‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 6 sur 117 · MEI.AN'',[':S · texte numérisé non relu

MEI.AN'',[':S

avez écrit. Vous dites dans votre second paragraphe, ligne 9 : « Je n'ai jamais prétendu qu'Adrien fût un lâche ,je conviens qu 'il fut bon soldat et bon officier. » Et dans l'avant dernière colonne, ligne i o , je trouve cette phrase bien étrange après la première : « V ous frémissez, citoyen Hojfman, votre » vainqueur des Parthes , votre triomphateur » traité de lâche! » Accordez- vous, professeur , et choisissez ; je vous ai bien dit que Crévier vous jouerait un mauvais tour ; il est votre seul défenseur, et encore ne vient-il que pour vous contredire. Voilà pourtant le savant qui a douze mille abonnés. Il attaque , il insulte et ne peut écrire deux pages sans contradictions.

Je n'ai pas fini , professeur: le petit géant a encore quelques montagnes à lancera Jupiter.

Au bas de la quatrième çplonne du feuilleton, je lis cette phrase digne du professeur : « Je vous exhorte, et même je vous somme de nous apprendre, etc »

Un ignorant comme moi aurait dit , je vous exhorte à et je vous somme de mais les empereurs et les professeurs ont toujours raison, même quand ils font des fautes de langue , et mon observation me vaudra sans doute quelque nouvelle injure.

Mais passons sur la faute ; vous m'exhortez donc de vous apprendre où j'ai trouvé qu .Adrien détrôna Parthamaspate , et rendit Cosroès aux Parthes. Vous me tendez un piège , monsieur Geoffroy :

Ali PROFESSEUR GEOFFROY. 3^

vous m'engagez à citer, et vous direz ensuite que je fais le savant. N'importe ! je vous réponds : vous trouverez ce fait chez Spartien dans la vie d'Adrien, et dans les commentaires de Casaubon sur cet ouvrage. Vous y lirez qu'Adrien ôta aux Parthes leur roi Parthamaspate , qu'il leur rendit Cosroès ; action qui le fit aimer de ce peuple ; vous y verrez aussi qu'il dédommagea Parthamaspate par d'autres c'tats qu'il ne nomme point; et enfin qu'il donna aux peuples d'Arménie un roi qu'il ne nomme pas davantage. Voilà donc cet honîme lâche qui ôte et distribue des couronnes ! Voulezvous plus d'exactitude ? lisez : AElius Spartianus in Adriani vitâ, p. 3, 7, 10, ou Casauboni notœ in Spnrlianiirn et alios Augustœ historiée scriptores ; Parisiis , anno 1620.

Je suis bien long, monsieur Geoffroy, je le sens; mais c'est vous qui l'avez voulu, et je mets sur votre conscience , s'il y a lieu , tout l'ennui que je donne à mes lecteurs.

Vous me demandez pourquoi je me mets derrière Zaïre pour vous répondre , et ce qu'il y a de commun entre Voltaire et moi ! Je me mets derrière Zaïre, parce que c'est un boulevard qui vaut bien le feuilleton ; et ce qu'il y a de commun entre Voltaire et moi , ce sont vos injures. Voilà sans doute le seul rapport que j'aie avec ce grand homme ; mais l'âcreté de vos expressions sur cet Hercule littéraire m'avait fait craindre vos éloges, et en comparant les critiques que vous lanciez contre Zaïre

et Adrien, j'avais d'abord pris votre article pour une flatterie ridicule. Dieu merci ! vous m'avez tiré d'inquiétude. Mais rien n'est comique comme la morgue du professeur, quand il nous dit que Zaïre mérite d'être jugée. Juger Voltaire! et c'est vous qui le jugerez, monsieur Geoffroy! Répondez donc comme dans une comédie célèbre : Est-ce qu'on me donne douze mille francs pour autre chose ?

Puisque vous m'avez exhorté de vous apprendre où j'avais trouvé un fait historique , je vous somme à me dire ce que vous entendez , en écrivant que le triomphe de mon Adrien est indisposé. Youlezvous faire croire qu'on ne jouera plus cet opéra , et que, par égard, on le laisse sur l'affiche? Ce sens suppose une charité trop chrétienne ; voulezvous dire que l'empereur est malade ? quand cela serait , pourquoi lui faire une épigramme avec des lettres italiques ? Non, monsieur Geoffroy, ce n'est pas l'empereur qui est malade , mais le roi Cosroès, qui est représenté par le C. Adrien, de manière à mériter vos injures , car il y met assez de talent pour cela. Ah! je devine, vous faites un calembour : Adrien est retardé par l'indisposition d'Adrien.

Pas mal, monsieur le professeur ; pas mal ! j'avoue que la circonstance est plaisante ; je vous sais gré de l'avoir remarquée , et votre calembour est assez joli pour un maître d'école qui n'en fait pas son état. C'est vraiment ce qu'il y a de plus aimable dans votre article ; je disais bien que vous avez de l'esprit: il nerce malgré vous, et quand la colère

ne vous dominera pas, vous serez un professeur fort amusant.

