RECHERCHES
SUR l'analogie de la musique avec les arts qui
ONT POUR OBJET l'iMITATION DU LANGAGE , POUR SERVIR d'introduction A l'ÉTUDE DES PRINCIPES NATURELS DE CET ART ;
Par G.-A.. Villoteau, Membre de plusieurs Socie'te's savantes, etc.
Il est des ouvrages qui nous inspirent unegrande estime pour leurs auteurs, lors même que nous n'admettons pas tous les principes qu'ils y e'tablissent : tel est celui de M. Villoteau sur l'analogie de la musique avec le langage.
N'e'tant point musicien , je ne parlerai point ici au nom de mes collaborateurs , auxquels je ne veux pas qu'on attribue les erreurs dans lesquelles je puis tomber: je dirai donc franchement, ^z^owmculo , tout ce que je pense de cet ouvrage , sur les principes duquel je puis me méprendre , mais où je suis sûr au moins d'avoir trouvé d'excellentes vues, des réflexions sages et profondes, et une très-vaste érudition. Si l'auteur s'était exclusivement appliqué à la partie technique de l'art musical , je me garderais bien d'examiner son livre, et
je n'aurais pas la ridicule pre'tention <lr vouloir apprécier ; mais l'application de la musique au langage est de nature à être jugée par tout le monde, soit dans ses préceptes, soit dans sa pratique. D'ailleurs, M. Villoteau parle autant aux littérateurs qu'aux musiciens, et il prouve que les écrits en tout genre des auteurs anciens et modernes lui sont aussi bien connus que les compositions musicales de nos maîtres.
Cet ouvrage se divise en quatre parties, dont la première traite de V^ri musical considéré dans ses rappoiis les plus directs et les plus naturels avec le langage et les mœurs ; la seconde , de la Musique considérée sous le rapport de l'art, depuis la première époque de sa dépravation^ chez les Grecs, jusqu 'au temps oii elle nous est parvenue ; la troisième , de Vétat moderne de la Musique en Europe , et des moyens qui peuvent le plus contribuer à sa perfection ; et la quatrième est une confirmation de la troisième , comme la seconde est le complément et la preuve de la première.
Je crois devoir, avant tout, avertir mes lecteurs qu'il ne trouveront point dans ce livre un traité d'hannonie, ni des leçons de composition; qu'il n'a point été fait dans l'intention d'établir la prééminence d'une école sur les autres. Ce n'est point un écrit polémique , dans le genre de ceux qui ont été publiés pour ou contre Rameau , Gluck , Pic- < ini : ])our ou contre la musique Irançaise , italienne ou allemande ; l'auteur s'y. occupe princi-
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paiement de la partie poétique oude'clamatoirede cet art , dont il suit pas à pas les destinées , les usages , les effets et les révolutions , depuis les temps mythologiques jusqu'à l'époque où nous lui avons donné une autre direction et d'autres principes. La partie technique de l'art ne paraît dans cet ouvrage que relativement à Guy d'Arezzo, qui , selon l'auteur, a corrompu le système musical des Grecs , pour lui en substituer un contraire à la nature , faux dans ses principes , et funeste à l'art dans ses conséquences. Le livre entier pourrait même se diviser en deux parties , dont la première comprendrait la musique des anciens , et la seconde traiterait de la dépravation de cette même musique , depuis Guy d'Arezzo jusqu'à nous.
Le résultat de cet ouvrage est donc de nous démontrer que la musique des anciens était infiniment préférable à la nôtre ; et si M. Villoteau n'a pas poussé les preuves de son opinion jusqu'à la démonstration absolue , il faut avouer que ses immenses recherches, ses raisonnemens pleins de logique,^ sesnpmbreusescitations, doivent aumoins faire entrer le doute dans l'âme des plus intrépides partisans des modernes et des plus audacieux détracteurs de l'antiquité. On se tromperait néanmoins si, d'après cet énoncé, l'on pensait que l'auteur ait eu le secret dessein de déprécier la musique moderne ; il avoue , au contraire , que dans la pratique de cet art, et dans les recherches d'harmonie , nous avons fait de véritables progrès; mais
il démontre fort bien que ces progrès, même dans l'harmonie et la pratique, ont puissamment contribue à corrompre et à détruire la pureté originelle, la noblesse et le véritable empire de la musique qui, de science politique, morale et utile au bonheur de la société, n'est devenu qu'un art de pur agrément. Il n'est chez les Grecs et les Latins , philosophe, historien, orateur ou poète que M. Yilloleau n'ait consulté ; il n'est chez les modernes aucun auteur dont il n'ait examiné les opinions sur la musique.
