DU DICTIONNAIRE DES GIROUETTES
ou LES HONNÊTES GENS VENGÉS;
Par M. C. D.
Jamais Caton le Censeur, lorsqu'il gourmandait
les Romains , lorsqu'il tonnait contre les vices ,
n'a eu la mine plus refrognée , n'a pris un ton plus
solennel que M. C. D. quand il déclame contre les
girouettes. Le Dictionnaire des Girouettes est une
œuvre abominable : « L'inconséquence du mot et
» son application à l'individu est un crime que
» grossissent les circonstances et l'état malheureux
» où se trouve la patrie. » Et plus loin : « Si ce
» signal , donné sur ce grand nombre de Français,
» influençait le monarque , ses conseils , ses mi-
» nistres , les promotions à venir, combien de
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» talcns à écarter du trône ! » Ne semble-t-il pas que ce livre ait mis la patrie en danger, et n'est-il pas plaisant de supposer que le monarque , ses ministres et ses conseils, consulteront gravement le Dictionnaire des Girouettes pour rc'gler les destinées de la France?
M. C. D. a tant d'horreur pour les girouettes , qu'après avoir accablé de son indignation les auteurs du fatal Dictionnaire , il insulle même aux girouettes qui tournent sur nos toîls. Je vais faire une citation qui prouvera mon impartialité , car je transcris le morceau le mieux écrit«et le plus éloquent de l'ouvrage : « Ces messieurs ont, avec la » petite machine dont ils ont pns le nom , un rap- « port qu'il serait inconséquent de passer sous » silence. Polluée par l'esprit de parti , rétrécie par >) le désir du mal , ou glacée par le vent de l'igno- » rancc , leur plume ne dépose sur le papier que » des phrases triviales, haineuses et discordantes , » qui ne portent dans l'âme du lecteur qu'un sen- » timent pénible et douloureux.
» De même , sitôt que les autans déchaînés » ballotent en tous sens une girouette quelquew fois rouilléc sur son pivot , ses frottemens de- » viennent aigus, criards et toujours désagréables. » Le bruit de ses tournoicmens réveille l'infortune » que l'amour d'une noble indépendance a. réduit » à se blottir sous le comble de la maison. Le n fracas de son mouvement continuel trouble, sur n son grabat, le repos d'une jeune griselte que de
» barbares parens ont réduite, dans un septième » e'tage , à travailler tout le jour pour se soustraire, » à quatorze ans , soit aux tortures de la faim , soit » aux horreurs de la prostitution. » Et Yoiià ce qui fait que les girouettes devraient être muettes.
On ne m'accusera point ici d'avoir isolé une petite phrase pour la fah-e paraître ridicule ; ce serait bien là une précaution inutile. La tirade que je viens d'extraire est de longue haleine ; je n'y ai rien dissimulé , rien altéré , rien souligné : j'ai laissé dans tout son lustre la plume polluée , rétrécie et glacée ; la girouette rouillée sur son pivot, avec ses cris aigus, criards et toujours désagréables; l'infortune réduite à se blottir, et la grisc^te réduite à travailler : il y a donc de la probité àJks mes citalions, et M. C. D. doit en être touché, quoiqu'il ne l'exige pas dans un journaliste. Je vais, avec la même bonne foi , présenter d'autres échantillons de son style : « Dans l'état dégénéré où nous som- » mes , je ne trouverais point déplacé l'édit qui » interdirait momentanément à certaines classes , » et le mot de patrie et toute action au nom d'i- » celle. » Le nom d'icelle me fait souvenir que M. C. D. s'est qualifié de pygmée du barreau; pygmée soit , il ne faut pas chicaner un homme modeste : mais s'il existe en France un tribunal où l'on sache plaider comme M. C. D. sait écrire, je plains bien les juges d'icelui.