Rappelez - vous l'aimable gaieté avec laquelle vous m'écriviez le 27 nivôse. C'est là que vous étiez le vrai Geoffroy ; il y avait bien un peu d'humeur, mais vous étiez encore bon soldat et bon officier , et le trône de Jupiter n'avait point changé en lâche l'illustre guerrier du collège. Permettez-moi de retourner à ces temps plus heureux , et d'examiner ce que vous me disiez alors avec une légèreté piquante , et avec une demi-politesse. Patience, professeur ! vous l'avez voulu ; mon château de cartes sera lourd , il vous faudra bon souffle pour le renverser.

Dans l'article du 27, vous me compariez cornplaisamment à un chirurgien de village, qui prodigue les termes d'anatomie. Eh ! monsieur Geoffroy, de quels termes voulez-vous que se serve un chirurgien ? Faut-il qu'il parle musique quand un barbier l'accuse d'ignorance dans l'art chirurgical ? Faut-il qu'il imite certain professeur, et qu'il disserte effrontément sur les sciences qu'il ignore ? Voulez- vous qu'un chirurgien chante la gamme, bâtisse un sillogisme, ou décrive une cycloïde, en faisant la ponction, ou en serrant une ligature ?Un chirurgien vous dirait que vous avez de l'embarras dans le cerveau, de l'engorgement dans la vésicule du fiel ; Lavater le jugerait à votre front sévère, et nous le voyons dans votre style. Ah! M. Geoffroy, les choses n'en iraient que mieux, si les chi-

rurgiens se bornaient à l'anatomie, et si les pédans de collège s'en tenaient aux auteurs qu'ils expliquent.

Si je suis chirurgien de village, vous êtes le maître d'école de la même paroisse ; et quoi que vous fassiez, on préférera toujours le chirurgien qui remet les membres cassés, au maître d'école qui casse*bras et jambes à ses écoliers.

Puisque nous parlons d'école, je ne puis m' empêcher de vous faire un aveu. Vous ressemblez d'une manière effrayante au correcteur du collège où j'ai fait mes études. Ce brave homme était correcteur et portier de la maison ; "comme vous , il cumulait les bénéfices ; comme vous , il connaissait l'histoire, et il était poli comme le feuilleton des Débats. Il savait un peu de latin , il disait souvent : depone caligas ; et le bonhomme croyait que caligas signifie culotte. Il se nommait Cheminot, ce nom ne sortira jamais de ma mémoire : pour corriger ma tête, il employait le remède des contraires, et j'ai long-temps ignoré pourquoi il plaçait les topiques si loin de la partie souffrante.

Il est des ressemblances malheureuses, dit Picard, dans sa grande ville ; oh! monsieur Geoffroy, comme vous ressemblez à Cheminot ! cela est au point, que vos deux noms sont devenus synonymes dans ma pensée, et je vous déclare que dorénavant je vous donnerai ce nom respectable, quand j'aurai f honneur de vous répondre. Vous n'y perdrez rien, monsieur le professeur ; j'estimais beaucoup

AU PROFESSEUR GEOFFROY. 3g

cet honnête homme ; et si mon goût n'est pas encore forme, ce n'est, je vous assure, ni sa faute ni la vôtre. Je- ne vois entre vous qu'une différence notahle ; vous me fouettez parce que je suis savant, et Cheminot me fouettait parce que je ne l'étais pas.

Courage, monsieur Geoffroy! vous arrivez au port, et bientôt vous serez de'barrassë de ce vampire qui suce toute votre science , et ne vous laisse que votre orgueil.

Je nepuism'empêcherdede'plorerici la condition des pauvresgens de lettres. Ils sont les seuls des hommes réunis en socie'te', qui, dans leurs contestations, n'aient jamais le bonheur d'être juges par leurs pairs. On interroge l'architecte sur les bâtimens , le médecin sur les maladies, le pharmacien sur les remèdes, les tribunaux même choisissent pour experts ceux qui ont produit dans l'art dont il s'agit ; la littérature seule est privée de ses juges naturels. L'homme qui n'a rien fait, rien pu faire, se venge de son impuissance en mutilant les productions des autres ; ne pouvant s'élever à eux, il les rabaisse jusqu'à lui: l'auteur de vingt tragédies est jugé par le rédacteur d'un feuilleton; la musique est jugée par un régent de collège, et la poésie par Cheminot. Ce qu'il y a de pis, c'est que le vulgaire e?st dupe de leur jugement : il semble ignorer qu'il est plus facile de décrier un bon ouvrage jque d'en produire même un mauvais ; il prend la mf>rgue pour du savoir ; l'orgueil pour la ^conscience de sa force ; les injures pour des preu-

4o SECONDE RÉPONSE AU PROFESSEUR GEOFFROY.

ves , et le ton impératif pour un arrêt sans appel. Le barbouilleur d'enseignes déchire les tableaux de David ; le tailleur de pierres donne des leçons au lapidaire, et le faiseur de tournebroches va dénigrant les horlogers.