Ces recherches donnent lieu à une foule de citations, dont on ne suspectera pas l'exactitude quand on apprendra qu'il transcrit presque toujours le texte des auteurs , dont il rapporte et discute , quand il en est besoin, les diverses traductions et interprétations. Sous ce rapport, on peut considérer son ouvrage comme l'encyclopédie de tout ce qui a été dit sur la partie didactique de la musique. On est peut-être encore plus étonné que satisfait de la vaste érudition de l'auteur; et je ne puis dissimuler qu'elle va quelquefois jusqu'au luxe et à la profusion. Par exemple , n'est-il pas fâcheux pour M. Yilloteau de se rencontrer avec Mathanasius dans les nombreuses citations qu'il emploie pour nous prouver que le nombre /rois était un nondjre de pn-dilcction, et en quelque sorte sacré chez les anciens ? A cet égard même le livre de M. Yilloteau l'emporte sur le Chef -d'ŒiiuTe d'un inronnii ; ce qui ferait < roirc que tout auteur a
d'abord le secret de'slr de montrer ce qu'il sait avant de chercher à prouver quelque chose. Je suis loin de lui reprocher les longs passages , en vers ou en prose, grecs ou lalins, qu'il rapporte fidèlement cl fréquemment : ils étaient pour la plupart nécessaires à l'établissement et à la preuve de son système ; mais les phrases en caractères arabes, les mots écrits en nubien , en syriaque ou en chinois , étaient-ils bien utiles , ou plutôt ne sont-ils pas un peu trop ambitieux ? Mon observation décèle peut-être aussi mon ignorance absolue des langues orientales ; mais je n'ai nullement le projet de la dissimuler. Ce n'est point cette ignorance qui me fait blâmer l'abus de Férudition , c'est la certitude où je suis que la plupart des musiciens n'en savent pas plus que moi là-dessus ; qu'il en est même un assez petit nombre qui sache le grec et le latin ; et que quand on a le projet de les instruire , on ferait tout aussi bien de leur parler français. Quoi qu'il en soit , l'excès d'érudition ne peut être placé que parmi les beaux défauts; et les auteurs qui l'évitent prennent plus souvent conseil de leur indigence que de leur modération. Je suis moi-même dans ce cas ; et si la langue arabe m'était connue, j'aurais peut-être trouvé bon qu'on parlât arabe aux musiciens français.
L'impossibilité où je suis d'embrasser tout le plan de l'auteur, m'oblige à examiner en détail quelques-unes de ses considérations. En voulant démontrer la supériorité de la musique ancienne
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sur la n(')lrc, M. \illolcau s'applique à dclruire deux préjuges , dont le dernier est la cause la plus puissante de la décadence de cet art. Le premier de ces préjuges est que la musique n'était que dans son enfance chez les Grecs, et qu'elle n'y a fait que de faibles progrès. L'auteur appelle en témoignage tous les écrivains de l'antiquité , pour nous prouver que dans les premiers temps la musique a été intimement unie au langage ; que la langue inarticulée a été long-temps le seul moyen qu'eussent les hommes pour se communiquer leurs idées et leurs sentimens ; que l'invention de la langue articulée , des mots et de l'écriture , a fait peu à peu négliger la langue des sons et des acccns ; que néanmoins ce premier langage de la nature s'est conservé dans les solennités, dans l'expression des sentimens vifs et des passions ; que les anciennes langues sont celles qui ont le plus d'analogie avec celte musique naturelle ; que les premières traditions ont été orales et musicales; que les lois, les discoui's , les récits des faits mémorables , ont d'abord été exprimés en chant ; que les Egyptiens ont transmis cet usage aux Grecs ; que chez ce dernier peuple la musique n'a dégénéré que quand elle a été réduite en art séparé du langage , et que même alors elle fondait sa puissance sur le charme de sa mélodie , sur son rhythme , et sur la parfaite expression de la poésie, qui «-tait toujours unie à la musique. C'est dans l'ouvrage même qu'il faut chercher les preuves tle celle assertion.