Notre censeur est très-difficile à contenter ; il veut que , même dans l'expression d'une grande
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joie, on conserve cette froide modération si incompatible avec les affections vives. Très-bon royaliste, il blâme cependant les danses des Tuileries , qu'il nomme des gambades; il déplore l'imprudence du premier qui fut choqué de voir un œillet rouge à une boutonnière , et il s'écrie , avec son énergie habituelle : « Ce lut le signal d'un signal auquel personne ne pensait; crut-il servir le Roi? L'indiscret ! l'expérience lui a prouvé le contraire. » Parle-t-il de l'ex-empereur? voyez quel \igoureux coup de pinceau il donne à son portrait : « C'était une balle que le salpêtre avait chassée du mousquet. » Pourquoi pas un boulet de canon ? Voici un tableaj^ pathétique où M. C. D. a su réunir deux grandes images , la Paix de Tilsitt , et l'Occupation de Paris par les puissances alliées : « Reine des nations européennes , riche de ses victoires , notre
superbe patrie planait sur tout le globe Au
milieu de nos trophées , dans le nuage de nos
triomphes , pouvions-nous prévoir qu'un jour
Là je m'arrête Des cymbales russes , un cornet
de Cosaques , un tambour prusssien passent sous
mes fenêtres C'est le beffroi de la désolation
Je pleure. » Hélas ! je pleurerais aussi ; mais cette patrie qui pl'ane comme l'île de Laputa dans les voyages de Gulliver, me fait rire et modère ma douleur.
Jusqu'à présent, je n'ai cité que des phrases passablement claires ; mais je vais mettre la sagacité du lecteur à la torture : je lui propose un véri-
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table logogryphe , et cependant je vais lui donner quelques éclaircissemens préliminaires : c'est une rude dissonnance que je prépare ; la sauvera qui pourra. Une dame ayant dit que , depuis 1 700 jusqu'aujourd'hui, il aurait fallu n'être rien, le censeur des Girouettes craint que les auteurs du Dictionnaire ne prennent cette saillie pour une justification de leur entreprise , et il continue ainsi : « Rien ne serait plus de la nature d'une girouette ; » car qui ne voit sans réplique que , si ce qui a été » n'avait pas été , rien n'aurait été , veut dire que » notre révolution n'eût pas été si personne ne » l'avait faite. C'est dommage que l'on peut ré- » pondre à cela sans doute aussi sans réplique : ce n qui fut devait être , et que celui qui , dans le >' tourbillon des grands événemens , a su conser- « ver un demi-sang-froid et ne faire que des er- » reurs , est un homme non-seulement fort heu- » reux , mais encore un sujet bien estimable. >» Page 58.
Oh! combien j'ai regretté de m'être brouillé avec mademoiselle Lenormand ! Elle seule pouvait éclaircir ce grimoire ; pour moi, en vain j'ai cherché à le comprendre , je suis reste dans les ténèbres.
Et c'est à propos de Girouettes que M. C. D. fait tout ce galimatias ; ef parce que les auteurs du Dictionnaire rapportent les adresses des Ecoles de Droit et de Médecine, le censeur s'effraie , et dit avec une gravité comique : « On n'a pas craint
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de signaler une partie de ces jeunes gens à la haine de l'autre partie!» Ne croirail-on pas que nous soyons menacés d'une guerre d'écoliers? Ne saiton pas apprécier ces adresses collectives qui souvent sont connues de tout le monde, excepté de ceux qui les signent? Est-ce d'aujourd'hui que l'on a peint les hommes comme des girouettes? L'histoire ancienne et moderne , les philosophes , les moralistes de tous les temps , doivent nous avoir familiarisés avec cet emblème de notre inconstance. Boileau nous le dit dans des vers un peu mieux tournés que la prose du censeur; et le joyeux Picard nous a fait rire de nous-mêmes , dans une de ses comédies les plus agréables. Les marionnettes que des fils font mouvoir et les girouettes qui tournent à tout vent , sont deux expressions plaisantes d'une même vérité.
Ce n'est pas que M. C. D. ne plaisante aussi quelquefois , mais , par une étrange fatalité , c'est précisément alors qu'il cesse de faire rire. En s'efforçant de venger la garde nationale , qui n'a pas besoin de son apologie , il dit avec la grâce qu'on lui connaît : « En la voyant faire partie du Diction- » naire, je n'ai pas perdu l'espoir d'y rencontrer » Dieu même; car, dans le système des girouettes, »> Dieu mérite bien aussi sa petite part d'une bonne » mercuriale.... Il est , j'ose le dire , infiniment » plus girouette ; il a tour-à-tour, et sans distinc- » tion de parti , fait luire son soleil sur les Fran- >» çais républicains , obéissans à Buonaparte , ou
» sujets des Bourbons. » Cette saillie d'un si bon goût aurait dû faire faire au censeur une réflexion toute naturelle • c'est que la foule des noms inscrits au Dictionnaire , le grand nombre d'honnêtes gens qui s'y trouvent , et l'innocence de la plupart des girouettes qu'on y voit tourner, diminuent beaucoup l'importance du livre , et en efface tout l'odieux. Si les girouettes lexicographes n'avaient signale que les variations dues à la cupidité et à l'ingratitude , leur livre serait un libelle diffamatoire ; mais ils ont écarté tout danger en déclarant que , pour être leur confrère , il suffisait d'avoir été girouette de fait ^ indépendamment de l'intention et même de la nécessité. Ainsi , bien loin de m'applaudir de n'être point compris dans ce Dictionnaire, je reproche très-sincèrement aux auteurs cette omission qui ressemble à du mépris. II est certain que j'ai porté la cocarde tricolore , et que je l'ai quittée ; il est également vrai que j'ai écrit dans le Journai de V Empire et dans celui des Débats. Je mérite donc au moins deux girouettes , et j'espère bien les avoir à la troisième édition de l'ouvrage.
