‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 5 sur 117 · SECONDE REPONSE AU PROFESSEUR GEOFFROY · texte numérisé non relu

SECONDE REPONSE AU PROFESSEUR GEOFFROY

J'ai lu votre diatribe , monsieur le professeur : vous m'y donnez beau jeu , car vous êtes en colère ; prenez-y garde , l'humeur ne produit rien de bon ; le guerrier en colère est mort , dit Ossian , défiezvous de la colère , monsieur Geoffroy, c'est un piège du démon , et vous êtes déjà puni de vous

y être laissé prendre. Yos articles sont moins gais , vos abonnés sont moins heureux en les lisant, et j'ai beaucoup moins de plaisir à vous répondre.

Vous baissez , monsieur le professeur : c'est dommage ! vous avez ordinairement le style jeune , plus d'esprit qu'on n'en attendrait d'un régent de collège ; vous paraissez fort instruit quand il ne s'agit pas de science , et vous êtes méchant avec une facilité qui nous prouve que vous vous y êtes exercé de bonne heure- Pourquoi renoncer à ces heureux avantages ? croyez -moi : je suis plus votre ami qu'on ne pense , j'espère vous le prouver si vous me faites l'honneur de me lire; écoutez mes conseils, ils valent mieux que mes écrits ; et ne cédez pas à une passion qui vous ferait perdre vos grâces légères , et diminuerait un jour les émolumens du feuilleton.

Yos premiers articles m'avaient fait beaucoup rire , mais le dernier ne m 'a pas amusé du tout. J'emprunte cette phrase à Grippe-Soleil , c'est ce qu'il dit en parlant de Bazile. J'ai long -temps hésité à vous répondre : plusieurs raisons m'en détournaient. Je craignais d'abord de vous rendre moins aimable , et je sentais vivement le tort que je vous faisais en présentant un appât à votre passion malheureuse.

J'avais un autre motif pour me taire ; et ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il est encore puisé dans l'histoire de l'empereur Adrien.

Le sophiste Favorin dissertait un jour avec ce

prince sur un point de grammaire. Adrien était despote dans ses opinions, il décidait en journaliste, et voulait avoir raison envers et contre tous; Favorin lui céda. Les amis du sophiste lui reprochèrent sa basse complaisance ; mais il leur repondit avec bon sens : Mes amis , un homme qui a trente-deux légions à ses ordres sera toujours le plus habile homme du monde.

Ce que Favorin disait de l'empereur, je le disais de vous , monsieur Geoffroi : l'homme qui tous les ans fait pleuvoir sur la France trois cent soixante cinq fois douze mille feuilles d'impression , sera toujours, aux yeux du vulgaire, le plus habile critique , le savant le plus profond , et le juge le plus infaillible. Vous avez spéculé sur la malignité des lecteurs ; vous revenez tous les joursà la charge ; votre plume est inévitable; vos injures quotidiennes sont votre pain quotidien ; vous avez douze mille livres de rente pour nous prouver que nous sommes des sots; ce n'est pas là une sottise, monsieur Geoffroi ; si votre calcul n'est pas le plus honnête , il est au moins le plus sûr, et c'est là vraiment la seule science où vous ne vous trompiez jamais.

Voyez quel était mon désavantage dans notre commerce amical. On imprimeur vous paie pour me dire des injures , et je payais un imprimeur pour vous répondre des choses honnêtes. Ce combat inégal ne pouvait durer long-temps ; les coups même que je vous portais tournaient à votre profit et à ma ruine , et je voulais sortir d'une carrière

où la malignité s'engraisse et où la raison sWmaigrit.

Consolez- vous néanmoins, monsieur Geoffroy, je ne vous abandonne point ; j'ai trouvé un téméraire qui se charge des frais d'impression , et je ne serai pas forcé de dire que vous êtes trop cher.

Ayez donc la patience de me lire ; vous me la devez , quoi qu'il vous en coûte. La vérité peut vous déplaire , elle est à votre égard le synonyme d'épigramme ; mais comme on ne me paie pas pour écrire , je ne suis point forcé de vous donner des mensonges.

Entrons en matière , monsieur le professeur, et examinons ensemble la bonne foi , la politesse , l'érudition et la sagacité de votre critique.