Avant queM.Villoteaupubliâtscs savantes recherches, je ne pouvais me persuader qu'un peuple qui a porte les arts et les lettres à un si haut point de perfection , fût resté ignorant ou barbare dans celui de tous les arts qui a le plus de charmes , et que ce peuple aimait avec passion. Ce n'est pas que j'aie jamais ajoute' foi aux exage'rations des histonens, et aux prodiges ope're's par le seul pouvoir de la musique ; mais les Grecs , dont le goût c'tait si de'licat , n'ont pu se contenter d'une musique grossière , quand ils avaient une langue si parfaite et si musicale ; et des hommes qui ont connu le beau et le bon dans tous les genres, n'ont pu être musiciens pendant des siècles , sans devenir de très-bons musiciens. J'e'tais donc très-dispose' à me laisser persuader par les raisonnemens de M. Villoteau ; et il les accompagne de preuves si nombreuses et si claires , que si l'on peut douter encore en le lisant, on. ne peut plus du moins lui rien contester.
L'autre pre'jugé , si funeste aux progrès de la musique , et que l'auteur croit ge'néralement re'paridu , consiste dans cette opinion : Que la musique n'est que ï art de combiner des sons d'une manière agréable à l oreille; qu'elle n'a aucun rapport avec le langage, et qu 'elle n 'exprime rien.
M. Villoteau combat fortement cette pre'vention, et son érudition prête une grande force à sa logique pour défendre les prérogatives de son art. Je crois cependant que ce préjugé n'est pas aussi
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gênerai qu'il le pense. Il est très-vrai que la musique par elle-même a un grand charme , qu'elle peut produire de grands effets sans le secours de la poésie ; mais personne , je crois , ne soutiendra qu'elle a moins de puissance quand elle est unie à de beaux vers , et qu'elle ne prête pas plus de sentiment , plus de grâce et plus de force à leur expression. Quelques musiciens auront pu accuser la musique d'impuissance, pour déguiser ou excuser leur propre faiblesse: mais ceux-là même seront les premiers à blâmer toute musique dramatique , où la prosodie et l'expression auront été négligées. Cet ouvrage , dont je n'ai pu donner qu'une idée très-imparfaite , n'est point exclusivement destiné aux musiciens : il est intelligible et instructif pour ceux mêmes qui ignorent absolument la musique. (]et art ne s'y présente que dans ses rapports avec la poésie , les lettres et le langage. La partie didactique y est traitée d'une manière si claire et si naturelle, que le lecteur y oublie, en quelque sorte , la science , pour n'y voir que des raisonnemens appréciables par tous les esprits. Le style, toujours simple et d'une extrême clarté , a plus d'élégance qu'on ne s'attend à en trouver dans un ouvrage didactique, et Ton est étonné d'avoir fait un cours de littérature ancienne et moderne dans un livre dont la musique est le principal objet. Cette érudition, conmie je l'ai observé, est un peu trop libéralement répandue ; mais c'est un reproche que la critique a rarement l'occasion de laire dans ce
temps OÙ la plupart des auteurs ne se donnent pas la peine de lire, et veulent cependant être lus.
