‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 4)Chapitre 37 sur 59 · DU SORT DK L HOMME · texte numérisé non relu

DU SORT DK L HOMME

compensations , et il ne l'a pas développée en huit volumes.

Je suis à l'abri, ce me semble, de tout soupçon de partialité en faveur de M. Azaïs, mais je ne suis pas exempt de justice tt d'égards. Je dois reconnaître que son nouveau livre , dont j'annonce la première partie , n'est pas moins bien écrit, moins curieux que les autres ouvrages du même auteur. J'annonce également que M. Azaïs érige son joli ermitage, rue Duguay-Trouin, n"3, en académie platonique ou socratique , en véritable Stoa^ sous lequel il se fera un plaisir de discuter le système universel avec les curieux qui viendront acheter ses livres. On trouvera le professeur de deux heures à quatre en hiver , et de six jusqu'à la nuit en été. Rien n'est plus agréable que la conversation de M. Azaïs; il parle de tout, et toujours bien; il supporte la contradiction avec une patience philosophique et une amabilité française ; il entend fort bien la plaisanterie ; et je sais tout cela par expérience. J'espère donc que les amateurs se perleront en foule dans le jardin du nouvel Académus; on lui doit cet empressement en compensation de ses travaux ; mais moi-même , quelle compensation donnerai-je à mes lecteurs pour cet énorme article sur les éternelles compensations .^

OUVRAGES DIVKRS.

Par ^1. le baron r,F. iMo?;vii.r.E , pair de France.

Hatons-nois fie faire cesser le vague et l'inccrlitiide qui résultent d'un titre si concis et si extraordinaire. C'est l'auteur même qui va s'expliquer un peu plus clairement : « Qu'est-ce que l'univers? C'est la matière et le mouvement dans leur généralité. Ouest-ce que la nature terrestre? C'est la matière et le mouvement sur noire planète. Peut-être qu'en raisonnant avec exactitude sur ces deux termes uniques , la matière et le mouçcrnent^ on trouverait les principes des corps. » M. de Monviile ajoute : « Je vais le tenter. » Le livre que j'annonce est donc le produit de cette tentative ; et l'on pressent déjà que l'ouvi'age , considéré dans son ensemble, est une nouvelle cosmogonie.

Mais voilà que j'ai déjà perdu les trois quarts de mes lecteurs : le peut-être avait paru piquant , et la sagacité de nos innombrables publicistes s'évertuait à pénétrer le sens de cette énigme. \^w peutêtre , prononcé par un pair de France , pouvait signifier bien des choses : peut-être aurons-nous la ;;;nerre... Eh! cela ne ferait pas mal; une bonne

petite guerre a son prix dans certaines circonstances ; peut-être la conversion se fera-t-elle ; qui sait ? on a aujourd'hui un tel mépris des richesses ! Peut-être la Russie va-t-elle se de'cider à poser le croissant sur la croix grecque ; pourquoi pas? il vaut bien mieux voir les Cosaques à Constantinople qu'à Paris. Non , ce n'est pas cela ; mais peut-être Mont-Rouge accouchera-t-il cette année. Diable ! ce ne serait pas d'une souris. Ah! j'y suis : peut-être le droit d'aînesse éprouvera-t-il quelque

échec dans la première Chambre Eh! non,

messieurs, je vous le répète, il s'agit d'une cosmogonie, et l'auteur s'occupe de ce qui se passait dans l'univers avant la création du monde. « La création ! s'écrie un mauvais plaisant ; est-il possible ? Il y a long-temps que je m'aperçois d'un mouvement rétrograde , mais je ne m'attendais pas à reculer jusqu'à la création. » Ecoulez donc : l'auteur veut^vous expliquer comment la création s'est faite, (c Adieu, me répond l'impatient, vous m'avertirez quand vous en serez au déluge.

Maintenant que mes auditeurs sont en petit nombre , je puis espéi'er un peu d'attention , mais on m'interrompt dès mon début, et on me demande ce que c'est qu'une cosmogonie ; est-ce un nouveau plan de finances ? Eh! non, mille fois non ; cosmogonie signifie science de la formation de l'univers. Epicure a imaginé les atomes crochus ; Leibnilz , les monades ; W^olff, l'être simple ; Buifon , les molécules organiques , et M. de Monville

a pensé que les molécules, principes de tous les corps de l'univers , étaient probablement des tétraèdres. — Tétraèdres! qu'est-ce que c'est que cela:' cela peut-il se négocier? — Oui , sans doute ; puisque tout ce qui existe est composé de tétraèdres ; les tétraèdres se donnent , se prennent , se louent, se vendent et s'acliètcnt. — Allons! puisque cela rapporte , j'écoute.

