XXX NOTICE
avec une noble franchise qu'il a fait disparaître de ses ouvrages les taches qu'une critique impartiale y avait signalées. Si l'on compare entre elles les nombreuses éditions de ses écrits , on se convaincra sans peine que , sous le rapport du style , ils se sont successivement épurés. C'est ainsi qu'après les articles d'Hoffman sur les Martyrs, M. de Chateaubriand n'en pouvant méconnaître la justesse , corrigea les fautes indiquées. Sans doute les premiers traits du malin Arista r qu e purent sembler plus sévères que justes au chantre d'Eudore et de Cymodocéej mais la réflexion ne tarda pas à cicatriser les blessures faites à l'amour-propre, et l'estime succéda au ressentiment. C'est du moins ce qu'il est permis de penser, car il y aurait plus que de l'ingratitude à profiter des conseils d'un journaliste et à lui garder rancune de ses utiles critiques. Quant à Hoffman, il explique dans son examen des Martyrs * les motifs de sa sévérité 5 ce qu'il combattait dans cet ouvrage , c'était moins les défauts qu'il croyaityapercevoirquelesimita-
* Tome VI, pages i25 et suivantes.
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tions auxquelles il pouvait domier naissance 5 ces défauts étaient rachetés , à ses yeux , par de très -grandes beautés 5 mais il redoutait pour notre littérature les nombreuses copies que l'original pouvait enfanter. Sentinelle avancée du Parnasse , son coup-d'œil embrassait le présent et l'avenir. Toutefois, en émettant son opinion sur le poëme de M. de Chateaubriand , il était loin de reprocher à ce célèbre écrivain aucune des aberrations cyniques de l'école moderne ; immortelle dans les annales du ridicule , moins par la boursoufflure énigmatique de son style que par le dévergondage licencieux de ses conceptions patibulaires, cette école , arborant l'étendard de l'anarchie y semble vouloir arriver à l'abrutissement de l'esprit par la corruption des mœurs 5 elle finira , si l'on n'y prend garde , à l'aide des couleurs dont elle revêt la plupart de ses images , par n'émouvoir que les sens , et par laisser dans les cœurs le goût des cruautés erotiques ou celui des impudiques orgies de la déesse Cottyto.
"Ne soyons donc pas étonnés qu'Hoffman ait poursuivi les productions monstrueuses
XXXII KOTICE
de cette littérature avec une infatigable énergie ; mais dans son active sollicitude , il a toujours pris la plume par le seul amour de Part, jamais en haine d'un auteur. Aussi M. de Chateaubriand aurait eu tort de le confondre parmi les liommes qui , selon lui, ne critiquèrent les Martyrs que par l'ordre du chef de l'Empire. S'il avait connu particulièrement Hoffman , il se serait bientôt convaincu que la mioindre insinuation à cet égard , suffisait pour lui faire prendre la défense d'un livre ; du moment qu'il pouvait soupçonner l'intention d'influencer ses jugemens , il devenait intraitable, et son indépendance prenait une attitude hostile. Yoici ce qu'il écrivait dans un journal au sujet de son opéra d'Adrien :
« On a voulu me forcer à retrancher ou à » refaire quelques vers de cet ouvrage. Des 3j conseils littéraires m'auraient trouvé do- » cile 5 des ordres despotiques m'ont trouvé » inflexilile. M'ordonner de travailler, c'est 5) me condamner à la paresse .
3> Quand le pulilic , qui seul est mon juge, îj désapprouvera quelques scènes de mon }) ouvrage , ces scènes disparaîtront j si l'au-
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» torité s^en mêle , les scènes resteront , fus- M sent-elles mauvaises, et mon opiniâtreté » lassera même la tyrannie.
ï> Au Théâtre Feydeau, cet ouvrage prou-* » veraqu€ses admirateurs et ses détracteurs » ont également eu tort de s'échauffer sur » un si petit sujet ; mais il prouvera du moins M que Fauteur fera plutôt mille mauvais vers M qu'une bassesse. «
On a pu s'assurer, à la vente de sa bibliothèque , avec quelle religieuse probité il lisait les ouvrages dont il devait rendre compte , et que ses opinions n'étaient pas faites d'avance. C'est une justice que ses ennemis mêmes lui ont toujours rendue; ils ont pu mettre en doute ses connaissances et son goût , mais aucun d'eux ne lui a jamais reproché une faute de conscience.
Certes , Hoffman a pu se tromper ; quel homme est exempt d'erreur! Mais ses jugemens littéraires n'ont jamais été que le résultat de sa propre conviction ; c'est ce qui seul rendrait sa polémique recommandable , si l'immense variété des connaissances , un style tour à tour ferme et souple, élevé et railleur, une instruction iné-