Après avoir parlé de la musique des Grecs, et démontre qu'elle faisait partie nécessaire de l'éducation; après avoir prouvé qu'elle était intimement liée aux institutions politiques et religieuses , au langage , à la poésie et à l'art oratoire , M. Yilloteau examine le système musical de Guy d'Arezzo , qui, selon lui , n'a fait que corrompre celui des Grecs , et a influé malheureusement sur le système que nous adoptons aujourd'hui. Les erreurs de Guy d'Arezzo proviennent , dit-il , de ce qu'il n'a jamais bien compris le système musical des Grecs , ni les lois sur lesquelles il était établi ; et de ce qu'il n'a pas découvert le principe sur lequel il était fondé, c'est-à-dire, celui de la progression triple, qui est le même que celui de la génération harmonique , produite par la résonnance naturelle des corps sonores, considérée en sens inverse. De c^tte partie, clairement et savamment traitée par l'auteur, il résulte que notre gamme diatonique ne correspond point aux deux tétracordes conjoints des Grecs ; qu'elle est vicieuse en ce qu'elle renferme trois tons pleins consécutifs àefa à 5/, ce qui ne se rencontre jamais dans une série naturelle de sons diatoniques; que le limma et l'apotome des Grecs sont faussement représentés par notre demi -ton mineur et majeur; que six tons pleins excèdent la longueur de l'octave naturelle, et l'excèdent bien plus encore, si l'on suppose que les deux demi-tons diatoniques
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de la gamme sont deux demi-tons majeurs : il résulte enfin qu'en prenant Vut de notre gamme pourpoint de départ d'une génération harmonique de sept sons, c'est-à-dire, de sept douzièmes ascendantes, et en comparant le terme de cette progression avec celui de la progression triple , on n'obtient pas naturellement la série ut , ré , mi , fa , sol , la , si , ut , mais celle-ci : ut , ré , mi , fa dièze , sol, la, si, ut. L'auteur fait la même démonstration pour la progression de douzièmes descendantes , et cette double expérience décèle le vice de notre gamme , dont les intervalles ne se retrouvent pas dans le même ordre après la progression , tandis que dans l'eptacorde grec cette même progression n'altère pas ou n'intervertit pas les intervalles.
M. Yilloteau n'attaque pas seulement le principe de notre gamme , mais il blâme même le choix des syllabes ddnt Guy d'Arezzo s'est servi pour solfier. Ces syllabes, prises de l'hymne de saint Jean , lui paraissent peu sonores , sourdes pour la plupart , et même anti-musicales : les trois premières , ut , ré, mi, rendent un son maigre sur les trois notes les plus graves de la gamme ; tandis que fa , sol , la, donnent un son plein et grave pour trois notes plus ai£;uës ; ce défaut cependant serait de peu d'importance , si elles n'en avaient pas un plus essentiel : c'est celui de n'indiquer par la manière dont on les prononce , ni leur place , ni leur intervalle. l^es Grecs, au contraire, avaient choisi, pour sol-
fier, les quatre syllabes la, le, 1o, té, qui, alfecte'es de l'accent grave ou aigu, indiquaient par la seule prononciation l'étendue de l'intervalle qui les séparait ; tandis que les notes ut , ré , mi , séparées par deux tons pleins , ne diffèrent en rien , pour la prononciation , de mi , fa , et de si , ut , qui ne sont séparés que par un demi -ton diatonique.
On sent bien que je n'ai pu renfermer cette discussion dans quelques lignes , d'une manière satisfaisante , ni même fort intelligible : c'est donc dans l'ouvrage qu'il faut chercher la solution des nombreuses difficultés que présente le cadre trop resserré d'un article. Je puis cependant affirmer que M. Villoteau a été aussi clair dans ses démonstrations que je le suis peu dans l'analyse. Il termine son examen du système musical des modernes , par cette réflexion : « Un jour on aura peine à '> concevoir que l'usage que nous avons con- » tracté de notre gamme en deux modes diffé- » rens, nous fait rendue assez familière pour qu'elle » nous paraisse tout aussi juste , tout aussi natu- » relie et aussi facile à entonner que l'eptacorde » des anciens ; mais alors on ne voudra jamais se » persuader qu'il se soit trouvé parmi nous des » personnes assez mal prévenues par leur oreille , >' et assez mal servies par leur raison , pour regar- » der cette gamme de Guy d' Arezzo comme la série » des sons la plus naturelle. »
En parlant de notre musique moderne , M. Villoteau lui reproche surtout les laborieuses recher-
ches d'harmonie de quelques compositeurs, et les frivoles ornemcns que les chanteurs introduisent dans la mélodie, défauts qui concourent à détruire de plus en plus l'analogie de la musique avec le langage et r expression sans laquelle la musique n'est plus , con)me le pensent plusieurs personnes, que lart de combiner des sons d'une manière agréable a Vorcille. On peut appliquer aux uns ce que disait Corinne à Pindare qui avait fait abus de la mythologie dans une pièce de vers : « Quand » je vous dis de semer avec la main , vous renversez » le sac dès les premiers pas. » On peut également appliquer aux autres cette phrase de J.-J. Rousseau : « En quittant l'accent oral et s' attachant aux » seules institutions harmoniques, la musique de- » vient plus bruyante à l'oreille et moins douce au » cœur : elle a cessé déparier, bicniôt elle ne chan- » teraplus. » C'est au public à juger à quel point cette prophétie de Rousseau s'est vérifiée.
