‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 21 sur 117 · CONAXA ET LES DEUX GENDRES · texte numérisé non relu

CONAXA ET LES DEUX GENDRES

Quinze jourss'éeoulentsans que j'entende parler ni de Conaxa, ni des Deux Gendres. Je m'applaudis en secret de cet heureux calme , je me félicite d'avoir rassemble des preuves si évidentes. Tout est fini ; me dis-je ; les ennemis de M. Etienne ont rougi de s'être réunis à un homme qui fait parade de sa mauvaise foi , qui dément publiquement ce qu'il a écrit dans quatre lettres confidentielles et affectueuses ; qui a la honteuse franchise d'avouer que Ion ne doit se fier ni à ses protestations d'amitié ni à son honneur. C'est à ce degré d'infamie que l'on doit \w fin du procès. Qui voudrait, en effet, se dire l'associé de l'homme qui a deux noms, deux visages , deux consciences ? Aussi , depuis que le très- cher a r ni s'est nommé , tous les pamphlets sont anonymes : tant on frémit du soupçon de fiaternitéi L'un des coalisés, qui signe M. S. L...t, ne veut pas renoncer à haïr M. Etienne : mais il redoute tellement l'amitié du révélateur, qu'il le

l5o NOITVEAUX ECLAIRCISSEMENS

nomme un fripier de littérature dont la déloyauté et la mauvaise foi sont aujourd'hui dans la plus odieuse évidence. Dieu soit loué î les méchans se battent entr'eux, et la guerre va finir. Je me complaisais dans ces idées agréables, quand tout-àcoup ma porte s'ouvre : je vois entrer un de mes amis chargé de brochures ; il les jette sur ma table , s'assied , et nous commençons le colloque suivant :

l'ami.

Eh bien ! je vous l'avais dit ; vous avez eu tort

d'annoncer la fin du procès : voyez ce qu'a vomi la boutique de Dentu!

J'ai annoncé la fin du procès , mais non pas la fin des libelles.

l'ami.

Mais ces libelles sont les pièces du procès.

Non.

l'ami.

Eh! vous ne les connaissez pas.

Qu'importe ? le procès n'en est pas moins fini. De quoi s'agit-il ?

l'ami.

De savoir si M. Etienne a connu le manuscrit de Conaxa.

• SUR CONAXA. l5l

J'ai prouvé que non , et le révélateur lui-même le disculpe à cet égard.

l'ami.

Tout ceci n'est qu'une subtilité. Qu'importe qu'il ait connu le manuscrit de la Bibliothèque ou celui de Le Brun Tossa, s'il y a presque identité entre les deux?

Et vous aussi , vous me faites cette misérable

objection! Ai-je voulu prouver que M. Etienne ne s'était aidé d'aucun manuscrit ? Non , sans doute , puisque j'avais sous les yeux celui de M. Le Brun. Relativement à l'imitation , il est fort indifférent qu'il ait pris le sujet à la Bibliothèque ou ailleurs ; mais il était nécessaire de démontrer qu'il n'avait pas trompé le public en affirmant qu'il ne connaissait point Conaxa. Voilà ce que j'ai voulu mettre en évidence : l' ai-je fait ?

l'ami.

Il devait toujours dire qu'il avait eu des secours pour composer sa comédie des Deux Gendres.

Il l'a dit , page 6 de sa Préface.

l'ami.

Oui, il parle des Fils ingrats; mais il veut faire croire qu'il a eu l'idée de substituer des gendres à des fils.

l52 NOUVEAUX ÉCLAIRCISSEMENTS

Vous êtes dans Terreur : il dit q\\on a traité

avant lui le sujet des Deux Gendres , et non pas

des Deux Fils.

l'ami.

Oui , oui... inais en parlant du manuscrit de Le Brun , il ne le nomme qu'un projet de canevas.

Et ce n'était que cela , puisqu'on projetait d'en faire une nouvelle pièce.

l'ami.

Il devait supposer que son manuscrit et Conaœa n'étaient qu'une seule et même comédie.

Sans doute ; il devait deviner aussi que Conaœa était la même pièce que les Fils ingrats de Piron ; qu'il était impossible de faire plusieurs comédies sur le même sujet , et qu'un manuscrit où se trouvent des obscénités révoltantes était l'ouvrage d'un jésuite , et destiné à un collège. M. Etienne est inexcusable de n'avoir pas prévu des choses aussi vraisemblables.

l'ami.

Mais pourquoi n'a-t-il pas déposé ce manuscrit avec les lettres de Le Brun Tossa ?

Il en avait égaré la moitié ; moi-même je n'ai vu que le troisième acte et la fin du second.

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