‹ Œuvres de F.-B. Hoffman (volume 5)Chapitre 94 sur 117 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

Cette mort dont la main sûre Met un terme à nos travaux, Est l'abri que la nature Nous donna contre lès maux.

Quoi! son aspect t'épouvante!

Ah! mortel, songes~y bien:

Future elle te tourmente, Présente elle n'est plus rien.

Les frayeurs qu'elle a données

En font l'unique tourment;

Crainte depuis tant d'années ,

Elle passe en un moment.

Tout meurt, tout fuit, tout s'écroule,

Tout a souffert, expiré :

Du sable que mon pied foule, Chaque atome a respiré.

Hélas ! notre temps se passe A mesurer notre temps 5 C'est en raccourcir l'espace Que d'en compter les instans.

Moissonnons les fleurs écloses, Et le bandeau sur les yeux , Prenons un chemin de roses Pour rejoindre nos aïeux.

Vois-tu l'onde fugitive?

C'est l'image de nos jours :

Ni la digue , ni la rive Ne peut arrêter son cours j Là, coulant sur la verdure, Là, fuyant dans les déserts, Elle porte son murmure Dans le vaste sein des mers.

Dans l'aurore de la vie

Les jeux font tous nos plaisirs}

A cette heureuse folie

Succèdent d'autres désirs ,

Bacchus, dans notre vieillesse,

Fait oublier les amours}

La mort vient, le charme cesse,

Et nous dormons pour toujours.

Bravons la Parque ennemie, Vivons. Eh ! ne sais-je pas Que le sentier de la vie Doit me conduire au trépas?

Cent jours passés de notre âge Ne sont pas cent jours perdus , Mais cent pas vers le rivage Où nous ne souffrirons plus.

Pense à cette nuit charmante, Où dans les bras du repos Ton âme assoupie, absente, Te laisse oublier tes maux:

N'est-elle pas préférable Aux plus délicieux jours?...

Ce moment si désirable , Meurs, il durera toujours.

Fuyez de mon cœur paisible, Sentimens tumultueux *; Bercez mon âme sensible , Abandon voluptueux :

Que chaque jour de ma vie, Heureux jusqu'à son déclin, Soit une rose cueillie Qui s'effeuille dans ma main.

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