‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 4)Chapitre 54 sur 59 · DE LA DOMESTICITE DES PEUPLES · texte numérisé non relu

DE LA DOMESTICITE DES PEUPLES

ANCIENS ET MODERNES, Far M. Ga^GOiriE, ancien cvèque de Blois , elc, etc.

J'ai parle' précédemment d 'un livre fort modeste , intitulé: Moyens déformer un bon domestique ; à peine j'avais livré mon article à l'impression , je reçus le traité De la Domesilcité ^ par M. Grégoire. Je fus d'abord embarrassé de laconcurrence; je craignais de fatiguermes lecteurs, qui, sans doute aiment beaucoup la variété, et j'allais m'écrier : jSon bis in idem, quand je m'aperçus que jamais deux ouvrages écrits sur le même sujet, n'ont été plus différens que celui de M. N. et celui de l'ancien évêque. Le parallèle suivant, que je garantis exact , fera mieux sentir celle difiérence, et me justifiera du reproche d'introduire tant de valets sur le théâtre de la critique.

L'auteur du premier ouvrage ne s'est désigné que par l'initiale de son nom , et a caché ses qua-

r)0(S OUVRAGES DIVERS,

lilcs ; l'aulcurde rclui-ci prosente un nom célèbre et un litre respectable. M. ]N. a déclaré qu'il écrivait pour les domestiques, et non pour les bibliotiicques; M. Gréi^oire n'écrit vraisemblablement que pour les bibliothèques, car aucun domestique ne comprendra son ouvrage, à moins qu'un nouvel Esope ou un nouvel Epictète n'endosse la livrée ou la veste du jockei. M. N. ne dit point qu'il ait lait de grandes recherches, et ne vant? point l'utilité de son livre, qui est cependant d'une grande utilité pratique ; M. Grégoire n'estime que les ouvrages utiles, il n'écrit que pour être utile lui-même, il tonne dans sa préface contre le public , qui attache plusd'imporlance à une chanson qu'à un livre instructif, et cependant il ne fera d'aucune utilité pour les pauvres domestiques; car, je le répète , ils ne l'entendront point. M. N. n'a parlé que des domestiques mâles; M. Grégoire parle également des deux sexes , et passe en revue la domesticité universelle , depuis les esclaves des Phéniciens jusqu'aux servantes du Canada. M. N., si sévère sur les défauts des domestiques , n'ose rien dire sur les défauts des mai'tres; M. Grégoire n'a point de ces lâches complaisances : il gourmande le vice partout où il le trouve ; il l'attaque jusque dans les palais et sur les trônes, et il écrit un chapitre entier SIM' la corruption des maîtres, qui cause ou auglîicnti,' celle; des domestiques. M. N. descend jusqu'aux plus petits détails du ménage ; il (h)tnie des pr(-ceptcsclairsetun peu naïfs sur toutes les parties

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du service ; M. Grégoire dit dans sa prc'facc ; « Il a fallu descendre à des détails tellement ignobles, que la plwne me serait tombée de la main si je n 'avais senti que le but justifie V entreprise. » Mais, clans son livre, il est question des Hébreux, des Egyptiens, des Babyloniens, des Grecs , des Romains, des Français, des Anglais, des Allemands , des Russes , des Sue'dois , des Italiens , des etc., etc., et pas un mot du service; ses domestiques de tous les temps et de toutes les nations, n'y rincent pas un verre , n'y donnent pas une assiette. M. N. ne cite aucun savant , aucun littérateur ; M. Grégoire cite plus d'ouvrages et plus d'auteurs, en deux cents pages, que je n'en ai lu dans toute ma vie , et j'ai toujours aimé la leclure. M. N. enfin écrit des instructions pour les domestiques, et M. Grégoire écrit l'bistoire de la domesticité.

Si maintenant nous voulions comparer le mérite de ces deux traités si clifférens dans leur ressemblance , sous le rapport du talent, le choix serait bientôt fait : il y a une énorme distance entre M. Grégoire et M. N." ; mais sous le rapport de l'utilité, tant recommandée par l'ancien évéquc, la question devient plus embarrassante ; et comme M. Grégoire me récuserait sans doule , je me récuse d'avance ; je m'abstiens de prononcer , et je vais forcer mes lecteurs à prononcer eux-mêmes , en mettant sous leurs yeux les titres des deux prétcndans*

5lO OÎVRAGLS DIVERS.

