TRAGÉDIE EN TROIS ACTES
REPRESENTEE POUR LA PREMIERE FOIS PAR L ACADEMIE ROYALE DE MUSIQUE, LE l5 DÉCEMBRE 1789.
TUliATRE. T. I.
PERSONNAGES
NEPHTE.
PHARES
AMEDÈS.
CHEMMIS.
FILLE du temple d'Osiris.
PRÊTRES des tombeaux.
GRAND-PRÈTRE de 1 Hymen.
LE FILS de Nephté , enfant.
Vingt-cinq jeunes Filles du temple d'Osiris. Grands de TEtat , Prêtres , Femmes de la suite de Neplîté; Soldats, Peuple égyptien.
La Scène est dans le Palais des Rois de Memphis.
AYERTISSEMENT.
Le sujet de Nephté est le même que celui de Camma, mis en tragédie par Thomas Corneille, et dont l'Arioste a fait l'un des épisodes les plus intéressans de son Orlando. On connaîtra, par le trait d'histoire placé à la suite de cet avertissement, les m^otifs qui engagèrent M. Hoffman à changer le nom de l'héroïne et le lieu de la scène. Le personnage de Nephté devait être représenté par madame Saint- Huberti, la première tragédienne lyrique de l'époque; mais des circonstances indépendantes de la volonté de cette célèbre actrice, exigèrent une autre distribution , et ce fut mademoiselle ^Maillard qui joua le rôle de la reine de Memphis. L'auteur n'en dédia pas moins sa pièce à madame Saint-Huberti. L'épître dédicatoire , imprimée en tête de l'édition de 178g, est d'une concision remarquable: « Ma- » dame, je vous offre un ouvrage qui avait été fait » pour vous , et qui attendait de vous son plus bel '• ornement. Puissent tous ceux qui courent la car- » rière des lettres, oublier, comme moi, qu'il est » des personnes riches et puissantes, et ne se sou- « venir dans leurs dédicaces que de l'esprit et des » talens. »
Privé du puissant secours de madame Saint- Huberti, l'opéra de Nephté n'en obtint pas moins le plus brillant succès. Le rôle de Phares fut confié à Lainez , qui joua pour la première fois le personnage d'un tyran. La musique de Lcmoine obtint les suf-
fraies des connaisseurs , qui la jugèrent supérieure à celle de Phèdre. Ce succès, consolidé par trenteneuf représentations, paraissait devoir se prolonger encore , lorsque Finjuste parcimonie de l'administration de l'Opéra fit disparaître Nephté du répertoire. Comme, en vertu des réglemens, tout ouvrage qui allait à quarante représentations procurait à son auteur une pension de mille francs, on ne voulut pas établir, à cet égard, les droits de M. Hoffman , et sa Nephté rentra dans les cartons. Les destinées d'un ouvrage dramatique tiennent souvent à des calculs bien mesquins et indignes de la haute protection qu'un gomernement doit aux beaux-arts. L'une des nombreuses administrations qui se sont succédées à l'Académie royale de musique depuis 1789, avait eu l'intention de réparer linjustice faite à >L Hoffman , mais ce projet n'eut point de résultat; ilfutmême question de remettre Nephté au théâtre, et c'est à cette occasion que l'auteur fit des changemens et des coupures à sa pièce; nous nous y sommes conformés dans notre édition.
Si l'opéra de Nephté ne reparaît pas sur la scène, il n'en sera pas moins lu avec un grand plaisir- par ceux qui sont encore sensibles à une versification élégante et pure. Déjà, dans cet ouvrage, M. Hoffman préludait à la guerre qu'il a faite avec tant de succès contre les jésuites. Phares y dit à Nephté (scène v du i" acte) , en lui parlant des prêtres égyptiens :
Reine , défiez-vous de ces bouches pieuses ,
Et sachez que plus d'uue fois , Des ministres des dieux les mains religieuses
Furent teintes du sang des rois !