Vous m'accusez, d'abord, de faire le savant; vous dites que j'entasse des bouquins poudreux , que je vous couvre de poussière , et que je cite sans discernement , Dion , Spartien , Eusèbe , Birague , Fabretti , Goltzius , et même saint Jérôme.

Oui, monsieur le professeur, j'ai cité tout cela ; mais pourquoi m'y avez-vous forcé? je ne demande ici que de la bonne foi ; il y a dix ans bientôt que mon Adrien est imprimé , je n'y ai point mis de préface, et dans tout cet opéra, vous ne trouveriez pas une seule fois le nom de saint Jérôme. Depuis dix ans , je n'ai pas écrit une ligne où il fût question de science ; et jusqu'au jour où vous m'avez ailaqué, l'on pouvait ignorer que je connusse Dion ou Spartien.

Voyons maintenant si vous avez mis la même réserve. Dans votre premier article sur mon opéra, vous étalez de l'érudition; vous m'accusez d'avoir altéré l'histoire ; vous voulez prouver qu Adrien ne gagna jamais de batailles ; qu'il n'a jamais triomphé, et qu'il a fait reculer le dieu Terme, expression que vous tenez de saint Augustin, quoique vous ne le citiez pas; delà vous partez pour citer Horace ; vous nous donnez un long détail de ce que l'on montrait au peuple sur les théâtres de Rome , et vous terminez savamment le paragraphe par cet hémistiche latin : namque his plebecula gaudet. C'est à propos d'un opéra que vous nous dites de si belles choses , c'est à propos d'un opéra que vous faites le savant, et maintenant vous me faites un crime de citer pour vous répondre. Je vous oppose des volumes, dites-vous : cela est vrai, j'avoue que je n'ai lu l'histoire que dans des livres. Vouliez-vous que je vous cédasse quand vous aviez évidemment tort? Quand le critique cite à propos d'opéra , l'auteur ne pourra-t-il citer à propos d'histoire ? Quand le professeur parle de ce qu'il ignore, l'écolier ne pourrait-il dire ce qu'il sait? Je vous ai demandé de la bonne foi , veuillez en faire usage. Sans doute, comme faiseur d'opéra , je n'étais point obligé de connaître les historiens ; mais vous deviez les connaître , vous , monsieur le professeur, quand vous m'accusiez d'ignorance.

Vous dites gaiement que vous allez souffler sur mon château de cartes ; soufflez donc , monsieur

Geoffroy, mais soufflez fort, car mes cartes tiennent bien.

Mes amis , dites-vous , ont cru que j'étais au moins un Scaliger ou un Saumaisc! personne n'a cru cela, monsieur Geoffroy. Mes amis ont dit que mon opéra n'est pas merveilleux, mais ils n'ont jamais vu d'epédantisme dans mes écrits, que quand l'inexactitude du professeur m'a forcé d'entasser les volumes. Ah! monsieur, pourquoi parlez-vous de Scaliger! il ne vous manque qu'une érudition réelle pour être un Scaliger, un Scioppius ou un Garasse.

Ces savans qui avaient du goût à votre manière , ont fait un petit recueil d'épithètes galantes que vous ne serez pas fâché de trouver ici. Garasse , dans sa querelle avec Pasquier, le nomme sot par nature , sot par bécarre , sot par bémol , sot à la plus haute gamme , sot à double semelle , sot à double teinture , sot en cramoisi , sot en toutes sottises, plume sanglante, homme sans conscience, monophile sans cervelle , chrétien sans religion , capital ennemi d u Saint-Siège , opprobre de sa mère , etc. etc.... Scaliger, fils de Jules, avait encore un goût plus épuré : il nommait les auteurs vivons , orgueilleux, fous, sots, ânes, bêtes, plagiaires, misérables , rustiques , médians , fats , fripons , voleurs et pendards. Cette nomenclature vous servira, monsieur Geoffroy 5 ce sont de petites douceurs que vous pourrez distribuer aux grandes fêtes ou au nouvel an.