Les plus petits corps que nous voyons sur la terre sont encore des agglomérations d'une infinité de corps dont la petitesse échappe à toutes nos investigations. Leviwcnlioék comptait vingt-cinq mille facettes sur l'œil d'une mouche , et chacune de ces facettes serait encore une aire immense , si on la comparait à ce que nous nommons atome. La divisibilité de la matière eHraie l'imagination. Pascal dit que nous sommes placés entre deux infinis : si cela est rigoureusement vrai , il est aussi inutile de disputer sur l'atome que sur la grandeur de l'univers ; mais puisque Dieu a livré le monde à nos disputes , il nous a bien fallu partir d'un point fixe , et placer un nec plus ultra dans l'infini. Nous avons donc imaginé l'atome, être que nous ne pouvons saisir que par la pensée , et que nous supposons rigoureusement simple et insécable , mot qui est la traduction littérale àWitôinc.

On s'est moqué des atomes crochus d'Epicure, et l'on trouvait une contradiction dans ces deux termes, car l'atome étant une chose et le crochet une autre chose , la réunion des deux , ne pouvait

PEIT-ÈTRE. 365

pas constituer un être simple. Quelques esprits peu familiarise's avec la langue philosopliique , ne manqueraient pas de faire la même objection contre les tétraèdres de M. de Monville , et ils diraient qu'un prisme ayant des faces et des arêtes , il ne s'accorde pas avec l'idée que nous nous faisons d'un atome. Mais c'est une pure subtilité , car on peut en dire autant de l'atome globulaire. I.e plus petit globe qu'il soit possible de percevoir par le microscope de l'imagination , a ses grands et ses petits cercles comme la plus e'norme des sphères, et chacun de ses cercles a ses degrés , ses minutes et ses secondes ; nous sentons conséquemment la possibilité de diviser mentalement, en une infinité de parties, ce corps que nous déclarons indivisible. Ainsi, le mot atome, soit crochu, soit globulaire, soit tétraèdre, ne présente à l'esprit qu'un de ces concepts qui n'ont rien de réel , mais qui nous aident à concevoir les réalités , comme le point et la ligne mathématiques, dont la définition paraît absurde, nous conduisent cependant aux seules vérités que respecte le scepticisme.

On sent bien qu'un géomètre tel que M. de Monville n'est pas descendu jusqu'aux détails élémentaires et puérils dont j'ai rempli ce préambule; mais un journal parle à toutes les classes de lecteurs , et je n'ai pas voulu présenter les tétraèdres constructeurs de l'univers, sans leur donner un passeport qui s'adressât à tous les degrés d'instruction et d'intelligence.

L'auteur, après avoir expose les seize notions qui servent de base à son système , et après en avoir tiré des conséquentes qu'il nomme modestement hypothèses , commence son grand PEUT- ÊTRE par la dispersion générale de toute la matière de l'univers. Cette matière se compose de quatre espèces de tétraèdres qui , par les innombrables combinaisons , résultantes de leur jonction par les faces ou par les arèlcs , peuvent produire toutes les formes que l'on remarque dans les corps terrestres, et une infinité d'autres que l'on observerait vraisemblablement sur tous les corps célestes, si l'on pouvait s'y transporter.

Cette matière , d'abord dispersée dans l'espace infini, est mise en mouvement par l'auteur; et, rapprochée de manière à ce que l'attraction puisse agir sur les masses, elle gravite vers différcns centres qui deviennent des mondes, et elle forme, sous certaines conditions, les soleils, les planètes, les satellites , les comètes et tous les corps opaques ou lumineux que le créateur a répandus sans nombre dans un espace sans limites.

M. de Monville ne forme pas seulement des mondes avec ses quatre espèces de tétraèdres carbone, oxigène, azote et hydrogène, mais sur notre monde particulier, il en compose les montagnes , les terres, les eaux, les végétaux, les animaux et l'homme. Cette dernière création est la transition par laquelle l'auteur passe du monde physique au monde moral.