La quatrième partie de cet ouvrage rentre dans le cercle des deux premières, et en est en quelque sorte la confirmation ; l'auteur y rapporte toutes les opinions qui nous ont été transmises sur l'origine de la musique, et les témoignages des monumens et de l'histoire sur la haute antiquité de cet art. Toute cette partie est aussi agréable qn instructive, etM. Yilloteauy est autre ( hose que musicien; enfm le résumé de ce livre peut s'exprimer en ce peu de mots : Que la musique des anciens était très-supérieure à la nôtre par sa nature, son ins-
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titution , ses usages et ses effets; et que la seule manière de la perieclioniier chez nous, serait d'en rectifier le [)rin(ipe altère par Guy d'Arezzo, de rétahlir-l'analogie de la musique avec le langage, et de s'attacher à Tcxprcssion du discours , des passions et des scnlimens , plutôt qu'aux calculs harmoniques, et au luxe puéril qui dénature la mélodie. Telles sont les opinions de M. Vilioteau. Mon ignorance en cette matière m'empêche de leur assigner une valeur positive : c'est aux savans à les appre'cier , en supposant toutelois qu'ils seront exempts de pic jugé et de prévention ; car dans ce cas l'ignorjince serait peut-être préférable à la science même. Je ne me permettrai qci deux observ:!' us cjui n'ont par. la musique pour objet imii; naî. Ln preniière porte sur le mot miUire que i'rl. YiiK)}eau eiiîpjfoie souvent pour nousindiqiicr le mcilieur guide à suivre dans tous les arts d'imitation. J'ai si souvent entendu pailler de la nature, et dans des sens si opposés', qu'en vérité je ne sais plus ce que ce mot signifie ; il est devenu tellement vague que chacun se l'attribue et lui donne une acception ad libiturn . T)'abord, savonsnous bien ce que c'est que la nature? Devons-nous dans les aris suivre la nature même , ou l'idée que nous nous en faisons? La musique de la nature convient-elle bien à riiomuie de la société, ou plutôt la société n'est-elle pas sa véritable nature ? Les dissonnances sont dans la nature comme les consonnances ; c'est la nalure qui a donné un cri au
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hibou comme un ramage au rossignol. Les chant» que les compagnons de Gook ont entendu dans les archipels de la mer du Sud , étaient les chants de la nature ; et la nature sans doute avait donne un commencement d'harmonie aux sauvages qui firent entendre à M. de Lapc'rouse des duos chantés à la tierce, au S']" degré de latitude nord, dans TAmcrique occidentale. Nous attribuerons toujours à la nature ce qu'une longue habitude nous a rendu naturel. Je crois donc ce mot trop vague pour être admis dans un précepte,; et quand vous direz à un musicien : Suivez la nature , il croira vous obéir en suivant ses habitudes, ses erreuis et ses préjugés.
]\ïa seconde obscnation a pour objet une note détaillée où M. Yilloteau prétend que la langue française a de grands avantages , pour la musique , sur les langues fortement accentuées. Je suis fâché d'chc d'un avis tout-à-fait opposé au sien. Dans notre poésie , les syllabes se comptent et ne se pèsent pas. La voyelle la plus brève , comme \e muet , y a sa valeur métrique , comme l'accent circonflexe qui produit le son le plus prolongé. Chez nous , la quantité des brèves et des longues n est pas fixée dans la versification , et tel vers contient huit syllabes brèves , tandis que le vers correspondant n'en a que quatre; notre prosodie enfui et notre quantité nQ sont d'aucune utilité à notre poésie. Chez les Grecs, au contraire , et chez les Latins, la place de la longue et de la brève est tixée : le musicien , qui a chanté le premier vers d'un
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morceau lyrique , est sûr de rencontrer les mêmes valeurs dans le même ordre jusqu'à la fm du morceau ; et dans les vers hexamètres même , dont les quatre premiers pieds sont à volonté' spondées ou dactyles , si le musicien ne trouve pas la même quantité de syllabes, il retrouve au moins les mêmes valeurs et les mêmes repos , puisque le dactyle équivaut aux spondées , comme une noire et deux croches équivalent à deux noires.