‹ Œuvres de F.-B. HoffmanChapitre 138 sur 263 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MÉDÉE, CRÉON, NÉRIS, Gardes de Créon.

CRÉON,àMédée.

O vous! dont l'œil farouche et dont la bouche impie

Présage de noirs attentats , Fuyez , je vous proscris; sortez de mes états. Plus juste , je devrais vous arracher la vie; Mais l'époux de ma fdle obtient grâce pour vous, Et ses pleiu's généreux ont calmé mon courroux. Hâtez-vous donc de fuir, abandonnez Corinthe, Que votre aspect remplit et d'horreur et de crainte : Allez, et rendez grâce au héros trop humain Qui vous sauve un supplice et désarme ma main.

MÉDÉE

Quand vous me proscrivez, quand mon époux me chasse, Médée est trop heureuse , et Jason lui fait grâce. Je croyais que l'exil était un châtiment, Combien je me trompais! c'est un soulagement. Oui, seigneur, j'en conviens, je suis trop fortunée ,

Qu'à des tourmens si doux ma peine soit bornée

Mais pourtant, de quel droit m'osez-vous exiler?

ig8 MEDEE,

CRÉUN.

Je ne m'abaisse jwint à le dissimuler, Je vous crains , vous, votre art et ses funestes charmes, Vos noirs enchantemens; je crains jusqu'à vos larmes. Armez-vous contre moi, déployez vos fureurs, Je les redoute moins que vos fausses douceurs. Vous tramez contre nous quelque dessein perfide ; De Jason tôt ou tard vous voudrez vous venger:

INIeurtre , poison et parricide , Il n'est aucun forfait qui vous soit étranger,

3IÉDÉE.

Pourquoi de ces forfaits gardez-vous le salaire? Ne leur devez-vous pas tous ces fameux héros Dont vous êtes si vain , dont la Grèce est si fière ? Dites-moi si Médée eût respecté son père , Que serait devenu le vainqueur de Colchos , Et Castor et Pollux, et le divin Orphée, Et de la toison d'or le superbe trophée , Qui sont autant de fruits de ces mêmes forfaits, Et qui Mais les ingrats rougissent des bienfaits.

MORCEAU d'ensemble.

Ah! du moins à Médée accordez un asile; J'y linirai mes jours solitaire et tranquille : Heureuse quelquefois de revoir mes enfans, J'oublirai que Jason a trahi ses sermens.

CRÉON

Par de feintes douleiurs \ ous croyez me surprendre.

MÉDÉE

J'embrasse vos genoux, Créon, daignez m'entendre.

Au noiû de vos enfans , laissez-vous attendrir.

CRÉON

Sortez de mes états; rien ne peut me fléchir.

médée.

O rivages du Phase ! ô ma chère patrie !

O , d'un bien qui n'est pkis , douloureux souvenir !

Sœur criminelle, fille impie, Fuyez de mes états, rien ne peut m'attendrir.

ENSEMBLE

MÉDÉE

O Jupiter! que l'autem- de ma peine Ne se dérobe pas à ton œil pénétrant !

NÉRIS, à Médée.

o ciel! d'un roi puissant n'irritez pas la haine, Modérez, s'il se peut, son courroux menaçant.

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