Encore un mot pour le dernier. Vous me souhaitez plus de goût et moins d'érudition ; c'est bientôt dit, monsieur Geoffroy ; le goût ne s'acquiert pas si facilement. Depuis si long-temps que je lis vos articles, je n'ai pu encore former le mien. Ah! si j'avais eu du goût, de la grâce, de la politesse et de l'impartialité , je me serais bien gardé de me faire auteur ; mais j'aurais rédigé le feuilleton des Débats.

DE JULIEN-LOUIS CxEOFFROY ,

ANCIEN PROFESSEUR D'ÉLOQUENCE , ET REDACTEUR DE L'ARTICLE SPECTACLES DANS LE FEUILLETON DU JOURNAL DES DEBATS ;

Aux deux brochures du citoyen Hoffman, sur Topera d'Adrien.

« Oui , monseigneur, oui , vous arez raison j » Je suis un sot , la chose est par trop claire , » Et Totre épée a prouvé cette affaire. »

Sacrogorgon à Danois , Chant. VII de ti Pdcïi-i,b.

Paris, ce Ier ventôse an 10.

Mes ennemis répandent partout que je suis 4e plus suffisant des hommes. Il est temps d'imposer enfin silence à ces clameurs scandaleuses ; il est temps de prouver que, lorsqu'il m' arrive d'avoir des torts, je sais les avouer avec franchise et les réparer avec éclat.

Par deux articles de mes feuilletons du 10 nivôse et du 1" pluviôse derniers, j'ai prétendu qu'Hoffman avait altéré le caractère historique d'Adrien, en faisant paraître ce prince sur un char de trio mphc , dans son opéra de ce nom ; que cet empereur n'avait jamais eu les qualités qui constituent

le grand capilaine, digne d'obtenir de tels honneurs ; qu'il n'était qu'un philosophe voyageur et ami de la paix ; qu'en vain Hoffman avait essayé de créer une réputation militaire à un homme qui, à peu de chose près, n'avait été qu'un lâche, etc.

Les auteurs à la main , Hoffman a réfuté mon opinion. Sa réfutation, j'en conviens, avait vivement piqué mon amour-propre. Que ceux qui connaissent la faiblesse humaine , se mettent à ma place ; il n'était pas gai pour un ancien professeur d'éloquence de se voir convaincu de ne pas connaître l'histoire. De là vient que j'ai persisté avec aigreur dans mon premier sentiment; mais une seconde réponse d'Hoffman, plus accablante encore que la première , m'a ouvert les yeux ; j'ai vu, en la lisant , que je devais sérieusement renoncer à donner mes erreurs pour des vérités.

Alors j'ai fini par où j'aurais dû commencer ; j'ai approfondi la question, et je vais donner loyalement au public le résultat de mes recherches. Afin d'éviter un double emploi, je ne citerai aucun des auteurs invoqués par Hoffman. Je reconnais que les passages qu'il a rapportés de Dion, de Sparticn , d'Eusèbe et même de saint Jérôme , sont exacts. Je me renfermerai donc dans les écrivains modernes qui sont dans les rayons de toutes les bibliothèques, et que mon adversaire a eu la générosité de ne pas m' opposer, sans doute en reconnaissance des ménagemens que j'ai eus pour lui dans notre dispute polémique. Je l'ai appelé petit

DE M. GEOFFROY. fi

géant couvert de la poussière des bibliothèques y mascarade d écolier travesti en pédant. Bref, je lui ai adressé une foule d'autres petites gentillesses, infiniment propres, eomme chacun sait, à jeter du jour sur une discussion.

A coup sûr, cette addition aux autorités produites par Hoffman , sera , du moins je l'espère ainsi , considérée comme un acte d'humilité de ma part, dont on me tiendra compte. Peut-être penm rat-on que celui qui est assez ingénu pour fournir lui-même des preuves de son ignorance, n'est pas cet homme que Ion cherche si méchamment à représenter comme gonflé d'un orgueil insupportable.

J'entre en matière. D'abord tous les historiens s'accordent à dire que Trajan , quelque temps avant sa mort, et lorsqu'il quitta l'armée, après avoir vaincu les Parthes, en laissa le commandement à son parent Adrien.

J'aurais dû sentir que Trajan, grand homme de guerre, n'aurait pas commis l'imprudence de confier à un lâche le commandement de ses cohortes dans des contrées à peine soumises ; et en effet Adrien avait accompagné Trajan dans la plupart de ses expéditions ; il s 'était signalé surtout dans la seconde guerre contre les Daces, par des actions si éclatantes , qu'après avoir été déjà questeur et tribun du peuple, il fut encore successivement préteur, gouverneur de Pannonie et consul. (Voyez le grand Dictionnaire de Moreri, édition ( 1 c Pa ri s , l 7 ?> 2 ) . Ses belles actions militaires

lui avaient même valu de la part de Trajan le diamant que ce dernier avait reçu de son prédécesseur Nerva. (Voyez le Dictionnaire de Bayle, édition d'Amsterdam, 1730).

