‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 51 sur 117 · DE MM. LACRETELLE ET ETIENNE · texte numérisé non relu

DE MM. LACRETELLE ET ETIENNE

Je ne répéterai pas les plaisanteries bonnes ou mauvaises qui ont été faites, depuis un siècle, sur les séances académiques. Ce n'est pas que je craignisse par là de déplaire au plus grand nombre de mes lecteurs; je sais, j'éprouve tous les jours que les épigrammes les plus usées , les railleries les plus froides font sourire comme des traits plaisans quand elles se dirigent sur une société littéraire , et l'on exige moins d'esprit dans le satirique qui attaque l' Académie entière que dans celui qui critique un seul académicien. Mais au lieu de reproduire toutes ses saillies sur le fauteuil, sur les quarante , sur leurs discours soporifiques , et autres gentillesses qui font briller à peu de frais, je leur opposerai le spectacle que m'a offert le palais de l'Institut avant que les portes en fussent ouvertes.

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La pluie tombait par torrens , les vents soufflaient avec violence , et cependant clés hommes élégamment vêtus , des femmes délicates , quittaient leurs voitures pour se ranger modestement autour d'un péristyle découvert; et là, sans abri comme sans impatience , tous se pressaient près des portes, désirant sans doute , mais n'osant demander qu'elles s'ouvrissent un peu plus tôt.

Un étranger qui ne connaîtrait l'Académie que par les sarcasmes des auteurs qui n'y siègent pas , aurait été fort étonné de voir cette foule élégante à pareil temps, en pareil lieu. Quoi ! se serait-il dit, le mauvais temps qui dérange souvent des affaires importantes , et des plaisirs plus importans que les affaires, n'enlève pas un admirateur à l'Académie? Est-ce donc pour s'ennuyer que l'on brave une tempête ?

Je répondrai à cet étranger : Et les épigrammes lancées contre l'Académie , et l'empressement avec lequel on court à ses séances, ont une même cause et partent d'une même source. Pour une personne que les Muses seules y conduisent , il y en a mille qui s'y portent avec une malignité secrète, et avec l'espoir de la faire éclater. Si les gens de lettres en général plaisent peu à la multitude , parce qu'ils humilient la médiocrité; si tout homme qui imprime se fait une foule d'ennemis secrets , par cela seul qu'il affiche une prétention à la supériorité sur le commun des hommes ; quel sentiment réserve-t-on pour l'Académie, qui s'élève

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sur les gens de lettres mêmes, qui est un choix fait enlrc des hommes déjà choisis, qui enfin est composée de membres que l'on peut appeler des élus parmi les élus ? Quel plaisir si l'on peut les trouver en faute ! Comme ils sont consolés ceux qui sont incapables de faire quoi que ce soit, quand un grand écrivain , quand un protégé des Muses se trompe dans un discours , ou même quand il déplaît , parce que le public s'est trompé ! Avec quel empressement on épie leurs gestes, on scrute leurs moindres mouvemens, leurs traits, leur tournure! et comme on s'amuse de l'enveloppe lorsque l'intérieur n'offre pas assez de prise à la malignité. INe croyez donc plus que l'on bâille à l'Académie ; on s'y occupe trop à médire pour qu'on puisse s'y ennuyer.

Les nouveaux académiciens , les récipiendaires, sont surtout l'objet de l'attention publique , et cette attention n'est pas exclusivement fixée sur leur mérite. Avant la séance, on discute leurs titres d'admission : on leur oppose d'autres candidats auxquels on accorde alors de grands talens, qu'on aura soin de rabaisser quand ils auront obtenu le fauteuil ; on attend avec impatience le discours de réception ; et le trouble , l'émotion que cause nécessairement une pareille solennité, n'obtiennent pas toujours grâce pour les défauts que l'on remarque ou que l'on croit apercevoir, ou qui ne proviennent peut-être que de cette émotion même ; car l'air assuré , la contenance impo-

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santé et la voix sonore sont , pour bien des gens , les parties essentielles et constitutives de l'éloquence.

Me sera-t-il permis de le dire ? Des académiciens mêmes partagent jusqu'à un certain point la malignité du public envers les nouveaux élus. Ceux qui ont blanchi sur le fauteuil regardent leurs anciens titres de gloire comme bien supérieurs à ceux des jeunes récipiendaires ; ils reçoivent ceux-ci comme des maîtres admettent quelquefois des écoliers à leur familiarité ; ils semblent dire : « Nous n'avons pas trouvé mieux ; les hommes dégénèrent : on nous a recherchés parmi les bons , nous sommes forcés de choisir dans le médiocre. » Je ne puis mieux les comparer qu'à ces vieux soldats qui s'amusent de l'inexpérience des recrues, sans songer que le jeune homme encore timide, peut-être même un peu gauche , peut devenir un jour leur général , tandis que les railleurs resteront toujours braves gens , sans doute , mais soldats.

Le trouble et l'émotion dont je viens de parler étaient visibles dans toute la personne de M. Lacretelîe. Sa voix était sensiblement altérée , et n'a repris une partie de son timbre que quand de justes applaudissemens ont rendu à l'orateur un peu plus de confiance. Il a débuté par déplorer le cruel accident qui vient d'enlever aux Muses l'écrivain auquel il succède. Il a justement loué les talens de M. Ksménard ; mais bientôt il s'est interrompu , comme s'il eût été troublé par les clameurs de ces

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