La première édition du Dictionnaire des Girouettes a été rapidement enlevée , la seconde s'écoule , et l'on prépare sans doute la troisième. La malignité publique applaudit en secret à cette entreprise , quoique par décence on la blâme hautement. Il y a plus de naïveté que de malice dans cet empressement à connaître les Girouettes de la
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révolution. Nous avons une telle conscience de notre faiblesse , et si peu de confiance dans la fixité de notre caractère , que nous sourions au tableau de l'inconstance humaine ; et notre amour-propre est satisfait quand on présente à nos regards et quand on livre à nos sarcasmes des élrcs plus iaibles et plus inconstans que nous. Parmi les railleurs, il en est plus d'un qui est au moins Girouette in petto , et qui pourrait solliciter une belle place dans ce Dictionnaire; mais il n'y est pas, cela suffit; et cette omission , souvent bien injuste , lui donne le droit de se moquer de fort honnêtes gens qui sont couchés sur la fatale liste , et qui l'ont mérité beaucoup moins.
Quoique dans cette vaste galerie il se trouve des Girouettes bien coupables qui ont tourné aux vents de l'ingratitude , de la cupidité et même de la trahison , les tribunaux ne retentissent pas de plaintes en calomnie ; je n'entends pas dire que les auteurs de cette satire soient recherchés , et que l'éditeur soit poursuivi par le ministère public. Les motifs de cette tolérance sont faciles à deviner: les hommes qui ont été preneurs , fauteurs ou complices des diverses tyrannies révolutionnaires , ceux qui se sont fait payer les injures et les éloges adressés aux mêmes personnages , se garderont bien de réclamer ; ils seront même surpris très-agréablement de se trouver en si nombreuse et si bonne compagnie , et la dénomination de Girouette leur paraîtra une punition fort douce , quand ils en mé-
ritent de très-différentes. Les Girouettes innocentes ont un naturel pacifique; les auteurs du Dictionnaire ne leur reprochent que des peccadilles , ou même n'ont rien à leur reprocher : il n'y a donc pas matière à procès.
Il s'en faut bien cependant que j'approuve les auteurs de ce Dictionnaire , et sans me mettre en fureur comme M. C. D. , sans pre'tendre venger les honnêtes gens ^ qui ne m'ont point chargé de leur défense , je ferai quelques observations qui , pour n'être point emphatiques et déclamatoires , n'en produiront pas moins d'effet sur |es personnes auxquelles elles s'adressent.
D'abord , il faut de la justesse jusque dans les jeux d'esprit , et il en faut d'autant plus qu'il y a plus de malignité. Or, puisqu'on a trouvé plaisant d'employer l'expression de Girouette pour désigner la versatilité , quel qu'en fût le motif, on'devait en appliquer avec une extrême justesse , pour être à l'abri de tout reproche. Les Girouettes anonymes me paraissent au contraire s'être méprises à dessein sur le sens de ce mot , et lui avoir donné une énorme extension , pour augmenter le nombre des Girouettes victimes , et pour grossir leur volume.
Je n'ai pas besoin de prouver que les Girouettes forcées doivent être effacées du Dictionnaire ; la nécessité ne peut être un tort , et prétendre qu'on n'a pas dû céder à un torrent irrésistible , c'est dire qu'il ne faut pas obéir à l'ennemi qui prend une ville d'assaut.
