L'ORAGE
La campagne languissait,
Aride, embrasée , Et Flore dépérissait
Faute de rosée.
D'Aurore les tendres pleurs
Ne pouvaient suffire , Tout brûlait l'émail des fleurs,
Même le Zéphyre.
Enfin le ciel se couvrit ,
On reprit counge; Mais une autre frayeur prit,
C'était un orage.
Déjà le vent déchaîné
Fait frémir la terre 5 Dans le nuage entraîné
Gronde le tonnerre; Le crêpe affreux de la nuit
Cache la lumière; Le voyageur tremblant fuit
Sous une chaumière ;
Mais la peur qui l'y conduit
Entre la première.
Cependant de longs torrens
D'une fraîche pluie , Humectent les prés mourans,
Leur rendent la vie 5 Déjà Flore a soulevé
Sa tige flétrie , Et le gazon abreuvé
Rit dans la prairie.
Hier de même il m'advint
Que près d'Aspasie , Une querelle survint,
C'était jalousie.
Dame Discorde entre nous ,
Criait, faisait rage; Mais l'Amour à nos genoux ,
Riait de l'orage.
Enfin ce dieu prévalut;
Douce paix fut faite, Et l'orage me valut
Récolte complète.