‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 4)Chapitre 42 sur 59 · TRAITÉ DU MÉLODRAME · texte numérisé non relu

TRAITÉ DU MÉLODRAME

Par MM. A! A! A!

Les chefs - d'œuvre ont toujoui's prëcëdé les tUéories. Eschyle, Sophocle, Euripide avaient illustre' le théâtre grec avant que le pre'cepteiir d'Alexandre s'avisât de prescrire des règles à la trage'die ; tardive et inutile poétique, puisqu'elle a fait naître des ouvrages infe'rieurs à ceux que le génie sans règles et sans frein avait produits par sa seule inspiration.

Il en est demêmedu mélodrame: long-temps avant que M. Placide, de l'Athénée de Gonesse, composât son art poétique du mélodrame, et que MM. A! A ! de Paris , en écrivissent le traité, ex professa ,

les Cuvelier, les Pixérécourt, les Caigniez, etc

avaient brillé d'un incroyable éclat sur le boulevard du Temple , fait crever de jalousie les Shakespeanens de Londres, et confirmé par d'immortelles productions les savantes théories des Sismondi et des Schlegel. Ah ! si Charles Perrault pouvait revivre, quel triomphe n'obliendrait-il pas sur l'exact et froid Despréaux! Les anciens oseraient-ils encore le disputer aux modernes ? Quelle recrue ces derniers n'ont -ils pas faite! Que diraient les

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hommes à la chlamyde ou à la toge, quand ils verraient dans nos rangs les Loisel, les Plancher, les Coffin, les Servière, IcsDelorme, IcsPompigny, les Frédéric, les Corse, les Ribié , les Bernos,les Hubert , les Boirie , les Dorvo , les Augustin , les Charrin, les Lcgros, les Legras, les Leroi, les Le Comte, les Simonin, les Lamey, les Camaille, et cinq cents autres tout aussi connus, divise's en deux phalanges , et commandés par le Corneille et le Racine des boulevards? A la vérité j'ignore les titres de ces beaux esprits, mais M. Placide les déclare grands hommes. MM. A ! A ! sont en extase devant leurs chefs-d'œuvre, et je me soumets avec orgueil à ces deux grandes autorités. Je dois ccpendrnt faire une observation très-importante: c'est que chez nous, c'est l'Horace ou le Boileau du mélodrame qui en a précédé l'Aristote, et M. Placide de Gonesse, de l'académie d'Argenteuil, avait publié son poëme huit ans avant que MM. A! A! traçassent en prose la route qui conduit à la gloire. (^e dernier ouvrage est bien plus étendu , bien plus fécond en excellens préceptes que le poëme de Gonesse; mais le poëme renferme un vers qui seul l'emporte sur toute la prose des nouveaux commentateurs. yVhî si nos finances étaient en meilleur état, je présenterais une pétition tendante à obtenir l'érection d'un monument qui attesterait chez nos derniers neveux le progrès des lumières et la perfectibilité de l'esprit humain. Ce monument, œre pcrennius ^ ferait voir le dieu du mélo-

drame posant un pied sur la tragédie , et l'autre sur la comédie, prosterne'es et tremblantes; et le dieu tiendrait, au lieu de sceptre, un rouleau sur lequel serait gravé ce vers admirable :

Je n'écris que pour ceux qui ne savent pas lire.