Les historiens s'accordent également . sur cet autre point de fait, qu'aussitôt la mort de Trajan, Adrien fut proclamé empereur par les troupes romaines.

J'aurais encore dû réfléchir que si Adrien n'eût été qu'un lâche , les soldats qui venaient à l'instant même de vaincre sous Trajan, ne l'eussent pas élevé à l'Empire. Si nous avions le malheur de perdre le vainqueur de Marengo, personne ne proposerait, je pense , de le remplacer par un poltron.

Yoilà ce que j'aurais dû me dire ; mais il ne faut pas tant exiger d'un folliculaire , obligé de fournir à son feuilleton , cinq ou six colonnes en petit texte, danslcs vingt-quatre heures de la représentation d'une pièce de théâtre.

Si, avant de parler comme un pédant de ce qui m'était inconnu, j'eusse voulu me donner la peine de feuilleter, ainsi que je l'ai fait depuis, non pas Dion, Eusèbe et Sparlien , ces vieux auteurs ne sont lus que par les savans , mais seulement les historiens du dernier siècle et de celui-ci, que les plus minces écoliers connaissent au moins de nom , oh ! que j'aurais parlé différemment de l'opéra d'Adrien !

Laurent Echard, auteur anglais, tome Y de son histoire romaine, traduite en français, édition de

Paris, 1744' dit, page 216, après avoir parle de l'avènement d'Adrien à l'Empire, qu'il prit le chemin d'Italie et qu'apprenant à son arrivée que

le superbe triomphe qu'on avait prépare à son prédécesseur lui était destiné, comme au compagnon de sa gloire , il refusa cet honneur qu'on rendit par ses ordres à l'effigie de Trajan qui triompha ainsi après sa mort, ce qu'on n'avait point encore vu. An de N. S. n8.

Le Dictionnaire de Bayle ; celui de Moreri ; le Dictionnaire historique des Hommes illustres, édition de 1789 ; le nouvel Abrégé chronologique de l'histoire des empereurs , par Adrien Rlcher , édition de Paris 1754, tome ier, page 194 '■> enfin l'Histoire universelle, traduite de l'anglais, en 126 volumes in-8°, édition de Paris, 1781 , tome 24, page 85 , sont unanimes sur le triomphe décerné à Adrien et par lui refusé.

Certes, si j'avais pris la précaution, comme ma profession de critique m'en imposait la loi, de consullcr ces passages historiques, j'aurais aperçu que si Adrien , compagnon de la gloire de Trajan, avait par modestie (c'est l'expression dont se servent les. auteurs de l'Histoire universelle, traduite de l'anglais), refusé le triomphe à Ptome, un auteur dramatique qui n'est pas assujetti à l'exactitude historique, pouvait bien le lui faire accepter, surtout à l'Opéra.

Page 226 du tome 5 de son Histoire romaine, L. Echard ajoute qu'en l'année 119, les Alains, les

Scythes de l'Europe , et les Daces ravagèrent les terres de l'Empire ; qu'Adrien marcha en personne pour venger cette injure ; que le seul nom de ce prince, autrefois lieutenant de Trajan, intimida l'ennemi qui se soumit.

Le Dictionnaire Historique e'nonce le même fait.

Page 86 du tome il± de l'Histoire universelle, traduite de l'anglais , je lis : « l'année suivante

» Adrien fut consul pour la troisième fois Vers

» ce temps, les Sarmates et les Roxolans firent une » irruption dans l'Illyrie. Adrien sortit de Rome, » et gagna la Mœsie, où il vainquit les barbares

» à leur retour d'Illyrie Il était aussi redouté

» qu'aimé des barbares. »

Moreri et Bayle confirment les mêmes événemens.L' Abrégé chronologique de Richerdit, p. 1 0,4. t. ier, qu'en l'an 119 les Sarmates et les Roxolans furent vaincus.

« Jamais l'Empire romain ne fut plus puissant » que pendant les règnes de Trajan, d'Adrien, » d'Antonin et de Marc-Aurèle. Le règne de ces » auatre empereurs, formant une période d'envi- » ron 80 ans, présente le plus beau spectacle dont » ait jamais joui l'univers. Cette époque, aussi glo- » rieuse que favorable à l'humanité, nous montre » ces quatre princes , quoiqu'Adrien ne fût pas » sans défauts, comme des hommes qui approche

» rent de la Divinité. Que l'Empire dût être

» formidable, sous ces règnes nu courage et de » la vertu! Aussi l'histoire des nations qui voulu-

DE M, GEOFFROY. fa

» rent en secouer le joug ou l'attaquer, 'ri est que » celle de leurs désastres. » Pages io4 et io5 du tome 2 de l'Histoire de France avant Clovis, par Laureau, édition de 17B9.