Pour donnera la discussion un tour plus anime, mettons en scène deux domestiques qui se présentent pour servir. Le maître leur demande s'ils ont quelque instruction ; l'un d'eux s'avance d'un air modeste, et dit d'un ton timide : « J'ai lu, et j'ai » appris par cœur le livre de M. IN. Je sais qu'il » faudra me lever de bon malin, ranger, balayer, » nettoyer, Irotler, remettre les choses en place, » battre les babils, cirer les souliers et les bottes ; » faire le feu, en retirant d'abord les charbons de » la veille, que je mettrai à part ; relever la cendre » qui est contre la plaque, afin de pouvoir placer » franchement la bùclie du fond, poser ensuite les » autres morceaux de bois sur lesquels je mettrai » les charbons de la veille, et d'autres charbons » endamnu's , si les premiers sont éteints ; ensuite » préparer tout pour la barbe , et disposer toutes » les pièces de l'habillement dans l'ordre où mon- » sieur voudra les prendre. A table je ne laisserai » jamais manquer de vin, je ne m'appuierai pas >•> sur votre dos, et je ne rirai point quand vous » direz quelque chose de drôle. J'ai appris aussi » dans ce livre à être fidèle, attentif et discret; » vous pouvez avoir autant de défauts et de ridi- » cules qu'il vous plaira , M. N. m'a dit que je ne » devais pas les apercevoir ; j'aurai soin de ne rien » entendre de ce qu'on dira , de ne rien voir de ce » qu'on fera ; je ne tromperai pas sur les achats » que je ferai , je ne recevrai point de cadeaux des >> marchands , et je ne demanderai pas le pour

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» boire auxamisqui viendront dîner chez monsieur, » car M. N. dit que cela aurait un air de gueuserie » qui ne convient pas à un bon domestique. »

Après ce discours, qui est tout-à-fait dans le style de M. N., le second domestique se présente: « Je n'ai point lu, dit-il, le livre dont parle mon » camarade, mais je connais celui de M. Gre'goire, » ancien évêque de Blois. J'ai appris à distinguer » les esclaves de l'antiquité', les serfs du moyen âge, » et les domestiques d'aujourd'hui ; je sais qu'il y » avait des ilotes à Spartes, des pe'riocqnes, des » clarotes et des mnoïtcs en Crète ; des mariandi- )) niens à He'racle'e du Pont ; des corynophores à » Sycione ; des callicyres à Syracuse ; despe'nestes » en Thessalie ; des thètes et des pelâtes à Athènes. « Je connais les aldîî des Lombards, \cs lazzi des » Saxons, mot auquel on a substitué la dénomi- » tion des slaves qui , en différentes langues , se » nomment sklaw, slael, esclave, csclavo, escravo, » sclîiavo ; je ne confonds point les predlal-ser- V vants avec \es personal-seirants, ni une anciMa » avec unefamula; je puis nommer les 5^m d'Ij) talie , les cruides d'Espagne , les iheracos et les » iheracas de Sardaigne , les diiicld et les djéj) voshes de Raguse: je sais que les servantes des » Etats-Unis ne veulent s'engager que pour huit » jours, et stipulent dans le marché qu'elles pour- » ront voir le bon ami. M. Grégoire ne m'a pas seu- » lement appris Thistoire, il m'a donné le goût » pour la littérature. Il m'est impossible de me rap-

.)I2 OUVRAGÎlS BîVEP.S.

» peler tous les gens d'esprit qu'il cite , car il en a ' >> plus lu qu'il ne tombe de feuilles en automne M dans la foret de Saint-Germain ; mais je me sou- » viens très-bien de Thcodoret , de Pollux , de » Polen, de Golllieb-Fiscber, de Grufter, de Yink, « de Potier, de Pibodiglnus, de Pvunkenius , de » Popina, de Pignorius, dePottgiesser, de Boxhoiii » et de Beschovingen, dont les noms sont plusia- » ciles à retenir. »

Mes lecteurs ont entendu parler les deux domestiques conformément aux instructions de leurs aiTteurs; je les laisse choisir selon leur goût, me contentant de leur faire observ- r qu'il n'est ici question que du but et de l'utilité des deux ouvrages ; car M. Grégoire revient souvent sur cette utilité qui est à ses yeux le premier , j'ai presque dit le seul mérite d'un livre.