Maintenant que j'ai élevé moi-même un monument à la gloire de M. Placide , en citant son beau vers , je vais m' occuper de la prose de MM. A! A ! Le mélodrame appartient à notre grand siècle , et surtout à notre aimable révolution. Le Pygmalion de Rousseau ne prouve rien contre cette assertion, quoiqu'il ait porté le titre fastueux de mélodrame. MM. A! A! prétendent que Diderot et Mercier avaient pressenti ce beau genre : mais nos yeux sans doute n'étaient pas encore en état de supporter un pareil éclat. Je vais plus loin , et m'.engage à prouver que Diderot , Mercier et Sedaine , sont les grands-pères du mélodrame , puisqu'ils ont créé le drame , qui est incontestablement le père des chefs-d.'œuvre du boulevard. Prenez tous les drames de la Comédie Française , traduisezles en langage des halles , placez une ritournelle à chaque entrée et chaque sortie , vous aurez d'assez bons mélodrames, et le théâtre de Molière pourra soutenir la concurrence avec celui des Pixérécourt et des Gaigniez. L'opération sera plus facile sur un grand nombre d'ouvrages du théâtre Feydeau. D'abord , ils sont déjà plus près du beau idéal , et le traducteur n'aura souvent qu'à transcrire. Si

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l'on doute de cette heureuse analogie qui existe entre le drame et le mélodrame, il me suffira de rapporter une affiche écrite en vers, que j'ai copic'e il y a trente ans. La voici :

Drame nouveau : La terreur y domine.

Acte premier : La guerre et ses fureurs. Acte second : La peste et ses horreurs. Dans le suivant j'ai placé la famine^ Le quatrième est d'un effet très-beau; Au bruit affreux du tormerre qui gronde , Le genre humain descend dans le tombeau ; Le dénouement sera la fin du monde.

Certes, voilà un assez bel avant-coureur des merveilles des boulvards. J'avoue cependant que nos grands hommes ont fait d'immenses progrès : l'admission des chiens , des corbeaux et des pies ouvre une vaste carrière aux nouveaux mèlodramaturges : autrefois nous n'avions pas assez d'esprit pour en donner aux bètes ; mais comme l'observent très-bien MM. A! A ! , grâces aux lumières du siècle , les bètes ne nous choquent plus.

Selon le nouvel Aristote , V imite de. lien doit être resserrée dans une des quatre parties du Monde : pourquoi mettre des entraves au génie :* Le globe lui-même est un espace trop étroit. D'ailleurs, on passe d'Espagne en Afrique, et d'Alrique en Asie, en moins de temps qu'il n'en faut pour aller de Paris àPontoîse : ainsi la géographie, connne la raison , veut que le m('lodrame ait ses coudées franches. Prescrivez des llmiles au genre

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ennuyeux , soit; il ne peut jamais être trop circonscrit. Que dans Ja tragédie et la comédie le lieu de la scène soit proportionné au petit nombre de spectateurs qui aiment encore le vieux Corneille et le bouffon Molière , cela est fort raisonnable ; mais quand le nom des Cuvelier et des Caigniez s'est répandu sur toute la surface de la terre, laissez au moins à leur génie autant de place qu'en occupe leur réputation.

Les chapitres qui traitent du niais et du tyran, du chevalier de V innocence^ et de V innocence persécutée, sont écrits de main de maître, et ne laissent pas de prise à la critique. Celui àw. fantôme est encore au-dessus ; mais rien n'approche de celui où notre Aristote s'occupe de la philosophie du mélodrame. Les maximes que je vais citer et qui sont sorties des cerveaux romantiques, prouveront assez que je ne fais point ici un article de complaisance :

« L'oreiller du remords est rembowré d'épincy. » Quelle image!

« La reconnaissance est un registre à partie double. » Quelle profondeur !

» La modestie est un des coupons de la vertu. » Quelle justesse !

« La noirceur du crime ne peut être effacée que .par le saçon du repentir. » Naïveté sublime!

« Le soleil est un éternel réverbère. » Quelle vérité grande et noble !

« Le noyau de V espace ne peut être cassé que

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par le marteau de V hypothèse. » Je n'ai point d'expressions pour louer celui-ci. ^

« Xf sentiment est la soupape de Vâme. »

De tous cesadinlrablos apoplithcguics, c'est sans contredit le dernier qui l'emporte. INi Condillac , ni Cabanis, ni les médecins mecanico-chimistes, n'ont rien dit de pareil sur l'alliance du physique et du moral.