Apres les expressions précitées , je suis curieux de rechercher les vôtres ; les voici : je suis un grand docteur, j'ai un faux bel esprit, une fausse érudition ; j'ai pour amis F arrière-ban des rimeurs , la basse-cour des journalistes et les auteurs siffles ; vous avez ri de ma gasconnade et de ma jactance bouffonne ; je suis une mascarade d'écolier travesti en pédant; je suis un petit géant qui entasse des bouquins poudreux pour escalader Jupiter-Geoffroy ; je suis ridiculement couvert de la poussière des bibliothèques ; j'entasse à tort et à travers des passages d'auteurs ; je fais des tours de passe-passe ; je donne dans des bévues un peu lourdes ; j'attrape les sots; j'ai mystifié les babauds; rien n'est plus comique que mes rodomontades continuelles ; je fais des questions impertinentes , et je compromets gravement ma raison ; j'abuse de la crédulité publique ; je suis aussi bon maître d'urbanité que d'histoire ; on me fait trop d'honneur en me critiquant , et ma science , dépourvue de jugement , est pire que l'ignorance. D'après ces litanies édifiantes du professeur Geoffroy, je demande à ses lecteurs et aux miens , qui de nous deux on .doit placer entre les Scalisers et les Garasses? Yoilà l'homme qui m'a souhaite moins d'érudition et plus de goût. J'avouerai cependant que le petit géant m'a fait sourire. Je ne vous croyais pas capable de me traiter si généreusement ; je suis fort content de mon lot ; un petit géant est un homme d'assez belle taille , et il n'y a pas là de quoi se fâcher ; mais

puisque vous êtes Jupiter, je vous dirai comme Mercure : Jupiter , tu te fâches , donc tu as tort.

Jusqu'ici je n'ai examiné que votre goût et votre bonne foi ; passons maintenant à votre érudition qui n'est pas moins évidente. Quel était le but de ma petite brochure ? de prouver que j'avais le droit de faire triompher Adrien sur le théâtre de l'Opéra. Pour repousser les citations de votre critique , j'ai été obligé de citer à mon tour Dion, Spartien et d'autres, sur les fragmens desquels Grévier a bâti son histoire. Si Crévier est exact , les auteurs qui lui ont servi d'autorités ne doivent pas l'être moins. J'ai prouvé que des médailles encore existantes donnent a l'empereur Adrien les titres de Daciquc et de Parthique; j'ai prouvé qu'un décret du sénat décernait a ce prince les honneurs du triomphe ; j'ai prouvé que des inscriptions le nomment imperaior, titre qui se donnait après des victoires ; je vous ai appris que Métastase avait pensé comme moi , et écrit dans le même sens ; et à toutes ces preuves , plus que suffisantes pour un triomphe d'opéra, j'ajoutais cette phrase remarquable dont vous vous êtes bien gardé de faire mention ; je dis : p. 1 4 , second paragraphe , ligne 3 : « Et quand » bien même un auteur tragique supposerait un » combat ou un triomphe qui ne fût pas justifié » par l'histoire , qui pourrait le lui reprocher, si » son héros est reconnu pour un guerrier, et s'il » est célèbre par son courage?» Voilà ce qu'il

fallait relever, monsieur le professeur, voilà le véritable état de la question , et un homme de bonne foi ne m'aurait pas reproché des citations auxquelles je n'attachais pas tant d'importance , puisque je n'en avais pas besoin pour faire triompher un héros d'opéra.

Ce qui peut vous arriver de pis, monsieur Geoffroy, c'est que je vous fasse toutes les concessions ; votre science alors paraîtra dans tout son jour. Eh bien , soit : Dion , Spartien ont tort , et les médailles sont fausses , et les inscriptions supposées , et saint Jérôme , tout saint qu'il était, a menti comme un poète ; je veux même que le tombeau à' Adrien, moles Adrlanl, qui se nomme maintenant le château Saint-Ange, ne soit pas revêtu de bas-reliefs et d'inscriptions qui attestent des victoires ; je veux encore que l'assertion du professeur Geolfroy l'emporte sur des monumens que j'ai vus moi-même à Rome ; et pour comble de docilité , j'adopte Crévicr, et c'est avec Crévier que je veux vous donner une leçon. Vous convenez vous-même qu'avant d'être empereur, Adrien fut bon soldat et bon officier. Voilà tout ce qu'il me faut , monsieur Geoffroy. Je vous accorderai de plus, contre- toute vérité, que le trône rendit lâche ce guerrier jadis courageux; eh bien! qu'y gagnerez- vous? mon opéra commence le premier jour où Adrien fut proclamé empereur, c'est-àdire dans les vingt-quatre premières heures de son règne : ce bon soldat, ce bon officier n'avait donc

pas encore eu le temps de devenir lâche , et sa conduite postérieure est indifférente à mon sujet , puisque mon bon bon ojficieme s'est pas encore couché, une seule lois, comme empereur.

