un avare le pouvoir de son éloquence , et il mit tant d'art, tant de grâces, tant d'onction dans ses remontrances , qu'il vit rouler des larmes dans les yeux de son auditeur: « Ah! monsieur, s'ccriat-il , vous êtes e'mu , la charité' vous touche ! Oui , monsieur, répondit l'Harpagon, la charité' est une si belle chose que je vais la demander. » Je ne doute pas que les conseils de M. de Pradel n'obtiennent le même succès que sur le cœur des avares.

Ce livre est hevaTusement termine' par un Code des Darnes , divisé en douze articles , dont plusieurs sont remarquables. Il y a, par exemple, de l'esprit et quelque vérité dans celui-ci : « Varier la forme de ses hahils, surtout la couleur. Une journée aura-t-elle clé pénible dans le ménage , quand on portait une robe de couleur foncée ? en mettre une blanche le lendemain » L'auteur dit ensuite le pourquoi , et je crois cjue cela est inutile.

Les dames, j'en suis siir, n'approuveront pas autant cet autre précepte: « Ne se mêler que des affaires du ménage ; allendre que l'époux lui confie les autres » Je propose hardiment cette

vaiiante : « Se mêler de tout, exceplé du ménage, et l'époux attendre que madame lui parle d'affaires. » Depuis que nous n'avons plus de femmes

CRITIQUE. T. VU. ij,

SjS UlVKAGES DIVERS.

ni de fîlles , mais partout des dames et des demoiselles, 11 n'y a plus de ménages, et, en conscience, M. de Pradel ne veut pas sans doute que madame aille demander à la demoiselle cuisinière si elle a mis les carottes au pot. Et qu'on ne m'accuse pas de vouloir faire une mauvaise plaisanterie ; je parle d'après mon expérience. Un jour je fus étonné de trouver sous la porte cochère d'une maison de Paris, trois jolies demoiselles au lieu de la portière que je cbercliais : « Que voulez-vous, monsieur? me dit l'une de ces trois Grâces, fort élégamment vêtue. — Je veux parler à la portière. — Eh bien ! monsieur, parlez ; voici les demoiselles de la porlière. » 11 y a quelques années qu'étant dans un misérable village des Vosges, j'eus besoin d'un commissionnaire , dont on m'indiqua la demeure. Je trouvai sur le seuil de la chaumière , une femme couverte d'une toile grise en lambeaux , et filant un chanvre grossier. « Que voulez-vous , monsieur ? — Je veux parler à Colas. — Il n'y est pas, monsieur ; mais vous pouvez me parler tout de luème . Je suis sa dame. » Maintenant je reviens à M. Eugène de Pradel , et je dis que jamais je n'aurais osé parler de ménage, ni à la dame de Colas, ni aux demoiselles de la portière ; il faut donc, à plus forte raison, faire disparaître ce vilain mot d'un code destiné aux dames qui ne sont pas des portières, et qui n'ont pas des Colas pour maris.

Le Hvre de M. Eugène de Pradel aura sans doute une seconde édition, car on y trouve des

l'art de se FAIUE AIMER DE SON MARI. 33()

idées originales , des 1 rails d'esprit et de finesse, et par-ci, par-là, de bonnes observations, quoiqu'elles soient fort inutiles. Je vais, en conséquence, lui soumetlre quelques remarques dont il pourra faire usage , si elles lui paraissent justes. Je crois, par exemple , qu'on ne dit pas dans le monde : Cet homme a beaucoup de formes , mais qu'il faut dire simplement : cet homme a des formes. Je crois aussi que l'auteur a tort, quand il dit que la coquetterie Il est autre chose quun amour-propre qui cherche à fixer Vatterilion des hommes. Il y a sans doute de l'amour-propre dans nos défauts et même dans nos vertus ; mais la coquetterie est peut-être le vice qui en suppose le moins , car une femme qui croirait posséder tous les charmes et tous les moyens de séduction , ne chercherait pas un auxiliaire dans la coquetterie. Quand on a recours à l'art, on ne se croit point partait. Je crois encore qu'il ns faut pas placer les Ilotes ii Athènes, et qu'il laut les laisser à Lacédémone. Je crois enfin que cette Lamma dont M. de Pradel vante l'héroïsme dans une note , n'est autre que la célèbre Camina illustrée par Plutarque , et dont Thomas Corneille a îait une tragédie.