Je sais très-bien que l'ancien évcque de Blois ne doit pas, ne peut pas écrire comme M. N. ; je sais qu'un homme très-instruit, résiste difficilement au désir de montrer son érudition dans toute son étendue ; je sais aussi que riiisloirede la domesticité exigeait d'autres recherches qu'un jNlanuel des Domestiques ; mais, en lisant son livre , j'ai dû suivre la direction qu'il me donnait lui-même dans sa préface. Il y déplore la dépravation des domestiques; il veut, dit-il, examiner quelles en sont les causes, (jucls m scrnicnt It's rcnihlcs: si une cure radicale est impossible, ajoule-t-il, ii est-il aucun moyen iVaUnnierle mal ? Il parle ensuite des dé-

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tails ignobles , auxquels il lui a fallu descendre , et le seul but d'utilité' a soutenu son courage. D'après cette annonce , quel lecteur ne se serait attendu à trouver dans l'ouvrage quelques préceptes , quelques instructions adressées aux domestiques même? N'était-on pas en droit de les exiger d'après les promesses de la prélace , et surtout quand on a vu que le huitième chapitre a pour titre : Instructions des domestiques et d'autres classes indigentes de la société P Et cependant ce chapitre , comme les précédens et le dernier, ne contient que des notices sur des ouvrages, des projets, ou des établissemens qui concernent les domestiques. Sous le rapport de l'utilité , le livre modeste de M. N. est donc encore préférable. M. Grégoire qui le cite, dit qu'// laisse désirer quelque chose de meilleur. Je le crois aisément; mais ce meilleur, de qui devais-je l'attendre , si ce n'est d'un ancien évéque, d'un écrivain aussi instruit , d'un homme enfin qui a sur monté tous les dégoûts pour remédier à l'état déplorable de la domesticité, et dont la seule ambition est celle d'être utile ?

On se tromperait étrangement , si , de tout ce que je viens de dire , on inférait que je n'ai nulle estime pour le livre de M. Grégoire. Sous le rapport de la littérature et de l'érudition , il intéresse le lecteur, et même il l'étonné par l'immensité des recherches, par les faits curieux qui s'y trouvent rapprochés, que l'auteur a recueillis dans les écrits anciens et modernes , et dans presque toutes les

CKiriQU£. T. vu. Z'i

5l4 OlVRAGhS D[VKRS.

langues mortes ou vivantes. 11 faut que M. Grégoire ail médite cet ouvrage depuis bien long-temps, et que, dans toutes ses lectures, il ait journellement extrait ce qui pouvait lui convenir ; car on ne conçoit pas comment tant d'auteurs , tant de passages, tant de faits diffi'rcns ont pu concourir à former un livre sur la domesticité , avec laquelle ces écrits pris dans tous les idiomes paraissent n'avoir aucun rapport. L'instruction que l'on y puise n'est point commune , et malgré la sécheresse apparente du sujet , l'auteur y a répandu une variété et un intérêt auxquels on était loin de s'attendre. On regrette, en le finissant, qu'un traité aussi savant, et qui a coûté tant de peines , ne soit d'aucune utilité directe , et soit même inintelligible pour l'espèce d'hommes qui y joue le principal rôle. M. Grégoire y parle, à la venté , de ce que l'on a projeté en différens temps pour améliorer le sort et la conduite des domestiques; mais il ne prescrit, il ne propose rien lui-même , et il s'en excuse sur l'insouciance et la frivolité des Français , peuple volage , sans caractère, que des écrivains étrangers appellent un peuple de papillons.

J'ai dit que cet ouvrage , très-recommandable d'ailleurs sous le rapport de l'érudition , n'avait pas le mérite d'être utile à la classe d'hommes dont l'auteur écrit l'histoire , dont il veut améliorer les mœurs et piévcnir la dépravation totale» En exposant le contenu des chapitres, je justifierai mon opinion.

DE LA. DOMESTICITÉ. SiS

• Le P' traite de l'origine et de Tetat de Tesciavage chez tous les peuples de l'antiquité , de la servitude dans le moyen âge et de la domesticité dans les temps modernes. Cette partie de l'ouvrage est parfaite : la précision , la concision , la clarté et la vaste érudition qui la distinguent, font de ce chapitre un traité presque complet, qui cependant ne peut être lu avec intérêt que. par des personnes déjà instruites , et ne sera d'aucune utilité aux maîtres ni aux domestiques dans leurs rapports mutuels.