Si j'avais connu toutes ces autorités, je me serais bien gardé de demander arrogamment à Hoffman sur quoi il s'était fondé, pour faire d'Adrien un vainqueur des barbares, et je ne me serais pas avisé d'accuser de lâcheté un empereur mis, pour le courage, sur la même ligne que Trajan, Àntonin et Marc-Aurèle ; un empereur qui marchait en personne contre ses ennemis intimidés par son seul nom. Le nom d'un lâche n'intimide pas des peuples qui ont pris les armes : il produit un effet tout contraire.

Page 236 , tome 5 , L. Echard dit : » L'entre- » prise des Parthes sur les frontières de l'Empire » romain, la septième année du règne d'Adrien » (an 122), abrégea son séjour dans la capitale, » croyant ne devoir confier qu'a lui-même le » soin d'une guerre toujours considérable , » quand elle était contre cette nation guer- » rière. » L. Echard ajoute que les Parthes furent effrayés, et d'agresseurs devinrent supplians , demandant eux-mêmes la paix qu'ils venaient de rompre.

Le Dictionnaire historique et Moreri confirment ce fait en d'autres termes, mais équivalens.

Or, il y a grande apparence que si j'eusse jeté les yeux sur ces différens écrivains , je n'aurais pas

présenté comme un lâche celui qui croyait ne devoir confier qu'à lui-même la conduite de la guerre, quand elle offrait des dangers qui sortaient du cercle des dangers ordinaires. Je n'aurais pas non plus improuvé lourdement une mêlée qui a lieu entre les Romains et les Parthes dans F opéra d'Hoffman, sous prétexte qu'il était de vérité historique que ces derniers n'escarmouchaient qu'en lançant de loin des javelots. J'aurais fait attention que ce genre de combat était vraisemblablement particulier aux tirailleurs Parthes. L. Echard n'eût pas en effet , par une inconséquence inexcusable , qualifié de guerre toujours considérable , une guerre qui n'eût consisté du côté des Parthes qu'en timides escarmouches.

Et d'ailleurs n'aurais-je pas dû me rappeler que l'an 701 delà fondation de Rome (voyez L. Echard, t. 3, p. 47 et 4^)? les Parthes, commandés par Suréna, remportèrent une victoire signalée sur le consul Crassus , si fameux par son avarice ; que 20,000 Romains restèrent sur le champ de bataille: que 10,000 furent faits prisonuiers ; ce qui paraîtrait supposer que les vainqueurs avaient approché les vaincus de plus près qu'en escarmouchant de loin ?

Pierre Corneille fait dire par un amant à sa princesse qui le fuit :

« Vous fuyez, mais en Parthe , en me perçant le coeur. » C'est ce maudit vers qui m'a blousé ; oui , je

DE M. GEOFFROY. /Jq

l'avoue, c'était uniquement dans ce vers qui, selon Voltaire, n'est qu'un jeu d'esprit, que j'avais pris connaissance de la nature de la guerre des Parthes contre les maîtres de l'univers. Je ne sais , mais je crois que je fais preuve de sincérité'. Tant de candeur doit effacer bien des torts. Je continue.

Page 228 et 229 du tome précité, L. Echard parle du voyage d'Adrien dans les différentes provinces de son Empire.

« Pendant ce long voyage , dit l'historien , il » marchait d'ordinaire à pied et nue tête, traver- » sant les neiges des Alpes, comme les sables brû- » lansde l'Egypte...... Quoiqu'il n'y eût point alors

» de guerre , il voulait cependant que la discipline » fût observée de même que dans une guerre dé- » clarée , et que le soldat ne relâchât rien de cette » vie dure qu'on mène dans les camps , et qui » maintient la vigueur et le courage des troupes. »• Il était vêtu , dans ses revues , en simple soldat. » Il mangeait avec eux le pain de munition, le lard » et le fromage , à l'exemple de Scipion et de Me- » tellus ». An 120.

L'Histoire universelle sacrée et profane de l'académicien Hardion, composée par ordre de Mesdames de France, et continuée par Linguet, t. 7, p. 56, éd. de 1756, et l'Histoire universelle, traduite de l'anglais, p. 81 dut. 24, disent la même chose , et presque dans les mêmes termes. » C'est » ainsi , ajoutent les auteurs de cette dernière hisv toire , qu'Adrien rétablit l'ancienne discipline

5o RÉPONSE DÉFINITIVE

» militaire , perdue par la négligence de ses pré- » décesseurs , depuis Auguste. »

