‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 16 sur 117 · CORNEILLE · texte numérisé non relu

CORNEILLE

Chatouillait , malgré lui , son âme encor surprise.

RACINE

Chatouillaient de mon cœur l'orgueilleuse faiblesse.

Le bon lit et la bonne table de Conaxa seraient-ils un larcin plus coupable que cet emprunt ?

Ce me'chant Racine a eu comme Molière la bassesse de voler les auteurs qu'il avait tués; et il n'a pas dédaigné de fouiller dans les poches des Gilbert et des Rotrou ; en voici des preuves :

ROTROU

Le sang qui sortira de ce sein innocent Prouvera malgré vous sa source en se versant.

Racine a imité deux fois ces vers :

RACINE

Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné. Allez ; et que les Grecs qui vous vont immoler Reconnaissent mon sang en le voyant couler.

ROTRCU.

S'il vous souvient pourtant que je suis la première Qui vous ait appelé de ce doux nom de père

RACINE

Fille d'Agamemnon, c'est moi qui la première , Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père.

Ces deux-là, j'espère, valent bien le calendrier oh je lis quelquefois.

ROTROU

J'immolerais le prêtre aux yeux de la victime.

RACINE

Le prêtre deviendra ma première victime.

Et cet hémistiche si fameux, cet hémistiche que tout le monde répète : C'est toi qui Vas nommé, il n'appartient pas à Racine , et cependant il lui restera. Gilbert avait dit :

Ne m'en accuse pas , c'est toi qui l'as nommé.

et pour compléter la ressemblance il faut ajouter que dans Gilbert ces mots sont également dans la bouche de Phèdre, et s'appliquent àHippolyte. Rotrou fait dire à Hippolyte :

Si je suis exilé pour un crime si noir, Hélas ! qui des mortels voudra me recevoir.

RACINE

Chargé du crime affreux dont vous me soupçonnez , Quels amis me plaindront si vous m'abandonnez?

ROTROU

Va chez les scélérats , les ennemis des dieux ; Ceux qui se sont souillés d'incestes , d'adultères.

RACINE

Va chercher des amis dont l'estime funeste Honore l'adultère , applaudisse à l'inceste.

Tout ceci n'est pas copié sans doute , mais l'imitation y est forte. Une nouvelle circonstance dans un sujet dramatique est souvent aussi remarquable qu'un bon vers; s'en emparer est un emprunt considérable : Gilbert a eu le premier l'heureuse idée

de faire mourir t' odieuse confidente de Phèdre, et il a dit :

Dans les flots de la mer elle a fini ses jours.

Racine, qui embellit tout ce qu'il touche, a imite jusqu'au genre de mort :

Dans la profonde mer OEnone s'est lancée.

Tout le monde sait par cœur les vers du récit de Théramène qui finissent par celui-ci :

Le flot qui l'apporta recule épouvanté.

On ne sera peut-être pas fâché de voir comment le vieux Garnier et le triste Pradon ont présenté cette image empruntée à Sénèque. Le vers que je viens de citer est, au contraire, imité de Virgile.

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