PEÎJT-ÊTEE. 3G7

Je ne me charge poin! d'expliquer au lecteur commenl le monde moral s'arrange avec les atomes prismatiques, et comment de l'arrangement des tétraèdres, il résulte des sensations, des perceptions, des idées, de l'intelligence, des affections , des passions, des vices et des vertus; il faudrait transcrire un grand nombre de pages, et peut-être l'ouvrage tout entier, pour faire concevoir la théorie de l'auteur. Tout ce que je puis dire ici, c'est que dans ce long enchaînement d'idées qui étonnent par leur nombre , leur profondeur et leur singularité , rien ne m'a paru choquer la vraisemblance raisonnablement exigible dans un système que l'on présente comme \\n peut-être. Et quoique la transition au monde moral ait souvent étonné ma faible intelligence , mon défaut de conception ne m'a pas empêché d'admirer les nuances ingénieuses par lesquelles l'auteur nous conduit de l'ordre végétal à l'ordre animal, et de celui-ci à l'ordre intellectuel.

Il est bien temps de placer ici une observation plus importante que mes doutes , mes critiques ou mes éloges. Cette géométrie créatrice, et ces tétraèdres qui s'organisent forcément selon les lois de la physique , feraient crier au matérialisme , et reculer d'horreur les dévots , qui , comme par enchantement, couvrent aujourd'hui toute la surface de la France. Je ne craindrais rien des hommes réellement et sincèrement religieux; ceux-ci ne jugent pas sans examen , et ne décident qu'avec

368 GIVRAGES DIVERS.

conviction. D'ailleurs, ils n'exploitciil pas la religion (onimc un moyen de forlunc, et ils ne calculent pas ce qu'ils peuvent gagner ou perdre à la hausse ou à la baisse de la pietc. Mais je redoute les dc'vots agioteurs et les dévots politiques; j'ai peur surtout de ces vieux jacobins, qui m'ont de'jà menace' jadis, et qui sont devenus si royalistes et si bons croyans, jusqu'à nouvel ordre. Ces anciens sectateurs de la déesse Raison , croiraient devoir soutenir le trône de Dieu attaqué par les tétraèdres. Quel danger, diraient-ils, si le peuple embrassait la doctrine du carbone, de l'oxigène, de l'hydrogène et de l'azote! Quelle horrible confusion, si nos maçons, nos terrassiers, nos forts de la halle , nos charbonniers , nos porte-faix et nos chiffonniers, s'avisaient de dire que la matière est inerte; que ses molécules s'attirent en raison directe des masses, et en raison inverse du carre des distances ; que la réaction est égale à l'action; que les corps s'arrangent entre eux, en raison composée de leur forme , de leur force attractive et de

leur force répulsive, etc etc ! On sait qu'ils

ont autrefois pris la Bastille , et crié : vwe la nation! parce qu'ils avaient lu le Lcn'afhanetle livre. (le CU-e , de Hobbes; le Tractatus theologlco-politlcus , de Spinosa; le Système de la JSntiire, de d'Holbach; les Lettres juives et les Lettres cabalisti<iues, du marquis d'Argens ; la J^cttre sur les Aveugles, de Diderot ; la Professionde foi du rrrn ire savoyard, de Ptousseau; et le Dictionnaire

PErT-tTEE. 3Gc)

philosophique , de Voltaire: Qu'arrîverail-il , bon Dieu , s'ils allaient encore lire que les mondes se forment par des te'traèdres? Le danger est imminent ; et il n'y a que les jésuites qui puissent protéger Dieu contre les atomes prismatiques de l'audacieux pair de France.

Je vous ai laissé dire, messieurs; mais quel sera votre désappointement, quand vous apprendrez que le livre de M. de Monville est complètement orlhodoxc, qu'il soumet tous ses tétraèdres et tous les mondes qui en sont formés, à cette grande intelligence qui conçoit tous les effets dans un nioyen^ tout l'avenir dans une décision. Loin d'être matérialiste , il produit de nouvelles preuves de l'existence de l'âme. En voici une qui n'est pas à dédaigner. « Les physiologistes soutiennent qu'aucune partie de notre corps n'est permanente ; qu'elles se dissolvent toutes, s'évaporent, se perdent ; qu'elles se renouvellent de malières empruntées; quelques-uns mettent à sept ans la durée d'un entier échange. Quel est donc le moi de l'homme ? Le moi est la continuité des idées, des sensations, des volontés, et le renouvellement de la machine même qui les exécute. Dans quelle matière du cçrps le plater physiquement , quand tout y change ? Le moi est donc métaphysique, w

Observons d'ailleurs que quand M. de Monville parvient à son livre YII, l'ouvrage n'est plus un peut-être , mais un traité affirmatif qui se distingue par les vues les plus sages et la morale la plus pure.

'.\-jO OLVUAGLS DIVERS.