Condillac, dans son Cours d'études qui est entre les mains de tout le monde , et que je n'avais pas lu, s'exprime ainsi (ch. 2 du liv. 14 de l'Histoire ancienne) sur les voyages d'Adrien : « Il ne voulait » pas que sa présence fût à charge aux provinces. » Il voyageait à pied à la tête de ses troupes ; ex- » posé à la pluie, à la neige, au soleil, il campait » avec elles. Sa vie , quoique dans la paix , était » toute militaire. Il partageait les fatigues des » soldats ; il se nourrissait comme eux ; il ne pa- » raissait que le premier soldat de V Empire. Par » cette conduite qui le iaisait respecter des troupes, » il était aussi redouté des ennemis qu'il était chéri » de ses peuples. »

L'abbé de Mably, liv. 6 de ses Observations sur les Romains, m'instruit que l'Empire ne jouit pas long-temps du bonheur de voir régner dans ses armées le courage et la discipline qu'elles devaient à la sagesse de Trajan , d' Adrien et de Marc-Aurèle.

On présume bien que si j'avais eu la moindre notion de tous ces faits , je n'aurais pas été assez ennemi de moi-même pour reprocher à Hoffman d'avoir donné au héros de son opéra le caractère d'un grand militaire. Enfin , je n'aurais pas avancé qu'un prince redouté des barbares ; qu'un prince qui maintenait par son exemple, le courage et la discipline parmi ses soldats ; qu'un prince, en

DE M. GEOFFROY. Si

un mot, assimile dans l'histoire à Scipion et à Meteîlus , était simplement un philosophe voyageur.

Ce n'est pas tout. Condiliac dit , loco cltato : « grand capitaine , Adrien ne craignait ni les » jatigues ni les dangers. »

Désormeaux, auteur d'une vie de Conde trèsestimée , dit p. 9 du t. icx de son Abrégé chronologique de l'Histoire d'Espagne, éd. de Paris, 1 7^8, que Trajan , Adrien et Théodose , tous trois Espagnols , étaient tous les trois grands hommes , grands capitaines et grands princes.

J'ouvre l'Histoire générale d'Espagne du père Jean Mariana, jésuite, traduction du père Charcnton, aussi jésuite, imprimée in- 4°, à Paris en 1 745; t. Ier, p. 36'2, je lis qu'Adrien tout couvert de gloire, tant par ses victoires que par mille autres actions , ne pensa plus qu'à jouir tranquillement du repos qu'il avait donné à l'Empire.

Et j'ai prétendu avec morgue qu'il n'était qu un lâche/ Que de gens vont prétendre que je ne suis quun Impertinent/

Je prends l'Histoire générale d'Espagne de Jean Ferreras, traduite par d'Hernûlly, éd. in~4°, à Paris, 1 752, t. Ier, p. 226 :« Adrien lut toujours grand » capitaine et fort attaché à la discipline rnlll- » taire, se comportant à l'extérieur comme un » simple soldat. Cependant il était ennemi des » guerres. »

Si je voulais incidenter, je me rattacherais à cette dernière phrase. Il était ennemi des guerres ; mais

ce ne serait qu'une misérable chicane. En effet , il est évident que pour avoir haï les guerres, Adrien n'était pas un lâche , puisqu'il a toujours été' grand capitaine. Le vrai brave n'aime pas la guerre. Il la fait quand elle est indispensable; mais l'olivier de la paix précède toujours ses bataillons.

« Ployez de quel abaissement l'état sortit sous » Adrien , et à quel point de gloire et de majesté » il arriva sous Marc-Aurèle ! » Marmontel, ch. XI de Bélisaire.

« Adrien , quoique bon capitaine , préférait » la paix à la guerre. » Page 2o5 du t, ier de l'Abrégé chronologique de Richer.

« Il n'aimait pas la guerre, non fauté de valeur. » Page 56 du t. 7 de l'Hist. univ. de Hardion.

« Adrien était brave et avait montré de » grands talens pour la guerre, mais l'exemple » de son prédécesseur l'avait instruit sur les dan-

» gers de cette passion en contribuant a

» cette gloire sanguinaire et ruineuse , il avait » appris à la craindre. » Linguet » p. 178 du t. 2 des Révolutions de l'Empire romain , éd. de 1766.

« Si Adrien ne différait guère de son oncle Tra- » jan, par le courage et l'expérience militaire, » dit L. Echard , page 2 l4 du t. 5 de son Histoire » romaine , iln'avait pas les mêmes inclinations. » Page 226, il aimait le repos et la paix, malgré sa » diligence à se mettre en campagne , quand la » nécessité le requérait. »

Voila le véritable héros; voilà le vrai guerrier

digne de commander à ses semblables; voilà enfin l'homme qui mérite d'obtenir, et dans l'histoire et dans les chants des poètes, les honneurs du triomphe qu'une critique ignorante et chagrine lui a inutilement refuses pendant quelques instans. C'en est fait , s'il m'arrive dorénavant d'insérer quelques articles d'histoire dans mon feuilleton , je ne me fierai plus à mon éloquence; je ne parlerai qu'après avoir, s'il le faut, pâli sur les auteurs , dussé-je passer pour un petit géant couvert de la poussière des bibliothèques.

