SÉANCE
facile d'en faire de mauvaises : « Messieurs , leur » dit M. Etienne , ne soyons pas plus sévères que » l'inflexible Boileau , et montrons-nous fiers d'une )> supériorité que peut-être nous dédaignerions » moins si on nous la disputait davantage. »
L'orateur a peu à peu réconcilié ses auditeurs avec l'apparente frivolité de ce petit poème; on n'a plus été étonné d'entendre le mot chanson répété par les voûtes académiques : que de droits n'a-t-elle pas à notre reconnaissance! «Tour-à- » tour naïve , tendre , morale et guerrière , elle » fait éclore les idées les plus riantes et les senti- » mens les plus élevés ; elle inspire l'amour, ci- » mente l'amitié, frappe le ridicule , enflamme le » courage : elle est à la fois l'interprète du cœur » et l'organe de l'esprit. » Cet éloge est grand et n'est point outré : ne sont-ce pas des chansons qui ont immortalisé Anacréon et Horace? Notre ode anacréontique est -elle autre chose qu'une chanson? N'oublions pas suriout que souvent un petit ouvrage décèle un grand talent, tandis qu'un gros livre peut être une lourde preuve de la médiocrité.
Après avoir montré M. Laujon au milieu des Collé, des Piron , des Favart , dans cet ancien Caveau, véritable Académie du plaisir, qui fut, plus souvent qu'on ne pense, l'Académie du bon goût, M. Etienne le transporte au Théâtre- Lyrique. M. Laujon y fut ce qu'il était dans la société, toujours aimable, décent et spirituel; mais la Muse de la chanson le suit dans cette nouvelle
DE L'INSTITUT. 4oï
carrière, et fait reconnaître Erato sous le masque de Thalle.
Il fallait une grande flexibilité de talent, de la grâce, et surtout beaucoup d'adresse pour traiter avec succès un pareil sujet dans une pareille solennité'. Le public s'y est laissé conduire par une pente douce et presque insensible ; il a souri aux tableaux gracieux présentés par l'orateur; il a vivement applaudi l'éloge de l'académicien et le talent du panégyriste.
La transition à un genre plus relevé n'a pas été moins adroite que l'éloge du genre plus modeste. Les succès de M. Laujon dans la comédie lyrique , cet ascendant irrésistible qui lui fait suivre la pente de son talent naturel , amènent cette réflexion si juste, que Marivaux , écrivant des comédies, faisait encore des romans, et que Le Sage, écrivant des romans , faisait encore des comédies. Comme M. Laujon , M. Etienne obéit ici à l'impulsion de la nature; car, par cette réflexion seule, et sans que le public s'en aperçoive, l'orateur se trouve naturellement placé dans sa spbère, je veux dire dans la haute comédie.
Sans s'égarer dans des recherches sur le but de cet art si difficile, il fait observer que des philor sophes ont regardé la comédie comme l'école de la sagesse , tandis que des critiques de nos jours la représentent comme fatale aux mœurs et à la religion. Mais, ajoute l'orateur, ces philosophes n'étaient pas tout-à-fait sages, et ces critiques ne sont