Rejouisscz-vous cependant ; il a commis un grand crime , et vous pouvez le damner dans toute la sincérité de votre cœur, car il a cité et approuvé un rapport fait par ordre de la Chambre des Communes d'Anglelcrre , rapport duquel il résulte que les penchanset la conduite des enfans se sont considérablement améliorés depuis l'établissement de reiiseigncTncnt mutuel, et que la morale avait fait d'heureux progrès dans les dernières classes du peuple, depuis l'adoption pour les écoles des pauvres, du système de Bdl et de Lnncastre. Mon imparliaHté ne me permet pas de le justifier d'un pareil attentat au monopole de l'instruction publique.

Si cependant vous voulez encore le chicaner sur la chronologie de Moïse, car j'avoue que ses tétraèdres me paraissent avoir plus de six mille ans, rappelez- vous, je vous prie, que Buffon a trouvé grâce devant la Sorbonne , en expliquant dans ses JEpoques de la JSature , le véritable sens du mot hébreu bava , que nous traduisons par créer; rappelez-vous aussi que M. Cuvier n'a soulevé aucune haine pieuse , n'a encouru aucun reproche , lorsque d'après les preuves que lui ont fournies ses fouilles savantes , il a déclaré que l'Océan avait recouvert au moins deux fois, et vraisemblablement trois fols, le continent que nous habitons, et que ces révolutions physiques avaient été séparées l'une de l'autre par \n\ très-grand nombre de siècles. Ainsi, quoique l'homme soit bien jeune.

VOUS serez forcé d'avouer que les telraèdres sont bien vieux.

Je n'ai point les quallte's requises pour avoir le droit de faire des objections au système àvL peutêtre : c'est la tâche des ge'omctres ; mais j'ai souvent regrette' de ne pouvoir comprendre des démonstrations que l'auteur s'était cependant efforcé de rendre évidentes ; et quoicju'en proposant un doute , je coure le risque de découvrir toute mon ignorance , le désir d'apprendre quelque chose l'emporte en moi sur les craintes de mon amourpropre. Si je ne me suis point trompé sur la manière dont M. de Monville explique l'aggrégation des molécules, la din^eté ou la mollesse des corps, leur porosité ou leur densité, dépendraient de la manière dont les prismes tétraèdres se joignent l'un à l'autre ; et en effet , s'ils ne se touchent que parles arêtes , et si l'angle rentrant , lormé par l'écarlement des deux faces, est très-obtus, la porosité sera très-grande ; mais deux difficultés se présentent , et je commence par celle c[ue j'entends le mieux.

L'auteur ne me paraît assigner à la solidité des corps d'autre cause que l'attraction des molécules ou la gravitation. Or, je demande si une pareille cause peut produire un tel effet. Il faut que cette question soit bien ardue, puisqu'elle a beaucoup embarrassé un savant tel que M. de la Place , et qu'il la laisse en quelque sorte indécise. Je renvoie donc le lecteur au chapitre de V Exposition du sys-

372 OT VRAC.ES DlVi.r.S.

tème du Monde , inlilulë : HeJIenoions sur la loi de la pesanteur unkerselle. On y voira que mon doute n'est point déraisonnable.

Ce n'est pasiout : ilm'csl impossible d'accorder r infinie Aariélé que je remarque dans les formes des corps, avec la manière dont M. de Monvillc explique les agrégations moléculaires. Il admet quatre espèces d'atomes, mais ils sont tous des tétraèdres ; or, par cela seul , il me semble qu'ils doivent toujours se joindre par les mêmes points, c'est-à-dire par leur plus grand diamètre, puisque l'attraction agit en raison directe des masses ; ils devraient donc toujours produire les mêmes formes. Des atomes globulaires peuvent se joindre indifféremment par tel ou tel point de leur surface, puisque tous leurs rayons sont égaux, et que Taltraclion agit comme si toute leur masse était réunie à leur centre ; mais des tétraèdres doivent s'attirer par les points qui présentent la plus grande masse, et conséquemment par leur plus grand diamètre ; ils produiront donc toujours les même formes. Au reste, je donne cette observation pour ce qu'elle vaut , et je crains beaucoup qu'elle ne vaille pas grand chose.

En voici une autre peu importante, mais je la crois plus vraie. La première des seize notions sur lesquelles le système est fondé, est exprimée ainsi : « La matière est inerte , c'est-à-dire qu'elle résiste au mouvement. » ].e mot résiste lait supposer que l'inertie est une force , une action ; et en elfel.

