‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 52 sur 117 · DE L'INSTITUT · texte numérisé non relu

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censeurs moroses, de ces critiques atrabilaires qui vont calomniant notre siècle , et criant partout qu'il n'y a plus en France ni goût, ni talent, ni poésie , ni littérature.

Cette réplique aux détracteurs du temps pressent amenait tout naturellement un parallèle entre les deux derniers siècles ; M. Lacretelle Ta tracé avec une élégante rapidité , en payant à celui de Louis XIV un digne tribut d'éloges et d'admiration , mais en vengeant le dix-huitième siècle de la honte, je dirais presque de l'infamie dont on a voulu le couvrir. L'orateur n'a pas opposé les grands écrivains de ces deux âges pour élever les derniers au-dessus du rang qu'ils doivent occuper, mais pour prouver que ceux-ci ont été en quelque sorte une heureuse continuation des autres. On sent que ces tableaux successifs , dans des genres différens, ont dû former autant de parties distinctes dans un même discours; mais cette unité oratoire, qu'il est si facile de recommander, est -elle nécessaire dans toutes les circonstances? je dirai plus : est-elle toujours possible ?

Le plan de M. Lacretelle le forçait à l'examen d'un grand nombre d'ouvrages recommandables , dont les auteurs vivent encore : il l'a fait succinctement et clairement, sans emphase, sans partialité: et les louanges qu'il a données à quelques-uns de ses confrères n'ont pas excédé les bornes de la modération, elles n'ont pas même atteint les limites académiques.

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Ce discours a été souvent et vivement applaudi, et sans doute il plaira davantage encore à la lecture, parce qu'alors rembarras et l'émotion de l'auteur ne lui enlèveront plus une partie de son charme.

M. le comte de Ségur a répondu à M. Lacretelle. La partie de son discours qui s'adresse au récipiendaire a fait un plaisir aussi fréquemment que généralement manifesté : des traits fins et spirituels, des phrases pleines de délicatesse et d'urbanité , ont fait voir clairement que le genre d'esprit qui tient à la grâce et à la politesse françaises est celui qui plaît le plus sûrement au public rassemblé. M. de Ségur a été continuellement interrompu par les applaudissemens ; mais ce sont de ces contrariétés que l'on souffre avec beaucoup de patience.

Dans la seconde partie du discours , l'orateur a présenté des considérations sur V histoire , genre de composition auquel M. Lacretelle semble s'être exclusivement consacré , et qui lui a ouvert les portes de l'Académie. M. de Ségur a comparé les historiens de l'antiquité à ceux des temps modernes ; il a très-bien caractérisé les uns et les autres , mais il me semble avoir appuyé d'une manière désespérante sur l'énorme supériorité des anciens. Dans ceux-ci l'orateur n'a vu que les beautés ; dans les modernes, il n'a fait qu'entrevoir les beautés , et il a observé les défauts. Il a dit la vérité, sans doute ; mais a-t-il dit toute la vérité ?

Dans l'histoire ancienne , les événemens , les

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mœurs , les usages, les opinions ont peu de rapport avec ec que nous voyons autour de nous ; rien n'y blesse nos idées favorites, nos prédilections, notre amour-propre, nos préjugés; nous n'avons donc aucun intérêt à trouver des défauts dans l'écrivain qui nous présente ces tableaux plus ou moins fidèlement , et nous n'avons peut-être pas les connaissances nécessaires pour les apprécier à leur juste valeur. Il n'en est pas de même de l'histoire moderne : plus elle se rapproche de nous , plus nous sommes en état de la juger et de décider sur le mérite de l'historien. Celui-ci, d'un autre côté , sera bien habile , s'il ne blesse pas quelquefois nos préjugés , nos opinions , nos habitudes : nous ne lui accordons notre estime qu'en disputant , tandis que nous pardonnons tout aux anciens, parce que leurs erreurs, leurs préjugés, leurs fables même n'intéressent plus notre amourpropre.

Supposons que du milieu de nos écrivains il s'élève deux hommes, dont l'un ressemble entièrement à Tacite et l'autre a Tite-Live : je ne vois rien de plus opposé que ces deux historiens ; jamais rivaux courant la même carrière n'ont fait des pas plus inégaux : eh bien ! serions-nous d'assez bonne foi pour accorder à chacun d'eux sa juste part d'estime ? non : les uns prendraient parti pour le premier, d'autres pour le second; celui-ci serait censuré , blâmé par les admirateurs de son rival , et réciproquement. M. de Ségur même, qui n'ose

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les juger parce qu'ils sont anciens , se déciderait sans doute pour l'un d'eux s'ils étaient modernes ; mais , quelle que fût l'impartialité de son jugement , toujours est-il certain qu'il ne les proposerait pas tous deux également pour modèles.

Ce discours a été terminé par un très -grand éloge de M. Esménard. Le talent de ce poète a été vivement senti et délicatement loué par l'orateur: je regrette seulement qu'il ait si formellement excusé les écrivains qui s'affranchissent des règles. Sans doute quand un ouvrage irrégulier plaît au lecteur, quand il produit de douces ou de vives émotions, quand le talent y brille de toute part, il est, quoi qu'en dise la critique , une production estimable; mais l'estimerait -on moins s'il était régulier? M. de Ségur a reproché à Voltaire de n'avoir pas écrit l'histoire avec assez de dignité ; cependant Voltaire est peut - être le plus agréable des prosateurs : on ne lit aucun auteur aussi longtemps ; on ne revient à aucun avec autant de plaisir. Quel est donc le motif du reproche que lui fait l'orateur? Ce sont les principes de l'art : il y a donc des règles; et où seront-elles respectées, si ce n'est dans le sein de l'Académie ?

M. Etienne , qui avait eu le temps de prendre son parti et de s'acclimater en quelque sorte, a paru beaucoup moins ému que M. Lacretelle ; il a prononcé son discours avec assez d'assurance pour que toutes les nuances en fussent senties ; et il avait besoin de toute sa fermeté , car il se proposait

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