Encore une observation ; elle sera la dernière : M. de Pradel admire trop la réponse d'une pauvre femme à Philippe de Macédoine , quand ce prince ayant dit qu'il n'avait pas le temps de l'écouter , elle s'écria : <<. Cessez donc d être roi. » Cette anecdote ou cette fable , a été racontée plusieurs fois

3^0 GIVRAGES DIVERS.

et attribuée à plusieurs princes , car elle a passé de Philippe à Yespasicn , de \ espasien à Trajan , et enfin Dion et Spart ien la reproduisent sous le règne d'Adrien, avec cette différence, que la vieille femme aurait répondu : « Pourquoi donc ètes-vous empereur? » Mais dans quelque temps que le mot ait été dit, il n'en est pas plus raisonnable. Figurez-vous donc un grand monarque obligé d'écouter toutes les vieilles femmes de son empire ! Je n'y vois, au bout de huit jours, que la surdité ou l'abdication. On nous a conté aussi que le grand Frédéric lisait toutes les lettres qui lui étaient adressées, et qu'il répondait k toutes. O grand Dieu! si un roi s'avisait de faire cette promesse , où prendraiton tout le papier nécessaire? Il n'y aurait ni petit, ni grand, ni homme, ni femme qui ne voulût avoir sa lettre du Roi , et Sa Majesté aurait bientôt plus de secrétaires que de soldats.

DES JlUFS AU XIX' SIECLE. 34 1

DES JUIFS AU DIX-]NEU\ lÈME SIECLE ,

ou CONSIDERATIO:SS SUR LEUR ÉTAT CIVIL ET POLITIQUE EN EUROPE ;

Suivies de la Notice biographique des Juifs anciens et modernes qui se tont illustrés dans les sciences et les arts; par M. Bail, ancien inspecteur aux revaes. Avec cette épigraphe :

« Jésus-Christ n'a pas dit : Mon sang lavera celui-ci et non » celui-là. Il est mort pour le Juif eX pour le Cientil, i>t il n'ti a TU dans tous le» liomtuas que de» frères. ■>

Chateacbbias» , Atala , p. ic6.

(Édit. de Paris, i8o5. )

Les nouvelles perse'cutions qu'e'proiivent les Juifs dans quelques \illes d'Allemagne ont sans doute inspiré à M. Bail le généreux dessein de plaider au tribunal de l'opinion publique la cause d'une nation éternellement malheureuse , étrangère dans les lieux mêmes auxquels elle devrait donner le doux nom de patine , haïe pendant long-temps pour des crimes imaginaires , et méprisée encore aujourd'hui par la lie du peuple pour des vices qu'ils partagent avec nous ou qui sont notre ouvrage. Cette apologie , écrite avec autant de sagesse que de logique , et ornée de plusieurs traits d'érudition, est d'un intérêt direct pour l'Allemagne ; mais elle n'a pour nous qu'un intérêt purement

34li OUVRAGhS DIVERS,

spéculatil , puisque la Charte assure aux Juifs les mêmes droits qu'aux autres citoyens, ou plutôt, ce qui est mieux encore , la Charte ne reconnaît plus de Juifs. Les bons espnts liront cependant avec plaisir le petit ouvrage de M. liail , et ils s'étonneront que , dans le dix-neuvième siècle , on soit obligé de proclamer ( t de confirmer des vérités si palpables et si grt)ssières, qu'elles font un peu honte au prétendu progrès des lumières et k la perfectibilité indéfinie. Il est bon d'observer aussi que la proscription des Juifs existe spécialement dans les villes allemandes qui se disent libres, et que cette b.vrbarie, digne du douzième siècle, est approuvée et légitimée par ces mêmes hommes qui nous disputent la supériorité en littérature et en philosophie. 11 y a une concordance admirable entre leurs idées libérales et leurs principes littéraires ; et ceux qui applaudissent avec transport, au théâtre , un furieux qui veut violer une reine condamnée à l'échafaud , ont pu écrire sur la p(jrte de leur ville : Déjensc aux Juifs et aua: cochons d'entrer ici.

Quels que soient leurs efforts, j'espère qu'on ne reverra plus brûler dc-s Juifs en cérémonie, pour la seule raison qu'ils sont Juifs, et le noble le plus entiché des droits féodaux, n'osera plus n'ciamer celui de colaphscr le Juif i\\vc un gantelet de fer.

Quand on se rap[)('lle toutes les avanies, toutes les infamies, tous les malheurs (|ue celte nation a soulferts dans tous les temps, on s étonne (]u'ell«'

Page 1