Ce n'est pas tout : Montesquieu, que je n'ai pas plus lu que Condillac , chapitre 16 de ses Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence des Romains , s'exprime ainsi. Écoutez bien. « La sagesse de Nerva , la gloire de Trajan , » la valeur d Adrien, la vertu des deux Antonins , » se firent respecter des soldats. »

Remarquez que Montesquieu , qui était pour le moins aussi instruit que moi , dit expressément la. valeur d'Adrien! et je me suis cru fort sur l'histoire, et j'ai soutenu fièrement, devant mes douze mille abonnés, qui ont du bien se moquer de moi, qu'Hoflman était un sot d'avoir fait du héros de son poème, un grand capitaine, un triomphateur ! je le sens plus que jamais; je ne suis qu'un faible écolier de sixième qu'il faut chasser du feuilleton et renvoyer au collège.

Ce n'est pas lout. Les lecteurs qui sont si édifiés de mes articles dévots, croient peut-être que je lis

les pères de l'église. Eh bien! ils se trompent ; je ne lis et ne relis que mon feuilleton ; et, je m'en aperçois , ce n'est pas ce que je fais de mieux. Si j'eusse lu Bossuet , j'aurais vu qu'après avoir consacre' quelques lignes à Trajan, dans son discours sur l'Histoire universelle , il dit qu'Adrien maintint la discipline militaire , vécut lui-même militairement et avec beaucoup de frugalité, soulagea les provinces , fit fleurir les arts et la Grèce qui en était la mère ; que les barbares furent tenus en crainte par ses armes et par son autorité.

Mes amis , mes chers abonnés , quel soufflet à l'érudition de votre professeur! Hélas! il n'est que trop vrai. Bossuet le dit : Adrien vécut militairement. Ce dernier mot , ce mot fatal est dans le texte ; et les barbares tenus en crainte par les armes d'Adrien! Où me cacher? où fuir? je ne critiquerai plus rien; je louerai tout , jusqu'à Voltaire , et même je décernerai très-incessamment les honneurs du triomphe à Chazet.

Ce n'est pas tout. Page 202 du tome déjà cité , L. Echard dit : « quant aux nations de la haute » Germanie qui s'étaient conservées libres, Adrien » leur choisit lui-même un roi. »

Richer, pages 179, 188 et 10,4 du tome ier de son Abrégé chronologique, m'apprend que Trajan chassa Cosroës de ses états qu'il donna à Parthamaspate ; que Cosroës resta errant jusqu'à ce qu'Adrien , successeur de Trajan , Veut rétabli sur le trône des Parlhes , après açoirfait Partharnas-

pâte roi d'une nation voisine. « Il établit cette an- » née (an i32), dit le même auteur, page 200, » plusieurs petits rois sur dif/érens peuples , situés » au nord du Pont-Euxin. »

« Il permit aux Arméniens, dit l'Histoire uni- » verselle, traduite de l'anglais, page 84 dut. 24, » de se choisir un roi, et aux Parthes de rappeler » Cosroës que Trajan avait chassé depuis deux ans. » Parthamaspate , dont ils étaient mécontens,yî// » fait souverain d un peuple voisin. »

Condillac et le Dictionnaire historique disent aussi qu'Adrien rétablit Cosroes et lui rendit toutes les provinces qu'on venait de lui enlever.

« Passant des vices qui rendent féroce à ceux » qui amollissent , dit Mably , livre 6 de ses Ob- » servations sur les Romains , les Parthes furent » vaincus par Trajan. Ils ne reconquirentpoint leur » indépendance , elle leur fut rendue par » Adrien. »

Ceux qui n'aiment point à passer pour des sots, pourront juger combien je suis honteux aujourd'hui d'avoir sommé ironiquement Hoffman de me dire où il avait lu qu'Adrien avait rendu à Cosroè's le trône des Parthes , avait distribué des couronnes, etc., etc. Je promets de ne plus me couvrir de ridicule par des sommations aussi indiscrètes.

Ce n'est pas tout encore. J'ai essayé de ridiculiser une certaine Sabine , amazone aigre et altière ( ce sont les épithétes que je lui ai données ), qui figure dans l'opéra d'Hoffman , où elle finit par

épouser Adrien ; je me suis beaucoup égayé' sur cette amazone que je croyais de l'invention de l'auteur. Or, mes amis, la plupart des historiens confirment son existence. Ils m'apprennent qu'elle était petite-nièce de Trajan , et qu'elle a épousé Adrien , ce dont je ne me doutais pas.

Bien plus ; Moreri assure qu'elle était d'un caractère hautain. L. Echard dit, p. 225 du tome 5 de son Histoire romaine , qu'elle était d'une humeur chagrine et pointilleuse.