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On devait encore moins donner le nom ridicule de Girouettes aux hommes dont la versatilité n'a cté qu'apparente, et qui , en conliiuiant de servir l'Etat sous les divers gouver;iemeus , nous ont sauves de l'anarchie , le plus grand des fléaux qui puissent désoler un Empire. Je veux parler ici des magistrats qui n'ont pas cessé de rendre la justice , et de la garde nationale , qui nous a constamment préservés de l'incendie et du pillage. Ces hommes ont fait preuve de courage et non d'inconstance ; ils méritent notre reconnaissance plutôt que nos railleries.
Il serait trop puéril de vouloir disculper sérieusement les musiciens qui ont joué la Marseillaise et vii^e Henri IT^; les comédiens qui ont donné des pièces de toutes circonstances ; les peintres qui ont fait des portraits pour i\{i^ hommes de tous les partis ; le*> marchands qui ont changé leurs enseignes , et le bon M. Hédc- , qui a fait du pain pour Buonaparte après en avoir fait pour le Koi. Cette ioule de prétendues Girouettes n'est là sans doute que pour faire nombre ou pour égayer une satire qui serait devenue odieuse en ne signalant que les Girouettes criminelles.
Mais que tl irons-nous de ce peuple mouton qui a tourné à tout vent et qui a tourné de bonne foi ; qui a cru tous les gouvernemens légitimes, parce qu'il a cru qu'il était souverain , et qu'il avait voulu ce qu'on lui faisait recevoir par ruse ou par force? Des hommes qui, sans motif d'intérêt , ont obéi
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aux différons maîtres qu'ils croyaient avoir choisis, méritent -ils la haine d'un censeur raisonnable ? Parmi ces innombrables Girouettes, on trouve des gens de bon sens , de mœurs irréprochables ; et l'on ne doit pas s'en étonner.
On n'a peut-être pas assez réfléchi à l'influence que le mot goucerneTnent exerce sur les hommes en général; c'est un mot magique , c'est une abstraction qui se présente à notre esprit avec les idées d'ordre, de sûreté et de bonheur social. Nous pouvons le considérer indépendamment de sa forme et des personnes qui gouvernent, car, quand on nous dit : Tel pays est civilisé , nous concevons qu'il y règne un certain ordre , avant que nous sachions si cet ordre provient d'une monarchie ou d'une république. L'anarchie étant à nos yeux le plus grand des mots politiques, le mot gouvernement, pris dans un sens absolu, s'offre à notre pensée comme un grand bien, et nous sommes portés à le respecter, quand même ceux qui l'exercent ne seraient pas respectables. Un grand nombre de fort honnêtes gens ont donc pu obéir à plusieurs gouvernemens , et leur obéir sans crimes : leurs diverses soumissions à ces difierens pouvoirs prouvent moins leur inconstance que le désir de maintenir un ordre quelconque et de se préserver de l'anarchie. Ces hommes ne sont donc pas des Girouettes, puisqu'ils n'ont pas tourne volontairement , et qu'ils ont fait, au contraire , tous leurs efforts pour s'attacher à un point fixe.
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Il me reste à parler des fonctionnaires publics, des orateurs , des écrivains qui , dans différentes circonstances , ont loué et blâme' les mêmes choses et les mêmes personnes, de sorte que leurs discours et leurs écrits, prononcés ou publiés dans des temps dilférens , présentent aujourd hui le contraste le plus étrange ou là contradiction là plus choquante. Il semble d'abord que tous ces hommes doivent être rangés sur la même ligne, et qu'ils méritent toutes les Girouettes dont les auteurs du Dictionnaire ont composé leurs armoiries. Il y aurait cependant une grande injustice à les confondre , et c'est ici que les anonymes ont commis les erreurs les plas graves , vérité qui , pour être démontrée , n'exige qu'un moment de réflexion.
Il n'y a pas d'excuse pour ceux qui , par cupidité , par ambition ou par bassesse , ont loué et blâmé les mêmes choses; mais louer et blâmer les mêmes personnes ne suppose pas toujours de la versatilité ou de la contradiction. Les historiens anciens et modernes distribuent la louange et le blâme aux mêmes personnages, et ils sont d'autant plus estimés qu'ils font cette répartition avec plus de justice. En agir ainsi à l'égard des hommes vivans , c'est devancer l'histoire , c'cvSt montrer une impartialité d'autant plus estimable , qu'elle est plus rare parmi les contemporains. Je sais que bien àvs gens ne voudront pas ni'entendre ; toute distinction sur ce point leur paraît odieuse. Dans les temps de révolution , tout est noir ou tout est blanc : si vous
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reprochez un seul défaut à l'homme en faveur, si vous reconnaissez une seule vertu dans l'homme proscrit , vous êtes un ennemi public ; il faut outrager ou pre'coniser , adorer ou exécrer. Les plus intolérans à cet égard sont précisément ceux qui ont changé le plus souvent. Les auteurs du Dictionnaire n'ont pas pris le soin de distinguer ces nuances ; ils ont craint de diminuer le nombre des Girouettes , et ils ont feint de voir de la contradiction et de la versatilité dans des écrits où il n'y avait que de l'impartialité et de la justice. Un seul exemple suffira pour en faire apprécier un grand nombre.