Je sais que sur la fin de son règne , le successeur de Trajan oublia sa gloire ; qu'il languit longtemps , tourmenté par une maladie cruelle; qu'il charmait ses douleurs par le commerce des Muses, ou les trompait par la débauche ; mais quand il fut élevé à l'empire, il n'était point encore l'amant d'Antinous; et comme mon opéra ne dure pas vingt ans, j'ai dû montrer ce héros tel qu'il était en montant sur le trône , et non tel qu'il devint quand le trône l'eut amolli. Quand on mettra Louis XIV sur la scène , faudra-t-il ne présenter que les dernières années de sa vie ; et quand l'histoire parlera de Louis XV, peindra- t-elle le vainqueur de Fontenoi comme le monarque accablé d'un règne de cinquante -neuf ans?

Si c'est là un château de cartes, monsieur Geoffroy, soufflez dessus.

Mais vous avez eu bien soin de ne pas faire attention à la phrase où j'abandonnais tout le fatras de la science, pour vous dire que j'avais le droit de supposer un triomphe , quand le héros avait été célèbre par son courage.

Cette omission n'est pas la seule que vous ayez commise ; m'avez-vous répondu sur les Parthes ? Vous me reprochiez de les avoir fait combattre à outrance contre les Romains , eux qui , selon vous,

3o SECONDE RÉPONSE

ne savaient que fuir et lancer des traits par derrière. Vous n'aviez pas bien lu Crévier quand vous écriviez cette phrase. Cet auteur exact et judicieux , dit en parlant des Parthes : « qu'Adrien n'avait » pas le zèle nécessaire pour terminer une guerre » si difficile. » Comment donc peut-il appeler si difficile une guerre contre un peuple qui n'ose combattre , qui fuit toujours et qui ne lance des traits que par derrière ? Pourquoi Trajan a-t-il assiégé deux fois inutilement leur ville d'Atra? Pourquoi ce prince a-t-il perdu la moitié de ses troupes, et pourquoi est-il mort sans pouvoir soumettre un peuple de poltrons ? Ah ! monsieur Geoffroy, ne citez plus Crévier, il vous est aussi funeste que Dion et Spartien , que vous n'avez pas lus.

Une autre omission, aussi remarquable, et qui prouve votre prudence, est celle de Sabine. Vous demandiez dans votre première critique où j'avais trouvé cette amazone aigre, que j'appelais Sabine, et qui vous était inconnue. Si alors vous aviez lu Crévier , vous auriez su que Julia Sabiria était petite-nièce de Trajan, et qa Adrien l'épousa, quoiqu'il ne l'aimâtguère. Je vous apprends maintenant que cette Sabine était la fille de Matidie , et petite fille de Marcienne , sœur de Trajan. Vous allez dire que je fais le pédant , monsieur le professeur; mais s'il y a un pédant entre nous , ce n'est point l'écolier qui cite pour se défendre, mais le maître d'école qui critique ce qu'il ignorç. Il n'y a ni science, ni bouquins poudreux dans mon opéra ;

mais je n'y ai rien mis que je ne pusse justifier au besoin.

Une troisième omission est celle des chaînes de ma princesse Ernirène. Ces chaînes vous firent beaucoup rire dans votre premier article ; pourquoi n'en avez -vous pas parlé clans le dernier :J Crévier vous aurait confirmé ce que j'ai dit relativement à l'empereur Aurélien ; mais Crévier vous ennuiera bientôt autant que Dion, car cet écrivain exact et judicieux, n'affermit pas le trône de Jupiter-Geoffroy.