Si cette Sabine était chagrine , pointilleuse et hautaine , Hoffman a donc eu raison , pour parler mon langage, de lui donner le caractère d'une amazone altièreet aigre , et je n'étais, moi , quand je l'en ai brutalement repris, qu'un critique aigre et hautain , et un housard noir , sans instruction , comme sans politesse.

Maintenant, je le demande ; parmi les auteurs siffles qui me jettent si chrétiennement la pierre, y en a-t-il beaucoup qui soient capables de mettre aussi franchement au grand jour leurs bévues littéraires? Qu'ils se taisent donc, et surtout qu'ils cessent de dire que je suis le plus suffisant des hommes, lorsque j'en suis devenu le plus modeste.

Un dernier aveu rendra plus complet encore le triomphe de mon humilité et de ma bonne foi. J'ai publié, il y a deux ans, une traduction de Théo crite , qu'un de mes anciens écoliers a loué deux fois à outrance dans le journal de Paris , et une fois officiellement dans le grand Moniteur universel.

Ce sont les éloges exagérés de cet écolier que , par reconnaissance , j'ai depuis appelé poète et marchand de vin , qui mont gâté. Ils m'ont tourné la tète au point que très- sottement je me suis cru bien supérieur au poète que je venais de traduire en prose. Je me suis persuadé dès-lors que j'étais appelé , par mes sublimes talens, à prononcer souverainement sur le mérite des vivans et des morts. Mes recherches sur la valeur d'Adrien, ont un peu dissipé la brillante idée que j'avais conçue de moi. Elles m'ont convaincu que je n'avais que de la présomption; or., j'ai résolude m'en guérir. Cette brochure naïve doit prouver que je suis déjà en bon train ; et même pour accélérer ma convalescence, j'ai rimé le triolet suivant que je m'adresse humblement , en me frappant trois fois la poitrine par forme d'acte de contrition , tous les matins aussitôt que je m'éveille, et tous les soirs avant de me mettre au lit :

D'un auteur grec plat traducteur, As-tu donc un si grand mérite ?

Pauvre Geoffroy, vois ton erreur.

D'un auteur grec plat traducteur, Tu te prises plus que l'auteur De l'œuvre par toi mal traduite.

D'un auteur grec plat traducteur, As-tu donc un si grand mérite?

Julien- Louis Geoffroy.

P. S. Je viens de dire que les récits pompeux qu'un de mes écoliers avait faits de ma traduction de Théocrite, dans

deux des journaux les plus répandus , m'avaient rendu vain et présomptueux , et j'ai dit vrai. Cependant V exacte vérité historique exige un léger correctif à cet aveu. Les éloges de mon écolier ont pu augmenter mon amour-propre et mon impolitesse , mais ils n'en ont pas été entièrement l'origine. Dès auparavant j'avais déjà donné quelques petites preuves de vanité et d'impertinence ; et comme je ne veux plus désormais rien avancer que les livres à la main , je prends ma susdite traduction.

Page 6g, j'y annonce mo destement, et toutefois sans tenir parole, que je vais expliquer un passage de la seconde idylle de Théocrite, qui n "a point encore été entendu, et qui a étéjusqu 'ici recueil de tous les savons. Ce sont mes propres expressions.

Pages 274 et 275 , j'assure que Pindare n'est qu'un poète fougueux qui débite des apophlhegmes à la glace, et que ses odes sont parsemées de sentences triviales et de maximes philosophiques. Or, on sait que dans mon feuilleton, philosophique est synonyme de révolutionnaire.

Page 180, je traite avec raison Lucien tf impudent , pour avoir composé un dialogue cynique où la pédérastie est exaltée comme la passion des sages et drs philosophes ; à la vérité , ce juste reproche se trouve affaibli dans la phrase même qui le renferme, car, par une indulgence assez remarquable dans un ancien professeur d'éloquence, j'y qualifie simplement tf erreur des sens le vice anti-social célébré par Lucien. Mais au fait, page xxv du discours préliminaire de ma traduction, je traite aussi Fontenelle tf impudent, pour avoir voulu faire de ses églogues le fondement d'une poétique sur le genre pastoral , quoique Fontenelle ait pris la précaution, dès les premières lignes de cette poétique qu'on m'a lue depuis, d'avertir que, mieux éclairé, il l'avait écrite dans des principes tout différens de ceux dans lesquels il avait rimé ses églogues.

Ainsi ma fatale habitude de prodiguer toujours et de peur d'y manquer, l'injure la plus grosse aux écrivains qui

me déplaisent , est cause que j'ai poussé l'inconvenance jusqu'à apostropher dans les mêmes termes et l'apologiste impur du vice le plus monstrueux, et le modeste auteur d'une poétique, d'aiileurs très-innocente, en la supposant même aussi mauvaise que je le croyais avant de la connaître. Oh! combien je rougis, quand il m'arrive de rentrer en moi-même, et de songer aux réflexions peu flatteuses que font naître de toutes parts mes innombrables inconséquences !

Page 1