PEUT-ETIVE. 070

a la page 336, l'auteur dit expressément; « L inertie est une force. » Je ne puis pas m' habituer à l'alliance de ces deux mots contradictoires. Je sais que Tondit coinmuni'ment la j or ce (T inertie, mais c'est une expression impropre ; le grand géomètre que j'ai cite' plus haut, ne s'en sert jamais; il dit : la loi d'inertie , et il re'serve le moi force pour le mouvement. L'inertie ne résiste à rien ; elle est complètement indifférente au mouvement et au repos. La matière ne pouvant se donner aucun mouvement à elle-même, est également incapable de détruire ou de diminuer celui qu'elle a reçu. Voilà ce qui explique l'égalité constante et la persistance dans les mouvemens des corps célestes ; voilà aussi ce qui a fait dire que la matière est inerte; mais rien n'autorise, à regarder cette qualité négative cçmmc une force.

Je pense aussi que l'auteur a donné une trop grande extension aux conséquences qu'il tire d'un fait particulier. Ayant observé que plusieurs rivières coulent sur la ligne de suture qui sépare des terres, des roches, des dépôts de différente nature, il semble vouloir en faire une règle générale, et il cite le Rhône, qui, au-dessous de Genève, sépare d'une manière tranchée , les rocbes granitiques de la Savoie, des masses calcaires du Jura. J'avoue que ces exemples sont nombreux , mais les exemples contraires ne le sont pas moins. Si M. de Monville avait descendu ce môme Rhône jusqu'à Beaucaire, il Tapirait vu souvent couler entre des roches

374 OUVRAGtS DIVKRS.

rt des ferres de niênie nature. Avant d'entrer à Thain , il aurait vu sur l'une et l'autre rive, des masses de granit rose semblable à celui des obélisques égyptiens que l'on trouve à P\ome. En sortant de \ iviers, il aurait navigue entre deux énormes masses calcaires, coupe'es à pic, hautes de plus de cent pieds , que le Rhône parait avoir séparées violemment , et qui offrent des deux côtes les mêmes strates, les mêmes lignes, les mêmes couleurs, et jusqu'aux mêmes taches. D'ailleurs , l'opinion de M. de Monville ferait supposer que les rivières coulent encore aujourd'hui dans les mêmes lits où elles coulaient à l'origine des choses. Il n'y a cependant rien de plus commun que d'entendre parler de l'ancien lit d'une rivière. On sait aussi que les fleuves rongent leurs rives, et presque toujours l'une plutôt que l'autre. Sans la digue de fascines que Strabourg entretient à grands frais , cette ville seraitdepuis long-temps sur la rive droite du Pihin. La ligne que suivent les fleuves n'est donc pas assez constante pour qu'on puisse en tirer une règle gêne'rale en géologie.

Je pourrais multiplier mes objections , mais comme ce ne &QYd\i peut- être qu'augmenter le nombre de mes erreurs, j'aime mieux terminer par un résume très-succinct des impressions que m'a fait éprouver la lecture de cet ouvrage.

Les premiers livres, tout hérissés de géomélrie, présenteront bleu des énigmes insolubles aux lecteurs peu savans, desquels je suis; mais ils s'en

PEUT -ETRE. 07 j

tireront comme je l'ai fait , en admettant toutes les propositions comme des démonstrations. Ils admireront ensuite la manière ingénieuse dont l'auteur a fait servir ses seize notions fondamentales à l'explication de tous les faits. Je leur promets beaucoup d'intérêt et même d'amusement , lorsque , parvenus au sixième livre , ils y verront l'application du système au règne végétal ; cette partie est remplie d'une foule d'observations curieuses, nouvelles et frappantes de vérité, ou au moins de vraisemblance. Je me suis écrié plus d'une fois : se non e vero , c ben trovato. Je me suis persuadé que ce livre est celui que l'auteur a écrit avec le plus de plaisir. Le septième livre enfin , qui est la partie physiologique , intellectuelle et morale de l'ouvrage, paraîtra se rattacher difficilement à la doctrine des tétraèdres, mais en le considérant comme un ouvrage indépendant du système , on reconnaîtra que M. de Monville s'y élève aux plus hautes leçons de la morale , aux conseils de la meilleure politique. Le chapitre intitulé de la Société, et notamment la page 2o5 , offrent des observations que les hommes puissans et les nobles seigneurs devraient médjter pour leur propre intérêt Mais, que dis-je ? Méditer et s'instruire,

c'est déroger, c'est se rapprocher de cette classe moyenne si odieuse ; fi donc ! je me rétracte , et je ne conseille cette lecture qu'aux cadets de famille.

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