N'allez pas croire cependant que ces grands hommes prodiguent les sentences comme l'auteur de Zaïre et de Mahomet. Ils se gardent bien de ressembler à Vollaire. Chez eux les maximes ne paraissent que quand elles soulèvent la soupape de tâme, et sortent pour ainsi dire maigre' le personnage. Voulez-vous du passionné, du concentré, du suffoquant^ lisez les lignes suivantes:

« Oui!!.. Non!!! Mais... Non, non!!!! Se peut-il? » Quoi!... Grands dieux!! Malheureux, qu'ai -je « fait???? Barbare!!!!!!.,. Helas!... Jour affreux !... » O nuit épouvantable!!... Ah! que je souffre!!!.. w Mourons !!! Je me meurs.... Je suis mort!!! Aye, » ay, aie !!! » Eh bien ! vous admirez ? Eh ! que seraisce donc si , par négligence ou par envie, je n'avais pas supprimé trente ou quarante points d'excla- •mation? Mais voilà les journalistes! ils altèrent, ils décolorent, ils fléirissent les plus belles choses.

Si le savon de mon repentir peut elfacer la noirceur de ce crime, je promets d'être plus fidèle dans la transcription du passage suivant, qui est extrait de l'un de nos chefs-d'œuvre.

« I)es coups de sabre , pi( ! pif! pif! Des coups » de pistolet, pan! pan! pan! Des morts ! poui ! « pouf! pouf! »

Je crois voir, je crois entendre , je crois sentir la poudre et le carnage. Ah! si l'auteur avait pu faire entrer le paf ! paf ! paf ! dans cette belle tirade , nous aurions un magnifique exemple d'onomatopée.

Il s'en laul bien que je sois aussi content du cha-. pitre âvs com^enances. Notre Aristote n'est pas encore à la hauteur des grands principes, fondes sur la rigoureuse observation de la nature. Règle ge'neral(>, tout ce qui est naturel est beau MM. A! A! paraissent avoir méconnu cet axiome qui a c(c la loi des Mercier, des llelii de la Bretonne, desSedaine et consorts. Ils défendent par exemple, au tyran du mélodrame, de porter des lunettes, et de paraître en robe de chambre et en bonnet de nuit. Yieux préjugés! misérable contrainte ! La nature avant tout, messieurs! Le tyran n'est-il pas le plus défiant, le plus soupçonneux des hommes.'' N'estil pas exposé à mille dangers ? Il ne saurait donc y voir trop clair. La prohibition du bonnet de nuit n'est pas plus raisonnable. Un tyran ne dort pas, mais il se couche, il a donc un bonnet de nuit. Ah! n'est-ce pas dans la nuit même qu'il médite les plus noirs forfaits? Le bonnet de nuit est donc le témoin, le compagnon inséparable de la tyrannie. Je ne crains pas de l'alfirmer: le premier tyran qui paraîtra sur la scène avec le bonnet et les lunettes, abattra bien des préjugés littéraires. Ces

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professeurs veulent aussi lui inlcrdirc la perruque : ils ne savent donc pas que la perruque des Euménides joua le plus grand rôle dans une tragc'die d'Esrhyle? Ils veulent encore que Y anioiurjise ait toutes ses dents, comme si l'amour y voyait clair; comme si ses flèches ne tombaient pas au hasard sur les bouches sans dents et sur les plus beaux râteliers. Il me semble voir sourire les Schlegel et leurs disciples: Ces pauvres Français, diront-ils, veulent toujours des entraves, des chaînes, des barrières et des règles.