Un homme d'esprit et de goût a exercé la critique sur les monumens qui ont orné la capitale pendant le gouvernement de Buonaparte ; il a pu louer ou blâftier ces divers objets sous le rapport de l'art , mais jamais il n'a encensé celui pour qui ou par qui ces monumens avaient été élevés. Si depuis il a exprimé avec force la haine que lui inspirait Buonaparte , n'est-il pas injuste de lui opposer aujourd'hui ce qu'il écrivait autrefois? Quel rapport y a-t-il entre les éloges donnés à des objets inanimés , tels que des tableaux et des statues , et les reproches adressés au caractère de l'homme qui gouvernait? Quoi! parce que vous aurez écrit vingt pages véhémentes contre l'ambition et le despotisme de Napoléon , parce que vous vous réjouissez de sa chute , il vous sera défendu de dire que la rue de la Paicc, percée par son ordre, est
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une (k's plus belles de Paris ; que les fontaines multipliées dans la capitale , sont aussi agréables qu'utiles ? vous serez condamne même à médire des nouveaux ponts , de la grille des Tuileries et de la restauration du Louvre. Cela serait fort ridicule ; et si cette justice distributive pouvait être conside'ree comme une inconstance d'opinion, il faudrait renoncer à écrire Tbistoire.
Les observations que je viens d'exposer en quelques pages sont délayées et présentées avec une colère empbatique dans la brochure de M. C. D. Pour disculper quelques Girouettes dont il se déclare le vengeur, il retrace la vie des personnages, et plaide souvent leur cause de manière à la leur faire perdre. Je n'ai nomme personne ; le Censeur nomme tous ceux dont il prend la défense , et la discussion qu'il établit fort maladrcfitement produit un effet tout oppose à celui qu'il espère. Quand j'ouvre le fatal Dictionnaire, je n'y vois que des Girouettes; mais si l'on me force à réfléchir, j'y verrai souvent toute autre chose.
M. C. D. n'est pas seulement un avocat maladroit et un mauvais écrivain ; il reproche aux auteurs du Dictionnaire des phrases qu'il invente et qui ne se trouvent que dans sa brochure. Lisez , par exemple, ces lignes qui sont les 16-21'' de la page 38 : « A les en croire , les maréchaux O.... et » P.... ont manque de caractère , et se sont cou- » verts de ridicule, en passant, au mois d'avril » 181 4 1 sous les bannières de l'héritier légitime
» du trône. » Voilà sans doute une phrase bien coupable, et qui me'ritait plus qu'une re'pri mande; mais voyez le Dictionnaire , première et deuxième éditions; aux articles O.... et P.... , ni dans aucun autre , vous ne trouverez un seul mot de ce que dit M. C. D. Ailleurs, il signale le Dictionnaire comme une délation odieuse , et dans vingt endroits il désigne les auteurs comme des hommes qui regrettent le dernier gouvernement , et à qui Buonaparte devrait une pension. Ce trait délicat ne m'étonne point; j'ai rencontré quelquefois de ces honnêtes gens qui disent de grossières injures pour enseigner la politesse , et qui dénoncent pour donner des leçons de tolérance.
Le mauvais exemple est contagieux ; je n'ai jamais été aussi sérieux qu'en parlant des girouettes. Ah! M. G. D., je mets sur votre conscience tout l'ennui que je viens de causer à mes leclciu's; j'ai cependant , je l'avoue , quelque reproche à me faire : si je n'avais parlé que de votre style, j'aurais égayé tout le monde : j'y reviendrai pour peu que cela vous plaise. Vous vous écrierez sans doute encore : « Le bout de V oreille passe tellement qu'il traîne à terre. » Ah! M. G. D. , prenez garde qu'on ne marche sur les vôtres !