Le IP présente l'état de la domesticité dans presque tous les pays civilisés; et, quoique les grands écrivains de l'antiquité n'y soient pas mis à contribution comme dans le T", il n'a pas coûté moins de recherches , et il est peut-être plus curieux encore , en ce qu'il repose sur des bases plus certaines. Il a , comme le précédent , le défaut d'utilité pratique ; car, exposer la bonne ou mauvaise fortune des domestiques siciliens, sardes, espagnols et dalmates , ce n'est point changer le sort et le caractère des domestiques français.

Les IIP et IV*" sont un recueil de notices sur une foule d'ouvrages concernant la domesticité. L'auteur les juge laconiquement , sans en développer le contenu, et semble seulement avoir vouhi prouver qu'il les connaît tous ; en un mot , c'est une petite bibliographie fort exacte , mais qui ne nous donnera pas un bon domestique de plus , quoique l'auteur y ail débuté par dire : « Si la rai-

» son présidait toujours aux jugemens des hommes,

5i6 OUVRAGES DIVERS.

» l'utile serait la règle d'après laquelle ils reparti- » raient l'estime. »

Dans le Y* et dans le VI% M. Grégoire fait un tableau assez vif de la dépravation des domestiques, et ne leur donne aucun précepte pour la faire cesser ; il fait voir combien il importe à la société d'épurer les mœurs de cette classe d'hommes , mais il ne propose ni règle , ni méthode , ni catéchisme. Il cite , à son ordinaire, divers auteurs, et promène le lecteur dans diverses contrées ; il raconte quelques anecdotes courtes , et fmit par déplorer la dépravation des maîtres , qui cause et augmente la corruption des domestiques.

Le \ IP rapporte plusieurs lois sur la domesticité ; mais l'auteur en donne très-succinctement la substance : il nous ramène encore aux temps anciens , puis nous fait voyager chez les Prussiens , chez les Anglais , à la république de Saint-Marin , etc. , sans rien dire du service.

Au YIIP enfin, on croit trouver des instructions annoncées dans le titre ; l'espoir du lecteur est encore trompé. M. Grégoire y prouve , à la venté, qu'il sait beaucoup de choses ; il cite le prince de Ligne , miss Hannah Moore, Lancaster, Hanway, madame Barbe Martin, etc.... Il parle de l'école de Fribourg en Brisgau, des Suniiay Schools d'Angleterre , du Petit Saint -Cl laiirnont de Paris , et de beaucoup d'autres établissemens fondés ou projetés en faveur des domestiques; m lis il ne donne aucune instruction lui-même , et semble étaler

DE LA DOMESTICITÉ. Sjj

toutes ses connaissances pour nous faire mieux sentir ce qu'il aurait pu faire et ce qu'il n'a pas fait.

Le IX* et dernier est une continuation du même sujet ; toujours des citations : c'est la maison de reiuge du cardinal Le Camus , un projet de ïau" teur laquais , un projet de Chamousset , la socie'té des ouvriers de la pompe à feu, des amis de l'humanité', des garçons de chantier de l'île Louviers, celles de Montauban, de Toulouse , de Bruxelles, de la Silésie, de Naples, de la Suède, etc.... ; et tout cela en quelques mots , et fort inutilement pour l'instruction technique et morale des domestiques. Cependant, au feuillet antépénultième, on trouve un projet d'association ^owr V encouragement des domestiques ; mais il n'y est question que de leur sort pendant et api'ès le temps de la domesticité , sans préceptes sur leur conduite , sans conseils pour le service ; et encore ce projet est-il une conception anglaise que M, Grégoire voudrait naturaliser en France.

On voit par ce court exposé combien le savant ouvrage de l'ancien évéque contraste avec le livre modeste et utile de M. N. , qui prend tout le service pièce à pièce , descend aux plus humbles détails , attache une instruction à tous les meubles , à tous les coins de l'appartement. Mais il y a moyen de tout concilier; j'invite les amateurs à se procurer les deux ouvrages à la fois : ils posséderont alors la théorie et la pratique , la partie didactique et la partie technique ; ils déposeront celle-ci dans Van-

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tichambrc; cl l'autre, après avoir instruit les maîtres sur ce qu'il leur importe peu de savoir, ira se placer dans la bibliothèque, parmi tant de bons ouvrages qui pourtant ne sont bons à rien.

