‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 24 sur 117 · L*AM · texte numérisé non relu

L*AM

Il convient qu'il a eu tort de réclamer, qu'il n'en avait pas l'intention, qu'il s'est servi d'un ternie impropre, d'un mot inconvenant.

II en convient? oh! le pauvre homme! son repentir me touche.

l'ami.

Il s'ëerie , à sa page 35 : 01 i! que ces maudites impropriétés dy expressions ont eu dans tous les temps de funestes conséquences !

Quoi ! ce n'est qu'un terme impropre que de réclamer contre son approbation et sa signature! il n'en avait pas l'intention. Quelle candeur! et quelle est son intention? qui pourra deviner celle d'un homme qui est blanc quand il écrit, et noir quand il imprime? Je lui sais gré de son adresse à s'excuser : s'il trouve dans cet écrit quelques vérités dures , n'ai- je pas aussi , moi , la ressource et l'excuse des impropriétés de termes , des mots inconvenans ! Ainsi quand je lui dirai : Vous avez menti à Dieu et aux hommes, ce ne sera qu'un terme impropre, je voulais dire seulement vous êles dans l'erreur. Quand je l'accuserai d'une infâme impudence , ce sera un mot inconvenant, cela signifiera seulement une assurance étonnante. D'après l'exemple qu'il donne, quel juge pourrait me condamner?

l64 nouveaux eclaircissemens

l'ami.

En parlant de juge , vous me rappelez une de ses menaces.

De m'estimer peut-être?

l'ami.

Non , non ; mais de vous traîner devant les tribunaux.

Il y a dix-neuf ans que cette menace m'aurait effrayé ; il était homme à le faire comme il le dit , et attendu que j'étais jacobin , j'étais perdu sans ressource. Aujourd'hui c'est une autre affaire ; M. Tossa n'est pas plus puissant devant Thémis que chez les Muses ; mais \ mon ami , n'êtes- vous pas honteux de me parler si long-temps de cet

homme ?

l'ami.

Ma foi, oui.

Que tenez- vous donc là ?

l'ami.

Des pamphlets , des libelles , des brochures sans nombre.

Disent -ils quelque chose de nouveau ?

l'ami.

Tous répètent ce qu'on a dit cent fois : c'est toujours Conaxa , c'est toujours le jésuite.

SUR CONAXA. l65

Cela ne vaut donc pas la peine d'être lu?

l'ami.

Je ne vous le conseille pas : les libellistes vous attaquent vivement.

Moi?

l'ami.

Votre style, votre logique, votre pathos, vos mauvais raisonnemens.

Ils sont bien maladroits de prouver eux-mêmes que le procès est fini.

l'ami.

Comment cela?

Observez deux plaideurs dont la cause vient d'être jugée ; écoutez leurs discours ; celui qui a gagne son procès n'a plus ni haine ni passion ; il est d'un calme parfait et d'une bienveillance admirable pour tout autre que pour son ennemi. Mon avocat , dit-il , a bien plaide , mais il n'a pas eu beaucoup de peine , ma cause était si bonne ! L'avocat adverse a plaidé comme un ange : que d'esprit, que de chaleur! Il fallait que j'eusse bien raison pour l'emporter. Celui qui a perdu dit au contraire: Mon avocat est un sot, il a plaidé tout de travers; l'avocat adverse est un coquin , un misérable , son

t()6 NOUVEAUX ÉCLAïRCISSEMENS

plaidoyer est rempli de calomnies et de sottises ; il faut que les juges n'aient pas le sens commun pour m'avoir condamné. Si tel est le langage de la plupart des plaideurs, vous pouvez juger de la confiance des libellistes par la manière dont ils me traitent , moi qui ne connais aucun deux , qui n'ai nomme' que le seul M. Le Brun , moi qui n'ai pas le tort d'avoir fait une bonne comédie. Si ces messieurs avaient triomphe , m'auraient-ils dit des injures? Non, certainement. Il a fait, diraient-ils, tout ce qui était possible ; il faut qu'Etienne soit bien coupable pour avoir succombé après une telle défense. C'est ainsi qu'ils m'auraient accablé de complimens ridicules qui auraient été autant de coups de poignard pour M. Etienne. Mais , Dieu merci , ils reconnaissent que j'ai mal plaidé , mal écrit , mal raisonné ; aveu dont je prends acte , parce que tous les gens sensés vont dire : Eh ! que serait-ce donc si M. Etienne avait été bien défendu?

l'ami.

En général , cependant , ces. brochures sont des modèles de politesse en comparaison de celles de Tossa.

Sont-elles signées?

l'ami.

Une seule offre une signature connue.

Honneur aux gens de lettres ! il ne s'en est trouvé

SUR CONAXA. 167

qu'un seul qui ait voulu faire cause commune avec M. Le Brun.

l'ami.

Vous avez dit cet honneur sans bégayer.

C'est qu'il ne ressemble pas à l'autre.

l'ami.

Plusieurs des pamphlétaires traitent ce Le Brun avec le dernier mépris.

C'est le sort des coalitions. Les hommes trompés finissent par s'apercevoir qu'ils ont joué une bonne réputation en s'associant à un homme qui ne pouvait pas mettre son enjeu.

l'ami.

La brochure intitulée : Réponse à M. Hoffman, se distingue par un style plus correct et plus poli que celui de toutes les autres. Il fait toujours la guerre à M. Etienne ; mais, dans son erreur même sur le fond du sujet, il a la iranchise de faire cette concession ; « Que de tout cela M. Etienne ait ;omposé une bonne comédie ; que sa pièce , pour la marche et le ton du dialogue , pour quelques caractères plus variés, plus fortement tracés, mieux adaptés aux mœurs du jour, et pour la versification en général , ait une grande , une immense supériorité sur celle du jésuite , c'est ce que per-

Page 1