Il me reste encore une observation critique, et il m'en coule, car les rouveaux professeurs ont du bon ; mais la vérité l'emporte. En faisant le portrait du plus grand mtModramaturge qu'ils nomment ^/^ «//i^'^/e /'/'m/72or/ât/f/é'', nos Arislotes ont la maladresse de le comparera un sapin. Ils ont voulu dire sans doute qu'il surpasse ses rivaux comme le sapin domine les arbustes de la forêt ; ils ont peut-être songe' à l'épitliète de tragicoiafos donnée à Euripide. Mais les amateurs de mélodrame méprisent les figures de rhétorique ; ils donnent le nom de sapin à un fiacre , et il serait dur d'insinuer que le sapin du mélodrame est le fiacre de la littérature.

Je vais examiner le mélodrame et les autres productions dramatiques sous un rapport plus sérieux; et laissant de coté les bonnes ou mauvaises plaisanteries auxquelles le genre romantique a donné lieu , je m'occuperai de l'influence fâcheuse que le

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mélodrame exerce sur les iheâlres de la capitale et des provinces.

Ce géant ridicule a envahi tous les théâtres de la province, il en a chassé les auteurs dont la France s'honore , et les chefs-d'œuvre qui ont élevé si haut notre gloire littéraire. Dans cjuelques années, lesdéparlemens connaîtront mieux Caldéron et Schiller que Corneille , Molière et Piacine. La tragédie et la comédie n'existent plus que dans quelques villes en très-petit nombre; elles y sont méprisées parce qu'elles sont mauvaises, et deviennent tous les jours plus mauvaises, parce qu'elles sont méprisées. Par les lois de l'affmité, le bonnet d'un niais attire partout la foule , tandis que la bonne comédie, mal payée , mal jouée , repousse même les hommes de goût , qui finissent par suivre la foule et se laissent entraîner par les sots.

On sera peut-être étonné de m'entendre dire que la capitale en souffre encore plus que les provinces; mais avant de décider, que l'on pèse les considérations suivantes : autrefois la province était une pépinière d'acteurs où le Théâtre Français prenait des sujets déjà élevés, et dont les talens éprouvés par plusieurs années d'exercice , étaient dignes de la Comédie Française , et capables de réparer ses pertes. Aujourd'hui la province fournira cinquante tyrans et deux cents niais, mais pas un seul comédien, si ce n'est quelque invalide que le dégoût a vieilli plus encore que le temps. L'Odéon est la seule réserve où Molière puisse

encore trouver des recrues ; mais Corneille et Racine n'ont plus de ressource que dans les écoles de déclamation, où l'on ne fait que des écoliers. Le llu'àtre royal de rOpcra-Comique est plus malheureux encore ; il n'a pas même un Odcon , et ne saurait où chercher un Vigny , ime Leverd , dont il aurait grand besoin. A la vcrile, ce genre se soutient en province, mais le mélodrame l'y e'crase ; le mauvais exemple y a tant de puissance , que les Alcindor et les Zemire y sont devenus des ferrailleurs et des cri irdes, pour faire croire sans doute qu'ils seraient dignes de jouer le Pied de Mouton et la Pie voleuse. Si l'on me demande des preuves de cette assertion, je repondrai : Voyez le théâtre Feydeau ; resterait-il dans l'clat misérable où il est tombé, si la province fournissait des acteurs passables qui chantassent passablement? Vainement on m'objecterait les écoles de déclamation; ce n'est pas sur les grands théâtres de la capitale qu'un écolier doit faire ses premiers pas ; ce sont des acteurs que le public demande , et non des élèves dont il (aille faire l'éducation. Dix ans d'étude sur le théâtre de l'école valent moins que six mois d'exercice devant le public qui paie ; et le public qui paie aie droit d'exiger que les interprètes des Corneille et des Molière aient déjà l'habitude de la scène, qu'ils sachent se présenter, se poser, marcher et parler devant des juges sévères, et non devant l'auditoire bénévole d'un exercice gratuit à l'école de déclamation.

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Les auteurs de i'Opora-Comiquc, prévoyant la décadence de ce théâtre dès qu'il serait seul, avaient dès long-temps demandé un théâtre secondaire qui fût pour eux ce que l'Odéon est pour la comédie ; on leur répondit que la multitude des théâtres engendrait le mauvais goût, et pour soutenir la gloire

nationale, on ouvrit de nouveaux théâtres de

mélodrame.

