‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 93 sur 117 · LE PROVINCIAL A PARIS · texte numérisé non relu

LE PROVINCIAL A PARIS

Enfin , j'ai vu la ville immense Où les Provinciaux vont chercher le bonheur f J'ai dit, en la voyant : quelle magnificence ! Le monde est un grand corps dont Paris est le cœur».

J'ai vu ces tours où l'art insulte à la nature :

Temples saints que l'orgueil bâtit ; J'ai vu ces longs bosquets, colosses de verdure, Et ces palais si grands où l'homme est si petit.

Dans des chars transparens, où le luxe se joue,

J'ai vu des dieux nonchalamment portés; J'ai mieux fait que les voir, ils m'ont couvert debouer Noble émanation de leurs divinités.

J'ai vu multiplier les Muses et les Grâces 5 J'ai vu, sur quatre ou cinq Pâmasses, Le chaste Chérubin et le décent Jeannot ; Les prisons de Sedaine et les cercueils d'Arnaud.

Dans un temple de la magie , Où les arts alliés joignent leur énergie, J'ai vu des paladins (rare et sublime effort!) Danser à l'agonie et même après la mort.

J'ai vu des nymphes surannées Inscrire sur leurs fronts le chiffre de vingt ans 5 J'ai vu des fleurs d'hiver et des roses fanées Disputer la fraîcheur aux filles du printemps.

J'ai vu mainte Laïs , en habit de bergère, Afficher le plaisir, le chagrin dans le cœur,

Et des Vénus dans la misère , Crier : Venez ici , nous vendons le bonheur.

Dans ce Paris, enfin, chacun veut aller vivre;

C'est le rendez-vous des souhaits :

Cependant je n'y vis jamais Un seul homme content , à moins qu'il ne fut ivre.

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