I© PREMIÈRE RÉPONSE
être mon effroi quand j'appris que vous aviez repris la plume , et que vous rentriez au feuilleton. Je l'avouerai, je n'osais vous lire : le malheureux, disais-je , il hait Voltaire , il est capable de m' aimer; et, en effet, mon ouvrage était assez faible pour encourir vos éloges. Grâces au ciel , ma crainte fut de courte durée , et votre article serait assez acre pour flatter mon orgueil , si je ne savais que vous avez été malade , et que tous les caractères s'adoucissent après quelques jours de fièvre et de purgations.
Mon opéra à" Adrien est donc un des plus misérables ouvrages que l'on puisse donner à ce théâtre, et la musique de Méhul une des plus mauvaises que l'on puisse entendre. Bravo, monsieur Geoffroy ! c'est de la générosité ; le poète et le musicien ne sont pas assez modestes pour vous contredire. Jusques-là tout va bien , le public sait à quoi s'en tenir, et nous n'avons plus rien à craindre que la jalousie de ceux que vous avez loués. Mais malheureusement, si vous faites très-bien le mal, vous faites très-mal le bien que vous voulez faire. Vos critiques, vos injures nous font honneur, d'accord; mais comme la nature ne vous a pas donné d'être entièrement bienfaisant , vous motivez si mal les critiques qui nous flattent, que le lecteur pourrait les prendre pour des éloges de votre part ; et c'est alors que le pauvre Adrienserait absolument perdu. Vous avez été malade, monsieur Geoffroy, et votre convalescence ne me paraît point parfaite. Si le
A M. GEOFFROY. 1 i
mal na pas diminué votre bile, il a sensiblement obscurci voire mémoire. Passons aux preuves.
Je vous abandonne mon style: quel style avezvous loué ? Je vous laisse vous égayer sur les fautes de plan , de conduite et de développement que vous relevez avec toutes les grâces de 1* urbanité française. Mais permettez-moi de vous répondre sur le fonds et sur les caractères de l'ouvrage , et voyons si X Adrien dont vous parlez dans votre article, est véritablement celui dont l'histoire nous a tracé le portrait. D'abord le fonds de cet opéra n'est pas de moi, mais de Métastase, que vous haïriez s'il était vivant , mais que vous devez aimer parce qu'il est mort, et qu'il ne fut point philosophe.
Le plan et la conduite de mon opéra sont les mêmes que ceux de X Adriano in Siria , de Métastase. Vos honorables injures appartiennent donc de droit à l'auteur italien ; et comme j'ai de la probité, je rends à César ce qui est à César, et à Métastase ce qu'il m'a prêté. Malgré cela, je sens que votre objection subsiste , et vous demanderez où Métastase a pu trouver qu'Adrien était guerrier , et qu'il avait vaincu les Parthes, tandis que, selon vous, il ne fut qu'un prince pacifique et un voyageur philosophe.
Métastase a mis un argument à la tête de tous ses opéras : on lit dans celui de X Adriano , ces mots, qui doivent suffire pour ma justification.
« Era in Antiochia Adriano, è già vincitore de » Parti, quando fut sollevato ail' impero. »