Tout spectacle qui fascine les yeux, et qui n'exige des spectateurs, ni goût, ni instruction, ni connaissance de la langue, doit attirer raffluence et nuire aux spectacles raisonnables. Si le mélodrame continue ses usurpations, le gouvernement doit s'attendre à payer d'énormes sommes pour soutenir l'Académie royale de Musique. Aux yeux de la multitude, un théâtre est toujours un théâtre. Le bon bourgeois qui veut régaler sa femme et sa fille, consulte d'abord l'économie, et lorsqu'à un prix modique , il trouve réunis dans un même lieu et dans une même pièce , la tragédie , la comédie , l'opéra, le vaudeville, les ballets et la parade, il croit avoir ce qu'il y a de mieux dans le meilleur des mondes. Il ne sait pas si un tyran de mélodrame est moins littéraire qu'un Gengis-Kan ou un Mahomet , si la ritournelle de la Porte Saint- Martin est moins classique que la ritournelle de la rue de Richelieu, si la pirouette de la Gaîté est moins correcte que la pirouette de l'Opéra ; il voit tous les genres confondus en un seul , et il eroit qu'il a tout vu. Il forme son goût sur les sal-

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niigondis tlu boulevard: et loisque le hasard le coiidiiil au banquet de Thalle, tous les mets lui paraissent insipides.

En se dc'tc'rlorant , le goût du public influe nécessairement sur celui des auteurs. On fait des pièces de théâtre pour être applaudi, et l'on est irrésistiblement poussé à y mettre ce que le public applaudit de préférence. Si vous voulez de bons auteurs, ayez de bons spectateurs, et si Molière lui-même a sacrifié au goût de son siècle en abaissant son génie jusqu'à la farce , ne vous plaignez pas lorsqu'aujourd'huides écrivains, d'ailleurs estimables, mettent du mélodrame partout, puisqu'il est le genre couru , fêté, et le dirai-je ? encouragé. On emprisonne, dans un seul théâtre , les nombreuses productions des Grétry, des Monsigny et de leurs successeurs , tandis que MM. Pixérécourt et (baigniez auront bientôt toute la capitale poiu' y faire leurs évolutions. Sous le dernier gouvernement j'aurais dit : 11 y a quelque commis intéressé au mélodrame ; mais aujourd'hui je ne puis m'en prendre qu'à l'insouciance de l'autorité, ou à la disfraclion causée par des occupations plus graves.

Qui le croirait? C'est précisément parce que le mélodrame estun détestable genre, qu'il doit prospérer et tout envahir. Ne criez pas au ])aradoxe avant de m'enlendre. En général , les auteurs n'ont de moyens d'existence que leurs talens. Les bons théàlresonl un bon répertoire, composé en grande partie des ])lèces d'auteurs moris. Les comi diens

français, riches de rhe'rifage des Racine, des Molière , etc. jouenl Irès-peu de nouveaux ouvrages : se consacrer à leur théâtre , c'est faire vœu de pauvreté ; et comme avant tout il faut exister, l'auteur qui ne peut pas attendre, pendant des années, la faveur d'une représentalion , court au théâtre où les pièces se succèdent avec rapidité, et préfère le mauvais goiit qui fait vivre au bon goût qui fait mourir de faim. Le mélodrame l'appelle sur ses nombreux théâtres ; ses pièces sont si mauvaises qu'il n'a pas de vieux répertoire ; les ouvrages y sont morts avant les auteurs , et les chefs-d'œuvre du siècle dernier n'y nuisent pas aux chefs-d'œuvre modernes. Tous les auteurs y sont vivans, et trouvent à vivre de leur travail. Aussi , voyez quel nombre prodigieux ! Si vous les comptiez , vous reculeriez devant cette épouvantable phalange.

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