Une quatrième omission est celle des citations prises de Racine , sur des faits d'histoire rapportés par Tacite. Vous qui avez tant de plaisir à me convaincre d'ignorance, pourquoi n'avez- vous pas parlé de ces deux auteurs ? ils en valent bien la peine ; et Crévier, tout judicieux qu'il est , ne méritait pas d'occuper tout le Feuilleton au préjudice de ces deux écrivains. Yous ne répondez pas, professeur ? Eh bien ! je vais dire votre secret.

Lorsque vous avez attaqué mon Adrien, vous vous disiez in petto , c'est un faiseur d'opéra, il n'en sait pas plus que moi sur l'histoire ; je puis tout critiquer à tort et à travers , mes lecteurs sont des oisifs et des ignorans, ils me prendront pour un oracle : ainsi frappons d'estoc et de taille, tous les cafés retentiront de mes louanges ; l'auteur aura peur, il fera le mort, et je passerai pour un puits de science, parce que j'ai lu saint Augustin, que j'ai cité Horace, et que j'ai fait reculer le dieu Terme.

Votre sécurité fut de courte durée. Ma lettre parut. Diable ! c'est du sérieux ; un professeur convaincu d'ignorance ! cela est piquant. Delà, votre dépit, votre honte, votre colère, vos injures ; vous avez pris le cher Crévier, que vous auriez dû lire plutôt , et vous avez opposé une de ses phrases à tous les auteurs anciens, aux médailles, aux inscriptions , à la colonne Trajane et à tous les monumens existans. Vous avez bien osé dire que Dion, Spartien, Métastase et saint Jérôme avaient tort ; vous risquez peu , ces auteurs ne sont pas dans la main de tout le monde : mais tous les écoliers connaissent Tacite , tout le monde à vu jouer Racine, il ne vous était pas si aisé de les persjffler qu'un saint Jérôme , et vous avez jugé plus prudent de n'en pas parler du tout, et de détourner la question pour faire oublier votre méprise. Soyez franc, monsieur Geoffroy; n'ai-je pas écouté aux portes?

Rétablissons donc la question. Pouvais- je faire triompher Adrien? Oui : tous les auteurs anciens m'y autorisent , Rome m'en fournit des preuves sur le marbre et l'airain ; vous avouez vous-même qu'il fut bon soldat et bon officier, et l'action de mon opéra commence dans les premières heures de son règne.

Maintenant , honnête professeur , c'est votre bonne foi que j'interroge. Ai-je dit , ou n'ai-je pas dit dans ma lettre, que quand bien même le triomphe à? Adrien ne serait pas justifié par l'histoire, j'avais le droit de le supposer, puisque mon héros

riait célèbre par son courage. Ai- je dit, ou naije pas dit que Racine s* était permis d'altérer des faits plus graves? Ai-je prouve par Tacite que Racine avait dénature des faits , et même des caractères ?

Pourquoi donc, en re'pondant à ma lettre , avezvous garde le silence sur le point essentiel, et n'avez-vous déclamé que sur des faits dont l'existence ne m'était pas nécessaire ? Parlez, honnête professeur: déclarez, si vous vous inscrivez en faux contre mes citations ; pourquoi n'osez-vous ni accorder , ni contester? Répondez, ou convenez que vous n'avez rien à répondre.

Vous avouez qu Adrien a refusé le triomphe ; il pouvait donc l'accepter, et j'ai droit de le lui décerner à l'Opéra. Que m'importe que ses victoires soient vraies ou fausses , l'histoire en parle , des monumens les attestent , en faut-il davantage à un théâtre qui est le pays des illusions et de la fable ? et- quelle idée dois-je avoir du maître d'école qui me critique sur ce qu'il ignore , et qui exige tant d'exactitude dans un genre qu'il affecte de mépriser? Ma lettre est longue , monsieur Geoffroy ; tant mieux ! vous méritez une correction ; vous la lirez jusqu'au bout, ou je vous condamne à apprendre l'histoire , et à devenir honnête , ce qui sera plus difficile. Je n'ai pas fini.

Vous qui savez si bien critiquer , et qui opposez une page d'injures à douze pages de raisonnemens, tâchez au moins de vous souvenir de ce que vous

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