‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 25 sur 117 · I 68 NOUVEAUX ECLAIRCISSEMENT · texte numérisé non relu

I 68 NOUVEAUX ECLAIRCISSEMENT

sonne (au moins parmi les gens d'esprit et de goût) n'a songé à contester à M. Etienne. » Je vous cite cette phrase , parce qu'elle est dans le pamphlet où l'on vous ménage le moins. L'auteur y déclara qu'il n'aime point vos opéras.

Sur ce point nous sommes bien d'accord : mais laissons donc tous les libelles, ne répondons plus aux pamphlétaires , et parlons à la portion saine du public.

Plusieurs nouvelles, fabliaux ou relations rapportaient l'anecdote des fils ou des gendres ingrats; dans plusieurs villes, des aventures à peu près semblables se sont répétées. En 1589, on en fit une comédie qui fut jouée pendant la ligue. Au commencement du dernier siècle, un anonyme traita le même sujet, et en fit, dans l'île de Corse, une comédie en trois actes et en vers. Un jésuite de Rennes trouva un manuscrit de cette dernière pièce , vit qu'elle convenait à un collège , parce qu'il n'y avait point de rôles de femmes : il changea le titre, .les noms de deux personnages, supprima les gravelures, corrigea des hiatus, rectifia des rimes, et la fit jouer par des écoliers. Piron tira du même fond ses Fils Ingrats, qui ont trop de ressemblance avec les autres pièces pour qu'on puisse affirmer qu'elles lui étaient inconnues. On a lu encore et refusé au Théâtre de l'Impératrice une autre comédie sur le même sujet. Enfin ,

SUR CONAXA. 169

M. Le Brun Tossa communiqua à M. Etienne le manuscrit de l'anonyme qui dit avoir fait la pièce en Corse, et avoir été témoin de l'anecdote à Bordeaux. Tout le reste est connu. Si je voulais maintenant donner la liste de toutes les pièces qui ont été tirées d'un même fond , ce supplément serait encore plus volumineux que ma première brochure. Je m'en garderai bien. Je ferai seulement observer que des auteurs traitant un sujet pour la troisième ou quatrième fois, n'ont jamais nommé leurs devanciers que lorsque ceux-ci avaient fait des chefs-d'œuvre. Us ne les nommaient même pas pour éviter le soupçon de plagiat, mais pour s'excuser de travailler après d'aussi grands maîtres. Dans la querelle qui s'éleva, en 1677, entre Racine et Pradon , les nombreux amis de ce dernier se portèrent contre Racine aux mêmes excès qui honorent aujourd'hui M. Etienne ; avec cette différence remarquable que des princes et des ducs étaient alors du côté de Pradon , tandis qu'aujourd'hui Conaôca n'a vu sous ses drapeaux ni des ducs ni des princes. On reprochait alors à Racine de n'avoir cité dans sa Préface que V Hlppolytc d'Euripide, et de n'avoir point parlé de ce qu'il devait à Sénèque , à Garnicr, à la Pinelièrc, à Gilbert , à Ségrais et à Bidart, qui tous avaient traité ce sujet avant lui. Les partisans même de Racine le comparaient à ce grand peintre qui composa sa Vénus de traits empruntés a plusieurs belles femmes. Racine ne contredît pas ses amis, et méprisa

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