LA MORT
Cette mort dont la main sûre Met un terme à nos travaux, Est l'abri que la nature Nous donna contre lès maux.
Quoi! son aspect t'épouvante!
Ah! mortel, songes~y bien:
Future elle te tourmente, Présente elle n'est plus rien.
Les frayeurs qu'elle a données
En font l'unique tourment;
Crainte depuis tant d'années ,
Elle passe en un moment.
Tout meurt, tout fuit, tout s'écroule,
Tout a souffert, expiré :
Du sable que mon pied foule, Chaque atome a respiré.
Hélas ! notre temps se passe A mesurer notre temps 5 C'est en raccourcir l'espace Que d'en compter les instans.
Moissonnons les fleurs écloses, Et le bandeau sur les yeux , Prenons un chemin de roses Pour rejoindre nos aïeux.
Vois-tu l'onde fugitive?
C'est l'image de nos jours :
Ni la digue , ni la rive Ne peut arrêter son cours j Là, coulant sur la verdure, Là, fuyant dans les déserts, Elle porte son murmure Dans le vaste sein des mers.
Dans l'aurore de la vie
Les jeux font tous nos plaisirs}
A cette heureuse folie
Succèdent d'autres désirs ,
Bacchus, dans notre vieillesse,
Fait oublier les amours}
La mort vient, le charme cesse,
Et nous dormons pour toujours.
Bravons la Parque ennemie, Vivons. Eh ! ne sais-je pas Que le sentier de la vie Doit me conduire au trépas?
Cent jours passés de notre âge Ne sont pas cent jours perdus , Mais cent pas vers le rivage Où nous ne souffrirons plus.
Pense à cette nuit charmante, Où dans les bras du repos Ton âme assoupie, absente, Te laisse oublier tes maux:
N'est-elle pas préférable Aux plus délicieux jours?...
Ce moment si désirable , Meurs, il durera toujours.
Fuyez de mon cœur paisible, Sentimens tumultueux *; Bercez mon âme sensible , Abandon voluptueux :
Que chaque jour de ma vie, Heureux jusqu'à son déclin, Soit une rose cueillie Qui s'effeuille dans ma main.