‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 10 sur 117 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

M. Etienne savait que l'anecdote des Gendres ingrats avait été contée et imprimée de plusieurs manières différentes ; il savait qu'on en avait fait une comédie , en i58q, sous le titre de Mirouer des enfans ingrats ; il connaissait les Fils ingrats de Piron; il avait le manuscrit de M. Le Brun Tossa;

Io6 FIN DU PROCÈS

je demande maintenant à tout homme de sens , quelque prévenu qu'il soit contre M. Etienne, s'il pouvait supposer que le Conaxa déterré à la Bibliothèque impériale ressemblât au manuscrit qu'il possédait , et où il n'est nullement question de Conaxa, de Rennes, ni du jésuite. Ne devait-il pas croire au contraire que la pièce exhumée était une nouvelle forme dramatique donnée à la même anecdote ?

Pouvait-il supposer qu'un manuscrit où l'on remarque des graveiures et des obscénités était l'œuvre d'un jésuite , et composée pour être récitée par des écoliers dans un exercice public?

Pouvait-il attribuer à un jésuite de Rennes la comédie dont l'auteur parle de l'aventure arrivée à Bordeaux , et qu'il dit avoir faite en Corse ?

D'après les grands éloges que l'on faisait du Conaxa nouvellement découvert, M. Etienne pouvait-il le reconnaître dans le manuscrit où l'on voit des fautes de langue , des hiatus , de fausses rimes, et des obscénités?

Je demande enfin si un jésuite , auteur dramatique et poète, aurait écrit, accentué, ponctué et orthographié une note semblable à celle que je viens de transcrire?

Il est donc bien évident , non pas parce que M. Le Brun Tossa le dit , mais évident par les faits mêmes , que M. Etienne n'a point connu le manuscrit de Conaxa; qu'il a pu naturellement se tromper sur un nom si nouveau pour lui , et qu'il

a du constamment se refuser à faire une déclaration qui eût été un mensonge, et que le public séduit voulait lui arracher. Il n'a dit nulle part qu'il eût inventé la fable et le fonds des Deux Gendres; il est convenu de ce qui était vrai , il a nié ce qui était faux ; il n'a donc rien à se reprocher envers le public, dans une affaire dont tout l'odieux doit retournera ceux qui l'ont suscitée.

J'éprouve un sentiment de peine et de dégoût quand je vois qu'il m'a fallu discuter aussi longuement un fait aussi misérable ; mais la nécessité de mettre fin promptement à cette honteuse querelle ne m'a pas laissé le temps d'être concis. Je m'attends bien qu'il y aura dans cet écrit une foule de tournures vicieuses , d'expressions impropres , et môme des fautes de langage, mais je suis plus pressé de venger un homme que j'estime , que de polir mon style , qui , quoi que je fisse , n'aurait rien d'éclatant et n'ajouterait rien aux preuves. Je rejette donc sur le compte des ennemis de M. Etienne tout l'ennui que j'ai pu causer, et celui que je vais donner encore âmes lecteurs ; et si des personnes étrangères à la discussion me reprochaient la rudesse et les longueurs de mon style , je leur dirais : vous avez bien pu vous occuper deux mois entiers d'une calomnie inventée par des goujats , vous pouvez bien donner une heure d'attention à la défense d'un honnête homme.

Je vais passer à la question littéraire , et j'examinerai dans la partie morale de ce Mémoire la

Iû8 FIN DU PROCÈS

conduite déloyale de M. Etienne envers l'honnête M. Le Brun Tossa.

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