L'ORIGINE DU DRAME
Quand de Sapho les jeunes prosélytes, Au cœur brûlant, aux regards hypocrites, Par les douceurs d'un art tout féminin Charmaient l'oubli du sexe masculin, On n'a point vu leur fureur libertine Se féconder dans leurs baisers menteurs, Et de tout temps la matrone Lucine A dédaigné leurs stériles ardeurs.
Mais de nos jours, au milieu du Parnasse, De deux tendrons le couple fortuné, A.u grand regret de Phébus «tonné,
ijS MES SOUVENIRS.
Vient de donner un germe de sa race.
Au seul récit de cet élrange hymen,
Mon cher lecteur, sans beaucoup d'examen,
A reconnu Melpomène et Thalie ;
L'une si belle, et l'autre si jolie,
Et, pour leurs fils, ce drame basanné ,
Rieur amer et pleureur forcené.
Le nouveau né suivit la double trace
De ses parens, et leurs diverses lois 5
Mais voulant rire et pleurer à la fois,
On dit qu'il fit une horrible grimace.
A son aspect tout le Pinde frémit 5
A ses accens , Apollon le maudit :
Ses deux mamans de honte se cachèrent,
Et pour leurs fils trois fois le renièrent.
Mais un conseil qui bientôt s'assembla,
Fixa le sort du nouveau phénomène 5
Sous les lauriers qui bordent l'Hippocrène,
Le blond Phébus en ces termes parla:
Puisque ce monstre, enfant de deux pucelles,
Est né chez nous, qu'il y reste avec elles.
Mais en vertu de notre autorité ,
Nous l'excluons de l'immortalité 5
Et si jamais une Muse facile
S'amourachait de ce drame éhonté,
De par le Styx! elle sera stérile:
Monstre jamais n'eut de postérité.