J'ai tarde jusqu'ici à parler de la préface , parce que l'auteur s'y jette dans des détails absolument étrangers au sujet qu'il traite , et s'y permet de graves inculpations qui n'ont aucun rapport, même e'ioignc', avec son livre ; voulant signaler ce défaut, qui est un tort dans un homme d'un pareil caractère, j'ai dû commencer par faire connaître l'ouvrage, afin que le lecteur puisse juger si ce que je vais citer V est nécessaire , utile , ou même supportable. Comme j'accuse à mon tour, je dois prendre mes précautions; je ne me contenterai donc pas de citer de mémoire, mais je transcrirai textuellement cet étonnant paragraphe. Après avoir gémi sur le déplorable état de la domesticité et sur l'insouciance du public, M. (irégcire , sans préparation , sans transition , écrit les lignes suivantes :

« Des gazettes françaises, plus remarquables sous » l'ancien gouvernement par ce qu'elles taisaient » que par ce qu'elles disaient , et habituées de » longue main à flagorner, à mentir, ont conservé » à peu près le même caractère. Voyez de quelles » inepties elles alimentent la curiosité : des anec- » dotes de théâtre, des débuts d'actrices, des In- » trignesdecourou de société, des modes nouvelles, » des illuminations, des fêtes, des compllmens , ' (\cs adresses, et quelles adresses! etc. etc. (Les rf

DE LA DO.MESTIClTi:. Sig

» cœtera sont de M. Grégoire.) Un 2'e Deum le » matin, ou d'autres cérémonies respectables, ont » presque toujours le soir pour pendant quelque M comédie à laquelle assistent les mêmes person- » naffcs. Comme toutes ces annonces sont instruc- » tives , propres surtout à bâter les progrès de » l'esprit bumain et le bonbeur de la nation!

» Les cbaires cbrétiennes ont retenti pendant » dix ans d'éloges périodiques, surtout aux anni- » versaires de la naissance et du couronnement de » Napoléon; sous le même clergé, voilà qu'elles » retentissent contre lui d'imprécations et d'ana- » tbèmes. Des journalistes cbantaient sans relâche » son apotbéose , et le verbe daigner, conjugué » dans toutes ses parties , attestait journellement » la bassesse de ceux qui , dès le lendemain de sa » chute , ont contre lui multiplié les pbilippiques. » Étendez cette observation à divers corps cons- » titués , à cette multitude de Protées qui , toujours » prêts à changer de livrées, d'opinions et de lan- » gage , surnagent à toutes les révolutions , et sont » assurés, dans tous les régimes, d'obtenir la fa- » veur réelle ou apparente.... , et le mépris ; et » dites-nous si quelquefois on n'est pas tenté de » rougir d'être homme?»

En supposant fidèle ce tableau tracé par M. Grégoire , à quel propos se trouve-t-il dans la préface d'un pareil ouvrage? Quelle analogie existet-il entre les prédicateurs , les journalistes et des recherches sur la domesticité ? Serait-ce par une

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misérable allusion, qu'ayant à parler des domestiques, il a voulu prouver que les corps constitues , les prédicateurs et les journalistes ne sont que des valets? Il faut même dire tous les hommes, excepté ^I. Grégoire, puisqu'il est tenté de rougir d'être homme.

Je me permettrai de lui répondre , pour les journalistes , que plusieurs d'entre eux sont fort éloignés de la bassesse qu'il leur suppose : que les articles de gazettes étaient dictés et commandés par le gouvernement, tandis que les journalistes ne publiaient que des articles littéraires; que, parmi ces journalistes, il en est qui, n'avant jamais flatté le chef de l'ancien gouvernement , ne peuvent encourir le reproche de contradiction et de versatilité sur ce qu'ils écrivent aujourd'hui; qu'il en est d'autres qui , n'ayant jamais écrit un seul vers, une seule ligne de prose à la louange de Napoléon , ne se croient point obligés de l'outrager dans sa disgrâce, par cela même qu'ils ne l'ont point encensé dans sa puissance. Je répondrai enfin que tous ces journalistes , ou presque tous , détestent sincèrement la révolution, ses auteurs, ses fauteurs, ses approbateurs, fussent-ils princes, gentilshommes, évéques ou prêtres.

A l'égard des prédicateurs, je ferai obsener que M. Grégoire les traite avec moins de justice encore et de charité que les journalistes : pour ceux-ci du moins il écrit drs , ce qui ne les englobe pas tous dans la proscription ; mais pour les autres il dit

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